Je ne sais combien de fois il m’est arrivé de présenter des outils en ligne à des clients pour les voir s’extasier devant leur existence, pour ensuite me révéler que malgré les gains de productivité, de convivialité, les coûts peu élevés et les avantages de pouvoir travailler en équipe de manière asynchrone, ils ne pouvaient pas les utiliser. Comme des enfants irresponsables, “maman” ne leur permettait pas d’utiliser les outils. “Maman” préférait une suite de gros logiciels lourds, chers, dépassés et demandant un “patch” de sécurité à tous les mois qu’une solution en ligne disponible sur le Web parce que tout le monde le sait, l’Internet, c’est le diable.
“Maman” représente bien sûr le département des TI qui se retrouve aujourd’hui souvent dépassé par ses utilisateurs, qui sont de plus en plus instruits, compétents et à l’aise avec les solutions de SaS (Software as Service). Je ne nie pas que plusieurs usagers ont absolument besoin d’être encadrés. Que les virus ne manquent pas. Et que certains sites Web peuvent amener une perte de temps et de productivités par les employés. (Ce qui ne m’a pas empêché de recevoir des messages par le biais de Facebook d’employés de grosses corporations qui craignaient de m’envoyer des messages par le système de courriel maison, mais qui ne pouvaient pas utiliser Google Docs pour partager un document en cours de rédaction avec moi. Bonjour la cohérence.)
Quand on empêche les gens d’utiliser les outils en ligne comme Basecamp, Google Docs, Google Spreadsheet ou autres outils utiles, on peut se demander si le coût ne dépasse pas grandement les économies. Évidemment, Jason Fried, développeur de Basecamp, est mal placé pour se plaindre de ce genre de politique puisqu’il aurait tout avantage à ce que plus de gens utilisent la solution de 37Signals. Son point de vue sur la question reste cependant pertinent, et son expérience en la matière lui donne une perspective unique sur ce que les employés pensent vraiment de cette situation.
Mais de mon point de vue de consultant qui n’a pas de “solution” à vendre, je suis toujours dévasté de voir des gens intelligents enchaînés à des solutions dépassées, chères et peu performantes qui limitent leur productivité et diminue leur motivation.
Il n’y a pas de meilleur moyen de perdre un bon cerveau: lui demander de ralentir pour s’adapter à la machine. Employeurs, comprenez donc qu’en agissant ainsi, les cerveaux de vos employés intelligents ne ralentiront pas. Les meilleurs utiliseront le temps libre à imaginer une vie meilleure, dans un environnement où on ferait confiance à leur intelligence pour choisir de bons outils. Souhaitez-vous que les gens restent chez vous parce qu’ils aiment y travailler, ou seulement parce que vous les payez bien?