Deux extraits de Cyberpresse me font réfléchir ce soir. D’abord celui-ci, tiré de l’analyse de Denis Lessard:
“L’avant-veille, M. Charest avait suivi les recommandations de ses conseillers et adopté un ton de chef d’État au débat télévisé des chefs, une stratégie qui s’était révélée néfaste : tous les observateurs l’avaient décrit comme nonchalant devant ses adversaires. … La machine libérale paraissait «fonctionnarisée», produisait des notes trop « technocratiques « pour alimenter un chef au combat.
À des proches il a soutenu après le débat qu’il n’avait pas l’impression de faire «sa» campagne. Freiné pendant longtemps, il avait accepté de ne pas hausser le ton jusqu’aux derniers jours de sa tournée.“
Et ces autres extraits de la chronique de Yves Boisvert:
“Qu’est-ce que c’est que cette idée de faire une «campagne pépère»? Un choix délibéré, calculé par les «cerveaux» du PLQ. …”
“Pas d’originalité, aucune audace, à peu près pas de sens pédagogique… Pour un gars qui était parti pour réinventer le Québec en 2003, il l’a jouée étrangement modeste en 2007. Il l’a jouée plate. A-t-il quelque chose à dire? Je veux dire, à part des banalités écrites par de mauvais scripts? Oh, le type sait être sympathique. On l’a vu à Tout le monde en parle. Mais où est-il? Qui est-il? A-t-il une vision personnelle, profonde?“
Visiblement Jean Charest a donné l’impression à plusieurs qu’il était froid, distant, calculateur, incapable de spontanéité, qu’il manquait de personnalité. Je doute beaucoup que ce soit vrai, mais la perception est essentielle quand on est en campagne électorale.
Le parti libéral semble avoir totalement perdu le contact avec le public. Leurs idées ne sont pas mauvaises, mais leur essence est étouffée par la langue de bois technocratique qui caractérise les stratèges libéraux. Mario Dumont a capitalisé sur l’impossibilité pour le PQ à décrocher de l’obsession référendaire et l’incapacité des libéraux à mobiliser les gens par excès de langue de bois.
M. Charest est un excellent politicien. Seulement, c’est aussi pour un homme que les gens veulent voter. La machine du parti l’a déconnecté des gens à qui il a parlé à travers trop de filtres, le dénaturant, le blanchissant, le rendant tellement édulcoré qu’il semblait n’avoir ni saveur ni odeur.
Il y a pire que des citoyens qui vous détestent, il y a les citoyens qui sont indifférents à ce que vous faites. Personne (à part quelques extrémistes) ne hait vraiment Jean Charest. Le problème, c’est que personne ne le suivrait en enfer non plus. Être Teflon, pour un politicien, est un grand drame. Quand les gens vous crient des noms, au moins ça ouvre un dialogue, ça attire la riposte intelligente, ça permet d’échanger des points de vues. L’indifférence tue le débat.
Si j’étais Jean Charest, si je devais rebâtir ma crédibilité, me battre contre deux partis d’opposition dans un gouvernement minoritaire qui devra réapprendre à parler aux citoyens, si mon leadership était contesté dans mon propre parti et si celui-ci venait tout juste de recevoir la pire dégelée de son histoire, je prendrais quelques risques. Qu’aurais-je à perdre qui n’est pas déjà perdu de toute manière?
Et j’ouvrirais un blogue. Un vrai. Pas ce truc fabriqué de toutes pièces par des conseillers trop frileux pour tenter un grand coup mais trop peureux pour ne pas suivre la vague, du moins à leur trop timide manière. De toute évidence, quelqu’un dans l’entourage du Premier Ministre a dit “Il faut un blogue, c’est à la mode, donc désignons les communiqués de presse comme étant des “billets” et le tour sera joué!”
J’écrirais moi-même avec conviction, passion et sincérité. Je sortirais mon blogue du carcan officiel du gouvernement du Québec, laissant tomber le programme d’identification visuelle, la langue de bois et les “billets” scriptés.
Je poserais des questions aux citoyens, pas par le biais de “focus group” ou de sondages commandés discrètement, mais directement. Et j’encaisserais des réponses dures, et argumenterais. Je filtrerais uniquement les commentaires d’exaltés, d’extrémistes et d’enragés, et permettrais aux désaccords de voir le jour pour en parler au lieu de faire semblant de croire qu’ils n’existent pas, et de prendre une autre raclée électorale.
J’expliquerais -comme un sympathique voisin ou un collègue de bureau articulé et passionné le ferait- les tenants et aboutissants des idées et des projets du parti libéral. Sans condescendance, en vulgarisant mais sans sursimplifier non plus. Il existe des problèmes complexes, et les solutions le sont parfois aussi. Et des nuances. Et des exceptions. Mais tout cela s’explique, quand on prend le temps. Je tiendrais les stratèges technocrates à distance de cette initiative, du moins pendant un bout de temps. Ils n’ont pas prouvé grand’chose dernièrement de toute manière. Qui mène ce parti après tout? Qui se fait traiter de perdant dans les médias aujourd’hui? Les conseillers ou LE conseillé?
J’affirmerais mon leadership et que ce parti, c’est moi qui le mène au combat, que je ne suis pas constamment caché derrière mes conseillers. Je montrerais que je suis un humain et que je souhaite comprendre sincèrement ce qui s’est passé. Je jouerais à visage découvert pendant que les temps sont durs, mais que d’autres élections ne peuvent pas vraiment se pointer avant au moins un an ou deux.
Je doute que ça arrive. Et c’est dommage. Quand on est au centre, la sincérité et la transparence sont peut-être les meilleures armes contre le populisme d’un côté et la rhétorique nationaliste de l’autre. Meilleures que la langue de bois du moins…