Une campagne Web sans contenu…

…c’est comme un coffre d’outils sans plan, ni projet.

C’est ce que Michel nous dit aujourd’hui, et malgré mon intérêt et ma curiosité pour la campagne présidentielle d’Obama sur le Web, je ne peux qu’être d’accord avec lui. Les initiatives Web, comme les relations publiques et la publicité traditionnelle, ne sont que des outils.

Obama était porteur d’un message, d’un espoir, d’un projet. Il est devenu ce projet en l’incarnant, il a été son catalyseur et son “branding”. Obama = Espoir. Yes we can!

Au Québec, à part les partis qui resteront marginaux malgré toutes les sympathies reçues et le biais évident des geeks du Web pour ces partis (Québec Solidaire et les Verts seraient élus à très forte majorité si seulement les utilisateurs de Twitter votaient…), il reste que nous avons le choix entre 2 grands partis et demi: Le PLQ, le PQ et l’ADQ. (Je vous laisse décider qui constitue la demie selon vos préférences personnelles.)

Lequel de ces partis lance un message et un projet assez fort pour donner envie aux citoyens du Web de devenir sympathisants, aux sympathisants de devenir militants et aux militants 2.0 de motiver leurs voisins pour faire sortir le vote? On cherche encore.

Pour le moment, je remarque effectivement un vide désespérant dans les prises de position des grands partis. On ne veut pas faire peur aux boomers ni les offusquer (ils sont encore majoritaires), mais on commence à faire un bilan mitigé des 30 dernière années et à devoir tenir compte des plus jeunes qui font de plus en plus de bruit. Difficile équilibre qui ne pourra pas tenir éternellement, et qui impose des campagnes faites pour ne déplaire à personne plutôt que de proposer des projets audacieux, mais qui pourraient donner le vertige.

On a donc droit, pour le moment, à du Pablum. Qu’il soit 1.0 ou 2.0 n’y change rien: ça reste sans saveur, sans odeur, sans audace et sans passion, sauf sur les franges qui n’ont aucune chance de se retrouver au pouvoir. C’est pas grave, tout le monde aime ça le Pablum, non?

Les idées partagées prennent parfois vie…

Une des beautés des blogues, c’est la capacité de partager avec la communauté des idées visant à améliorer, sans partisanerie, l’environnement Web que nous partageons tous.

J’ai proposé publiquement dans un de mes derniers billets deux choses qui pouvaient être faites aisément, sans trop de coûts, par les partis politiques du Québec pour améliorer leur présence sur le Web.

Il semble que l’idée a fait du chemin, puisque Québec Solidaire a publié aujourd’hui une nouvelle section sur le site Web officiel du parti intitulée “10 mythes sur Québec Solidaire“. Et c’est très bien fait. De l’excellent boulot!

Je le rappelle: l’idée était disponible pour tous. Je suis surpris et honoré de voir qu’un parti politique a décidé d’en tenir compte si rapidement!

Deux idées pour un parti qui manque de ressources pour rejoindre des électeurs qui manquent de temps.

Tous les partis sont fiers de leurs programmes, documents issus de longs palabres et incessantes négociations. On aura beau hurler, pleurer et déplorer le manque d’implication politique des citoyens, reste un fait: très peu de gens le lisent, sauf ceux qui sont souvent déjà acquis à la cause. Manque de temps, manque d’intérêt, votre raison est aussi bonne que la mienne.

Je propose donc 2 idées simples, abordables, réalisables en peu de temps sans grands moyens:

  • Si votre parti est peu connu (ou mal connu), créez un lien vers une page “5 mythes à propos de…“. Sur cette page, inclure lesdits mythes, et les démentis appropriés. Évitez la langue de bois, et écrivez de préférence sur un ton léger, voire amusant, mais sincère et tout de même informatif. Sans tomber dans le “festival de l’humour politique”, de tourner les accusations de ceux qui tentent de vous démoniser en ridicule pourrait donner un effet viral à cette page.
  • Si votre parti est bien connu mais que vous cherchez à aller chercher les indécis, une variante du truc précédent: “X raisons de voter pour…“. Il n’est pas ici question de sursimplifier, mais de vulgariser et rendre accessible. Ou encore, si votre programme est bien structuré, pourquoi ne pas placer les éléments les plus importants du programme en évidence sur la page d’accueil au lieu de donner toute la place aux nouvelles? (Le PLQ et le PQ placent ces éléments soit sur des pages surchargées de texte, soit dans un document PDF à télécharger. Dans les deux cas, la structure est bonne, mais les éléments ne sont pas mis en valeur sur la page d’accueil du site, et il est probable que les gens ne se donneront pas la peine de “creuser” vers les contenus plus complets. Il y aurait quelquechose d’intéressant, rapide et facile à faire avec le document du PLQ, qui est déjà structuré de manière à le rendre digestible aisément.)

Simple? En effet. Trop simple? Pas si sûr. Tout dépend de la capacité à vulgariser sans démagogie, ni creuser davantage les clivages qui existent entre certains groupes d’électeurs.

Par souci de transparence, je dois avouer que j’ai discuté de ces idées, lors d’une discussion informelle et sympathique, avec des responsables d’un parti politique du Québec. Cela ne signifie pas mon engagement envers ce parti, ni que le parti utilisera ces idées. Cela signifie simplement que quand les gens se rendent accessibles et sont curieux, je suis ouvert à discuter d’idées. Ce qu’ils en font, ça les regarde!

La pointe de l’iceberg en politique sur le Web.

Après deux bonnes discussions téléphoniques, moi et un intéressant -et très flatteur- correspondant avons convenu que ce déjà très long billet aurait une suite.

En effet, il ne montre que la partie visible de l’évolution dans l’utilisation du Web dans la campagne d’Obama. (Notez le terme: évolution, et non révolution. Ce qui a été fait était spectaculaire, mais bâti en grande partie sur des acquis existants depuis plus longtemps que le Web social.)

Ce que le Web social a permis, c’est de mettre plus efficacement en relation des gens qui faisaient à presque 80% partie d’une fantastique base de donnée que les démocrates possédaient à propos de leurs sympathisants.

Avant de dire que nous pourrions faire la même chose au Québec, il faut donc se poser encore deux questions, qui mèneront probablement à deux autres billets:

  • Quelle est l’importance de cette base de données pour nourrir les outils de la politique en ligne, et quelles sont ses caractéristiques? Les partis du Québec peuvent-ils bénéficier de ce genre d’outil?
  • Le Québec possède-t-il une culture “grassroots” qui fournit un terreau fertile à une “campagne 2.0″? (Ma théorie est que cette culture est faible, mais que les outils sociaux du Web peuvent contribuer à son émergence. Mon correspondant semble plus sceptique, mais son expérience en politique m’impose une écoute attentive.)

Je dois avouer que pour moi, ces questions ne devraient pas se poser sous la forme “Est-ce possible” mais plutôt “Comment le rendre possible?”. Ce doit être un mélange d’inexpérience politique, de naiveté et de jeunesse, mais bon, je m’assûme très bien. On ne devient pas entrepreneur en considérant seulement les risques, mais plutôt les opportunités.

Comme on le dit dans ces cas là, la suite au prochain épisode… :)

PS: En fouillant au sujet du “grassroots”, j’ai découvert ceci: The Citizen’s handbook, a guide to building community. Je m’efforcerai de lire au cours des prochains jours afin de voir comment les Anglo-Saxons s’y prennent, et mieux comprendre. Avant le Web, les communautés existaient, oui oui! :)

Buzzz.tv: qui était le plus polarisé?

Un des bienfaits d’une expérience comme buzzz.tv, c’est de pouvoir explorer des chiffres rapidement, et de manière amusante. Un exemple.

À la fin du débat, les 3 chefs bénéficiaient d’un temps de parole égal et exclusif. Puisque nous connaissons au départ les intentions de vote des participants, il est possible d’examiner les données en relation avec le biais prévisible, en affichant uniquement les votes des partisans d’un parti à la fois.

Il est donc intéressant de voir quels sont les partisans qui ont voté inconditionnellement pour les chefs de leurs partis préférés, et lesquels ont été plus modérés dans leurs opinions et ouverts à considérer comme positive la performance d’un chef adverse. Voyons voir qui est le plus polarisé dans ses opinions, et qui l’est moins.

Graphique pour l’ADQ

On voit en haut le moment où Mario Dumont parle (bande horizontale verte), Jean Charest (bande rouge) et Pauline Marois (en bleu). Les bandes verticales vertes représentent les votes positifs, en rouge les votes négatifs.

On remarque que les partisans déclarés de l’ADQ ont voté majoritairement pour Dumont (normal), mais ont donné aussi quelques notes positives aux deux autres chefs. Plus de négatif que de positif, mais tout de même du positif. Polarisation moyenne.

Graphique du PLQ

Jean Charest est en rouge, et est majoritaire. Mais on observe aussi plusieurs votes positifs pour Mme. Marois, et des votes négatifs pour Charest. Les partisans du PLQ sur buzzz.tv répartissent donc davantage leurs votes que ceux de l’ADQ. Polarisation faible! (ou du moins la plus faible des trois partis.)

Graphique du PQ

Pauline Marois est ici en bleu. Les partisans du PQ ont très fortement voté pour leur chef, et très négativement pour les deux autres chefs. À la différence des deux autres chefs, presque aucun partisan du parti n’a voté contre son chef. Polarisation forte! (ou du moins la plus forte des trois partis.)

Conclusion

Je ne conclus rien, mais constate que les partisans du PQ présents sur buzzz.tv semblaient plus polarisés que ceux des 2 autres partis, et que ceux du PLQ semblaient plus modérés.