Prisonniers de nos voitures ou de nos maisons?

Via JSB, je suis tombé sur cet intéressant article :

Stranded in the places cheap gas built.

Ça vaut une lecture. Sans m’avancer sur ce que j’en pense, je crois que cette question vaut la peine d’être posée : quelle seront les conséquences sur l’urbanisme du coût toujours plus élevé du pétrole?

Normalement, on parle des conducteurs comme étant prisonniers des coûts toujours plus élevés du carburant. Et s’ils étaient aussi -et surtout- prisonniers du développement urbain anarchique rendu possible par la disponibilité du pétrole à bas coût? Comment assurer un changement en douceur du modèle de développement urbain? Après tout, abandonner sa voiture est possible, mais sa maison…

Cette ère étant révolue, comment les choses changeront-elles? Il y a des pistes de réflexions intéressantes dans les commentaires, pas seulement dans le texte!

Un an sans voiture : la fin!

Depuis un peu plus d’un an maintenant, j’ai décidé de me passer de voiture et de vérifier si, pour un entrepreneur à l’horaire variable et aux nombreux déplacements, c’était ou non une nécessité. J’ai même créé un blogue spécifiquement pour cette expérience mais, la date de renouvellement de son adresse approchant, j’ai décidé d’importer ici tous les billets que j’ai écrits à ce sujet depuis le début…

Voici les statistiques de la dernière section du périple, soit du 1er mars au 4 mai.

  • 560913 pas. Ça correspond à 443 kilomètres à pied.

Depuis le début de cette année sans voiture:

  • Santé : J’ai marché l’équivalent de 3527 kms. En énergie dépensée, c’est l’équivalent de 190 Big Mac (133962 calories).
  • Environnement : 688 litres d’essence non consommée et donc 1651 kg de gaz carbonique épargné à l’atmosphère.
  • Argent : 7893 $ d’économie. Fantasmons que j’aurais investi tout cet argent dans un placement qui rapporterait un très raisonnable 6% par année, combien cela vaudrait-il le jour de ma retraite? 39726$.

Qu’est-ce que ça donne si on remplace ces chiffres par du concret?

3527 kms, à partir de Québec, ça m’amène en plein centre-ville de Moose Jaw, en Saskatchewan. Une bonne marche tout de même! (cliquez sur la carte pour l’agrandir)

133962 calories, c’est 190 Big Mac (et 15 livres en moins sans efforts):

688 litres d’essence, c’est 8 barils et demi de pétrole brut (puisque 51% du baril de pétrole moyen est transformé en essence, le reste étant utilisé à d’autres fins):

7893$ d’économie? C’est un voyage en Islande, un voyage en Corse, un équipement de pêche à la mouche, un Canon Rebel XTi avec ses lentilles, un Canon G9 avec accessoires et… plusieurs paires de chaussures!

Et maintenant?

J’ai passé une très belle année sans ma voiture, et je ne m’en ennuie pas du tout. J’ai choisi de vivre à 80% en piéton, à 15% en transport en commun et à 5% avec un service de partage de voiture ou d’emprunt à ma copine “motorisée”. Je me suis remis en forme, je suis moins stressé et je me suis gâté. Que demander de plus?

Une voiture à hydrogène peut-être… ;)

Mais alors, seulement pour les activités de plein-air lors des week-ends. Pour le reste, je l’espère, me voici piéton à vie!

Un an sans voiture : pas si difficile en fin de compte!

Cela fait aujourd’hui un an que je vis sans voiture. Ma conclusion? C’est plus facile qu’on le croit, et une fois que les réflexes conditionnés disparaissent, on y gagne beaucoup!

Un bémol : j’habite depuis quelques mois avec ma copine qui elle, a une voiture. Il m’est arrivé de l’emprunter pour des courses hors de la ville, comme j’aurais pu louer une voiture ou m’abonner au service de Communauto. Cependant, le fait qu’elle possède une voiture a eu peu d’impact sur mes transports : après plusieurs mois de sevrage, j’en suis venu à avoir un regard plus critique sur l’utilisation de l’automobile à outrance. L’automobile devenait donc mon dernier recours pour le transport, et non le premier comme c’est trop souvent le cas.

En effet, à chaque fois où j’ai dû me servir de l’automobile, je me suis posé les questions suivantes:

  • Puis-je m’y rendre à pied en moins de 45 minutes? Si c’était le cas, je marchais.
  • Puis-je m’y rendre en bus/train? Si c’était le cas, j’utilisais le transport en commun.
  • Puis-je prendre le taxi pour moins de 10$?

Et finalement, lorsque toutes les réponses étaient négatives, j’utilisais la voiture.

Combien de fois toutes les réponses ont-elles été négatives? Il y a eu moins de 10 occasions en un an. Moins d’une par mois donc.

Est-ce que cela justifie l’investissement de plus de 800$ par mois que représente une voiture? D’aucune manière, peu importe comment on analyse le problème.

La voiture n’est pas une obligation, mais un choix de vie.

Évidemment, avant de tenter cette expérience, j’ai fait des choix de vie qui me permettraient de me déplacer le plus souvent à pied.

Par exemple, je me suis assuré de vivre dans un rayon de moins de 30 minutes à pied de mon bureau. Mon emploi de consultant me demandant de me déplacer constamment chez des clients, l’emplacement du bureau devait aussi être central et permettre des déplacements rapides et efficaces en bus ou en taxi. (En passant, il en coûte moins cher de payer le taxi vers le bureau d’un client que le stationnement de ma voiture près du bureau et celui chez le client.)

J’habite aussi un quartier où il y a beaucoup de commerces de proximité. Aucun besoin, donc, d’utiliser la voiture pour me procurer les choses essentielles à la vie quotidienne.

Et finalement, j’ai investi dans de bons souliers et de bons vêtements d’extérieur. Parce que les jours de pluie ou de tempête, c’est évidemment moins rigolo de marcher vers le bureau. Mais rassurez-vous, on n’en meurt pas. On en profite justement pour se remettre en bonne forme physique, prendre l’air et relaxer avant cette importante réunion, ou avant de rentrer chez soi après une éprouvante journée au bureau.

La marche a des effets thérapeutiques qui permettent de faire une véritable coupure entre la vie personnelle et celle du bureau. Au lieu de revenir chez moi stressé par 35 minutes de pare-choc à pare-choc avec des centaines d’autres personnes stressées, j’arrive invariablement détendu, en ayant eu le temps de réfléchir tranquillement à ce que la journée ou la soirée allait m’offrir. Croyez-moi, on rencontre davantage de gens souriants sur les trottoirs qu’au volant dans un embouteillage…

Cher habiter en ville?

C’est l’argument de beaucoup de gens qui ne veulent pas envisager de rationaliser leurs transports.

Oui, le prix moyen d’un appartement/condo en ville est souvent un peu plus élevé, par pied carré, que ceux qui se situent en banlieue ou en campagne. Les services publics y étant souvent plus développés et la demande étant élevée, c’est un fait incontournable.

Cependant, si on déduit le coût de possession/location/utilisation d’une ou deux voitures que le fait d’habiter en ville permet d’économiser, on arrive à un résultat très différent. En effet, ce coût dépassera en moyenne les 800$/mois (paiement, assurances, entretien et carburant) en 2008. Ajoutez donc 800$ au prix de votre logement “pas cher” de banlieue pour voir si votre calcul d’économie tient toujours… J’en doute fort.

Pour ceux qui sont prêts à remplacer leurs 2 voitures par un mélange taxi/Communauto/Bus, l’impact économique est encore plus important. On parle ici d’une différence de presque 20000$/année pour la famille.

Peu importe comment vous examinez l’équation, il devient difficile de justifier l’utilisation de la voiture selon une logique économique. Il y a donc d’autres raisons.

Les raisons de l’habitude automobile.

La paresse.

J’ai dit que je ne blâmerais pas les gens et voilà que je les traite de paresseux! Mais la paresse est universelle. Tiens, je prends le premier blâme, comme ça on sera quitte. Je suis un grand paresseux, c’est pourquoi j’essaie toujours d’optimiser mon travail pour arriver à en faire le plus possible avec le moins d’efforts possible.

On est paresseux quand on prend la voiture pour aller acheter une pinte de lait pour éviter 10 minutes de marche, pour aller au bureau pour éviter 15 minutes d’autobus (dont 5 minutes d’attente), etc. On finit pas se convaincre que la voiture est une nécessité quand toutes les petites paresses se transforment en besoin.

Il faut donc analyser d’un regard critique nos déplacements et se demander, sans tomber dans l’excès, lesquels pourraient être faits autrement. Et il y en a, croyez-moi!

Une vision de la vie familiale conditionnée par la publicité visant à vendre des prêts hypothécaires.

Il existe au Québec un tel mythe que des enfants ne peuvent pas grandir dans un appartement tout en demeurant équilibrés et heureux. Certaines banques pour lesquelles je n’ai maintenant que du mépris utilisent les cordes sensibles des nouveaux parents pour les inciter à prendre une hypothèque, en utilisant dans leurs pubs des enfants qui déclament des bêtises du genre “Quoi? T’as pas encore de maison?” pour amener les parents culpabilisés au plus vite devant le banquier.

Et puisque les maisons coûtent cher, on les achète en banlieue, là où c’est plus abordable. On le comprendra.

Laissez-moi vous confier un secret : les Plouffe, c’est dépassé. La vie dans un appartement au centre-ville n’implique plus nécessairement que le petit dernier dorme dans la cuisinière parce que ses 22 frères et soeurs occupent déjà les 8 paillasses infestées de punaises disponibles.

Il existe des gens qui habitent en appartement (ou en condo) au centre-ville et ont des enfants. J’en croise tous les jours dans mon quartier qui se rendent -à pied- à l’école. Et j’habite un très beau quartier, où il n’y a que très peu de maisons. Ces enfants semblent heureux et équilibrés, et les parents sont souvent jeunes, beaux et en santé. Pas de tares ou de déficiences évidentes en vue. Ça existe vraiment, je vous le dis.

Alors quand vous me direz “Oui mais moi j’ai des enfants, j’ai pas le choix d’avoir une maison en banlieue et donc, d’avoir deux voitures!”, vous comprendrez que je vous regarderai en souriant. Oui, vous aviez le choix. Mais il fallait y penser en signant l’hypothèque. La 2e voiture vient souvent avec… C’est donc un choix (que je respecte en fait) mais pas une obligation. Dire autre chose, c’est se déresponsabiliser.

L’étalement urbain qui éloigne les places d’affaires du centre-ville.

Cause ou conséquence? Difficile à dire. Mais combien de fois souhaiterait-on acheter une simple paire de jeans pour se rendre compte qu’on devra prendre la voiture parce que les “power center” ne sont pas accessibles à pied, en vélo ou en bus?

J’essaie d’acheter localement à chaque fois que c’est possible, mais il arrive que les détaillants qui ont ce que je cherche en magasin aient fait le choix de s’installer dans un ancien champ de patates, accessible uniquement en voiture. J’enrage à chaque fois. Heureusement, certains centres commerciaux restent d’accès facile grâce au transport en commun.

La peur de perdre sa liberté.

À 16 ans, on a tous hâte de pouvoir conduire sa propre voiture. C’est normal. Mais quand je vois un adulte de 35 ans associer voiture et liberté, je ne peux que rendre hommage aux spécialistes du marketing qui travaillent pour les compagnies d’automobile.

Les dernières données de statistiques Canada disent que le salaire moyen au Canada est de 764$ par semaine. Si la semaine de travail moyenne est de 37,5 hrs, le salaire horaire moyen est donc de 20,37$. Puisque le coût de possession d’un véhicule est d’environ 800$/mois, près de 40 heures par mois sont donc travaillées, en moyenne, pour payer son véhicule et ses dépenses.

Liberté vous disiez?

Des solutions pratiques pour la majorité des gens.

Évidemment, il est facile de tomber dans le prêchi-prêcha environnemental et de blâmer les conducteurs pour tous les maux causés par l’automobile. Avec le résultat qu’ils tourneront le dos et continueront à conduire sans se poser de questions. Je ne crois pas aux approches culpabilisantes et infantilisantes, alors j’essaie de vous proposer ici des solutions pratiques, que des gens normaux peuvent considérer intégrer à leurs vies pour se rendre compte qu’en matière de transport, il existe plus de choix que ce qui est couramment pratiqué.

Se passer d’une deuxième voiture.

Vous habitez loin du centre-ville par choix, mais votre douce moitié ne travaille pas si loin de votre bureau? La deuxième voiture est-elle donc vraiment nécessaire? Sincèrement?

Il existe évidemment des cas où oui, c’est nécessaire. Madame travaille dans la ville X et monsieur dans la ville Y, et ils se sont établis entre les deux villes, là où aucun transport en commun n’est disponible. Ça arrive dans les meilleures familles, je connais des gens intelligents et responsables qui sont dans cette situation.

Mais est-ce le cas de la majorité de ceux qui ont deux voitures dans leur stationnement? Oh que non. Regardez autour de vous, et regardez dans votre cour avant. Encore une fois, est-ce une obligation ou un choix? Et que gagneriez-vous à faire un choix différent?

Intégrer le transport en commun graduellement à ses habitudes.

Plusieurs s’imaginent que de réfléchir à ses transports signifie abandonner complètement sa voiture et utiliser uniquement le transport en commun.

Rassurez-vous, il est possible de marcher 2 jours par semaine, ou encore de prendre le bus pour se rendre au bureau, mais de conserver la voiture pour les soirées et fins de semaine. Il n’y a pas de loi qui vous oblige à vendre votre voiture le jour où vous déciderez d’arrêter de vous lancer dans les embouteillages tous les matins.

Pas besoin d’être un puriste : le cocktail de transport.

Et si vous mélangiez l’automobile pour les loisirs loin du centre-ville le week-end, le bus pour le bureau, la marche pour les achats réguliers et Communauto pour les rares occasions où 2 voitures seraient utiles?

Cela s’appelle le “cocktail de transports” et c’est tout à fait réaliste. Cela demande un peu plus de planification, mais les avantages de se passer d’un second véhicule et de réduire les dépenses reliées au premier sont très grands. Et l’environnement vous remerciera!

Mesurer ses succès (argent, santé, etc.)

Une bonne manière de s’encourager est de mesurer ses progrès. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de m’acheter un podomètre, pour compter les pas que je faisais chaque jour. Il devient vite amusant d’éviter de prendre la voiture pour un déplacement pour faire un peu plus de pas qu’hier. On se prend au jeu assez rapidement, surtout si on est plusieurs à se comparer.

L’escalier que vous trouviez essoufflant lors de la première semaine? Après un mois, vous le grimperez sans y penser. L’impact sur le poids est aussi réel. J’ai perdu près de 15 livres en un an, sans modifier mes habitudes alimentaires.

Gâtez-vous!

J’ai dit à plusieurs reprises que le coût moyen de possession d’un véhicule est de près de 800$/mois. Mesurez vos économies, ou alors donnez-vous comme défi de mettre cet argent de côté pendant 6 mois et payez-vous le voyage de vos rêves. Deux fois par année. Ça c’est de la liberté!

Et maintenant?

Dans quelques jours, l’enregistrement du nom de domaine de ce site arrivera à échéance. Je n’ai pas l’intention de le renouveler puisque l’expérience est maintenant terminée. Cependant, j’importerai sous peu mes billets dans mon blogue principal (www.michaelcarpentier.com) sous une rubrique “Vivre sans voiture”. Ainsi, la mémoire de mon expérience sera conservée, et je pourrai continuer à écrire épisodiquement à ce sujet.

LA question principale : vais-je maintenant m’acheter une voiture? Non. Même si je n’exclus pas systématiquement le retour du transport motorisé dans ma vie un jour, j’envisage de continuer à utiliser un cocktail de transport pour les prochaines années.

Je souhaite que ma prochaine voiture roulera à l’hydrogène, ou sera entièrement électrique. Mais elle fera partie d’un mélange voiture, transport en commun et marche équilibré et utilisant les bons côtés de chaque ressource, me permettant d’économiser, de rester en santé et d’arriver au boulot bien relax.

C’est mon choix, et ce pourrait aussi être le vôtre si vous le décidez. À vous de jouer!

Un an sans voiture: février

Février, un des pires mois de l’hiver. Il fait froid, il neige, il vente. D’où la moyenne de kilomètres parcourus qui baisse, en raison du trajet domicile/travail que je fais plus souvent en bus. Vivement le printemps qu’on se reprenne, mais après ça je pourrai dire que le pire est derrière moi. Et que j’ai survécu, sans voiture, à l’hiver québécois!

  • 270914 pas. Ça correspond à 214 kilomètres à pied.

Depuis le début de cette année sans voiture:

  • Santé : J’ai marché l’équivalent de 3085 kms. En énergie dépensée, c’est l’équivalent de 166 Big Mac.
  • Environnement : 601 litres d’essence non consommée et donc 1444 kg de gaz carbonique épargné à l’atmosphère.
  • Argent : 7119 $ d’économie.

Pour une rétrospective de l’année en chiffres et images, c’est ici.

Un an sans voiture: janvier

Parcourus en janvier…

  • 318438 pas. Ça correspond à 252 kilomètres à pied.

Depuis le début de cette année sans voiture:

  • Santé : J’ai marché l’équivalent de 2871 kms. En énergie dépensée, c’est l’équivalent de 155 Big Mac.
  • Environnement : 560 litres d’essence non consommée et donc 1343 kg de gaz carbonique épargné à l’atmosphère.
  • Argent : 6410 $ d’économie.

Pour une rétrospective de l’année en chiffres et images, c’est ici.