Je ne suis pas surpris de voir que les meilleures têtes commencent à quitter le navire Yahoo!
C’était d’ailleurs assez facile à deviner, j’en ai d’ailleurs parlé au début du mois quand Microsoft a annoncé son intention d’acheter Yahoo!
Via Éric Bergeron Baillargeon: Deux piliers de Yahoo! quittent le navire.
Et où vont-ils? L’un des deux a déjà annoncé quitter pour Google. Quelle surprise…
Il semble que le deal soit inévitable: Microsoft offre un bonus de 70% aux détenteurs d’actions de Yahoo pour en prendre le contrôle agressivement. Et plein de gens s’énervent.
4 chiffres très terre-à-terre:
- Google possède 77% des parts de marché de la recherche en ligne, et de la publicité qui y est associée.
- Yahoo en a 16 pourcent.
- Microsoft en a 3 %.
- 16% + 3%= 19%. Big deal.
Pour illustrer l’impact limité de l’acquisition potentielle, voyons les graphiques suivants:


Maintenant, êtes-vous impressionnés? Subjugués? Moi, absolument pas.
Ce n’est pas en alliant un mauvais 2ième et un très mauvais 3ième qu’on prend la place d’un bon premier. Lors d’une fusion, les défauts ont la fâcheuse tendance de se multiplier, alors que les qualités s’additionnent. Il est donc possible, et même probable, que la fusion des deux services donne un pire résultat que les deux pris séparément. Des difficultés d’intégration sont à prévoir entre Microsoft et Yahoo qui ont deux cultures très différentes.
Et devinez où iront travailler les mécontents de chez Yahoo? Sûrement pas chez McDo.
À la place de Google, j’attendrais les départs massifs de chez Yahoo parmi les employés les plus expérimentés, qui sont ceux qui subiront le plus grand choc de culture. Ramasser l’expertise sans payer les actions, et laisser Microsoft avec la facture, sans les meilleurs employés. Pour ce qui reste à sauver de Yahoo de toute manière, la valeur des actions n’a plus grande importance…
MAJ: Il semble que mon analyse soit partagée par d’autres. Est-ce que Microsoft serait en train de perdre sa place de leader dans l’opinion du milieu?
Plan B. Une illustration extrêmement concrète de la puissance des réseaux sociaux et du renversement de la balance du pouvoir entre les gros (bien organisés) et très nombreux petits (jusqu’ici difficiles à fédérer).
En résumé:
- Petit actionnaire est écoeuré de ne rien peser face aux investisseurs institutionnels lors des décisions qu’il juge mauvaises des grosses entreprises dans lesquelles il investit ses modestes économies (notamment Yahoo);
- Petit actionnaire sait que d’autres petits actionnaires pensent la même chose. Il en parle sur son blog;
- Petit actionnaire réussit à force de bloguer à convaincre les autres petits actionnaires de lui céder seulement leurs droits de votes, sans céder la valeur des actions (oui, c’est légal);
- Petit actionnaire, malgré la faible valeur de ses actions (1400$), vient d’atteindre la valeur de 26 millions de $ en droits de vote;
- Grosse compagnie (Yahoo) obligée d’écouter avec attention petit actionnaire, devenu soudainement le défenseur de tous les petitS actionnaireS.
Je pense que si la stratégie fonctionne, nous assisterons bientôt à l’émergence d’un nouveau modèle de relation entre les entreprises publiques et les petits investisseurs. Pourquoi pas un modèle permettant aux investisseurs d’élire un représentant officiel à qui céder leur droit de vote pour une période déterminée, par le biais d’internet?
Il y a un modèle d’affaire à explorer là-dessous. C’est évident que ça répondrait à un besoin pour les petits investisseurs. L’industrie du placement y trouverait aussi son compte, elle qui souffre d’une grave crise de confiance de la part des petits investisseurs avisés à cause de leur manque de pouvoir face aux investisseurs institutionnels.
Merci à Pierre pour la référence!