La santé aux États-Unis: de la consultation, collaboration et discussion.

Décidément, l’équipe de Barack Obama pourrait organiser une tournée de formation pour les autres gouvernements intitulée “Comment Internet nous permet de démontrer que les citoyens sont des êtres intelligents et que la transparence ne tue pas l’État.”.

Tel que mentionné sur Radio-Canada.ca, l’équipe a encouragé par le biais du site HealthReform.gov la tenue de discussions citoyennes au sujet des services de santé, dans le but de mieux comprendre ce que souhaitaient vraiment les Américains. Plus de 9000 discussions se sont tenues sur le sujet, et 3000 comptes-rendus de rencontre ont été envoyés au bureau du président.

Les internautes peuvent maintenant consulter un résumé des comptes-rendus, préparé par des experts dans un souci de structure et d’intelligibilité. Par désir de transparence, le gouvernement rendra à terme tous les comptes-rendus disponibles, mais offre immédiatement la possibilité de lire au moins un compte-rendu par État.

Les citoyens sont aussi encouragés à publier des photos ou des vidéos de leurs discussions sur le Web, en utilisant notamment YouTube.

À noter: le rapport publié n’est pas final. Un formulaire permet à tous de le commenter avant sa version définitive. Je me demande ce que la publication sous forme de Wiki aurait pu donner, mais peut-être que pour le citoyen moyen, un formulaire reste plus accessible. (Il faut avouer que pour le moment, malgré de très belles initiatives, les Wikis publics ne sont utilisés que par la mince portion de la population qui est très à l’aise avec les technologies.)

J’aime beaucoup ce modèle qui allie l’engagement citoyen, la bonification des contenus par des experts et la publication de résultats préliminaires, et donc ouverts aux commentaires, avant de prendre des décisions qui toucheront la population. On s’approche ici d’une réelle collaboration entre l’État et les citoyens, et surtout, on suscite la discussion entre les citoyens à propos de thèmes importants.

Le dîner de fous

Je reviens, un peu aviné, d’un dîner de fous, accompagnés de gens passionnants.

Quelques idées émergentes, en vrac et sans censure:

  • Je suis fatigué d’essayer d’aider des gens à faire de la mauvaise politique avec de bons outils. Il est temps de passer à autre chose.
  • Québec (la ville) a besoin de crackpots, en effet. Mais pas nécessairement ceux dont on entend toujours parler, et qui sont issus de réseaux fermés. La ville a besoin d’air, et d’ouvrir ses réseaux!
  • Il faut cesser de parler de consultation publique et se mettre à parler -et à encourager- la participation publique. L’engagement citoyen. La responsabilisation.
  • Les leaders publics lancent souvent de très bonnes idées et on leur reproche ensuite de ne pas les livrer. C’est pourtant normal, la machine gouvernementale ne peut pas toujours les suivre. Et si on se donnait les moyens de court-circuiter ce processus et de favoriser l’adoption des idées directement par les citoyens? Qu’on leur offre des moyens -et le goût- de se les approprier, de les bonifier, et surtout d’agir?
  • Il faut favoriser l’émergence d’une culture de responsabilisation et de prise de conscience du pouvoir des individus, au-delà des structures institutionnelles et politiques.
  • La culture du “grassroots”, au Québec, est très faible. Les Québécois se voient généreux et solidaires, et sont en fin de compte ceux qui donnent le moins de temps et d’argent à leur communauté au Canada. Au-delà des sempiternelles excuses, est-il possible de changer cela?
  • Il faut penser au bien commun et éviter la polarisation. Souvent, cela est plus facile au niveau local. Il faut favoriser l’apparition d’une culture qui permet la multiplicité des petits projets, les échecs rapides et peu coûteux qui permettent l’évolution des idées.

Merci chers fous, que je me retiens de nommer pour le moment!

Entrevue au FM93 concernant la politique et le Web au Québec.

Décidément, c’est une journée média!

J’ai eu la chance d’être invité de l’équipe de Martin Pouliot, du FM93, pour discuter avec eux de l’utilisation d’Internet par les partis politiques du Québec.

Le 93.3 étant assez généreux pour diffuser les podcasts des émissions en format MP3 téléchargeable, je me suis permis de raccourcir un peu l’enregistrement pour conserver que l’entrevue et les commentaires qui la suivaient.

Merci à l’équipe de M. Pouliot (Shirley Bishop et Hugo Langlois) pour la qualité des questions posées et le dialogue intéressant!

Fichier MP3 de l’entrevue.

Web et politique au Québec: bienvenue aux lecteurs du Soleil!

J’ai été surpris, encore une fois, de l’impact d’un billet qui se répercute ensuite dans les médias traditionnels.

C’est suite à la publication du billet “La campagne d’Obama et l’utilisation du Web par les partis politiques du Québec” que j’ai eu la chance d’être interviewé, en compagnie de mon collègue Martin Comeau, par le journaliste Pierre Asselin du Soleil. Avec comme résultat un article intitulé “Cyberdémocratie: le Québec sur la touche.”

Le Soleil, 2 février 2009

La discussion avec Pierre Asselin a été très productive et a soulevé plusieurs points qui, faute de place, ne pouvaient se retrouver dans le journal imprimé:

  • L’importance d’utiliser le Web pour ÉCOUTER, pas seulement pour diffuser, et le retard du Québec au regard de l’utilisation du Web pour les consultations publiques, réglementées par une loi qui date de l’âge du papier.
  • La formidable force de frappe de la liste de courriels de l’équipe Démocrate qui peut faire parvenir en quelques heures une communication directe à plusieurs dizaines de millions de citoyens, quelquefois même avant de l’envoyer aux médias. En offrant des informations de qualité sans filtre aux citoyens, les Démocrates préparent le terrain et placent les médias dans une position délicate: dites la vérité ou risquez un déluge de téléphones et de courriels de gens furieux.
  • Mes forts doutes face à la capacité des partis provinciaux et fédéraux d’innover en la matière: leurs structures sont encore trop fortement attachées aux bonnes vieilles traditions de soupers spaghettis et de pose de pancartes.
  • Les chefs, les élus et les candidats des partis sont trop loin de la réalité et trop souvent entourés de conseillers peu au courant des réalités vécues par les électeurs plus jeunes. De leur propre aveu, ils sont souvent des dinosaures. Au moins ils le savent.. Reste maintenant à asseoir ces mêmes dinosaures sur une chaise pendant quelques heures pour discuter avec eux de la nécessaire évolution des choses.
  • Mon optimisme face à l’adoption probable du Web par les partis municipaux, moins policés et plus près des citoyens, et surtout dotés de structures moins lourdes et pouvant donc être changées plus aisément. Mais qui sera le premier à vraiment y adhérer? Nous parions sur un “outsider”, car dès que les vieux partis entrent en jeu, les structures de financement traditionnelles prennent le pas sur le risque d’innover.
  • L’utilisation montante des mêmes mécanismes que ceux utilisés par l’équipe d’Obama par les groupes de pression, les lobbies et les ONG. Ceux-ci n’ont pas attendu Obama pour commencer à utiliser Internet et ses réseaux, et ils ne peuvent qu’avoir appris au cours des derniers mois. Les partis politiques ont intérêt à se réveiller, parce que les ONG et lobbies qui leur font face leur feront la vie dure sur le Web au cours des prochaines années…

Pour changer les choses dans leur approche du Web, les partis politiques devront céder un peu le contrôle du message aux électeurs, apprendre à considérer le Web comme un canal de communication qui demande une expertise spécifique et demander conseil à des spécialistes, pas seulement aux militants dont ce n’est pas le métier. Je ne sens pas cette volonté pour le moment, mais j’aimerais beaucoup me tromper…

Je pense de plus en plus que la première étape serait d’éduquer le personnel politique (élus, candidats et attachés) de manière formelle à l’utilisation du Web par les électeurs. Un rattrapage théorique, certes, mais qui pourrait au moins nous donner des bases de vocabulaire commun pour aller plus loin.

Mais essayez d’asseoir un politicien sur une chaise et de le forcer à écouter plus de 30 minutes pour voir: vous verrez que le rodéo, c’est du bonbon en comparaison!

Stratégie vs réaction.

Comme le souligne Éric Baillargeon, une heure après le discours de Barack Obama, le nouveau site de la Maison Blanche était en ligne dont un blogue pour le président. Et oui, certains politiciens continuent de bloguer APRÈS les élections!

Certains diront qu’ils se sont préparés longtemps à l’avance, je dirai qu’ils avaient une stratégie.

J’ai entendu entre les branches que le Parti Libéral du Québec songeait à un nouveau blogue pour le premier ministre quelques semaines avant les élections. Plus d’un mois après les élections du 8 décembre 2008, toujours rien à l’horizon, sauf les vieux billets dont le plus récent date du… 20 juin 2008.

Certains diront qu’ils ont été pris de court, ou manquent de budget: je dirai qu’ils gèrent leur présence sur le Web en mode réaction, à la pièce, sans y accorder assez d’importance pour avoir une vision à long terme et y dédier un budget suffisant même si raisonnable.

<ironie>Ah mais oui, j’oubliais: notre contexte politique est TELLEMENT distinct, c’est sûrement la principale raison de cette différence d’ouverture…</ironie>