L’ADISQ, les vilains pirates et la vente de musique

pirate.jpgLa semaine passée, l’ADISQ a surpris tout le monde en demandant au CRTC de réglementer le Web canadien pour protéger l’industrie de la musique des vilains pirates et de leurs complices, les fournisseurs d’accès à Internet.

En plus du tollé sur de nombreux blogues d’observateurs du Web, Industrie Canada publie aujourd’hui une importante étude qui démolit les arguments déjà faibles de l’ADISQ.

En résumé, on constate que :

  • Il n’y a aucune corrélation (positive ou négative) entre les ventes globales de disques et l’échange de fichiers par les réseaux P2P au Canada. Aucune. Niet. Zéro. Nothing. Est-ce clair?
  • Les “vilains pirates” sont aussi les meilleurs clients de l’industrie de la musique. Ils achètent 0,44 album de plus par année que les honnêtes quidams. Tiens donc.
  • En bonus, il y a un effet positif pour les albums difficiles à trouver en magasin. P-O-S-I-T-I-F. On parle de création de marché en faisant connaître des artistes qui, autrement, n’auraient pas été accessibles aux consommateurs de musique. Que les tenants de la théorie du “c’est juste bon pour les grands artistes et les gros marchés” se l’enfoncent dans la tête une fois pour toute.

Cette étude ne fait que confirmer des trouvailles déjà publiées en 2004 et 2005. Les gens de l’ADISQ, 3 ans plus tard, continuent donc de faire des déclarations publiques qui vont à l’encontre de faits reconnus depuis plusieurs années afin de cacher leur incapacité à s’adapter aux changements inévitables, et en s’y opposant en utilisant le lobbying au lieu d’essayer de trouver des solutions intelligentes.

Ceux qui prétendent éduquer l’ADISQ devraient se demander, avant de gaspiller leur salive et les pixels de leurs blogues, si cette organisation s’intéresse aux faits ou plus simplement à perpétuer un modèle d’affaires désuets le plus longtemps possible.

J’ai hâte de voir qui sera le prochain artiste au service du lobby à se couvrir de ridicule en essayant de nous faire pleurer. Avez-vous remarqué que ce n’est jamais les artistes peu connus qu’on entend mais bien les “gros vendeurs” des maisons de disque? Peut-être que sans la machine derrière eux pour enfoncer la promotion dans la gorge des gens, ils seraient obligés de se mettre à créer de la musique intéressante? Non, cela n’a sûrement aucun lien, je suis sûrement trop cynique…

Via Montreal Tech Watch.

Étude complète disponible sur le site de Industrie Canada.

L’ADISQ et le “contrôle de l’environnement culturel”…

Extrait d’une entrevue avec Solange Drouin, directrice générale de l’ADISQ, concernant les demandes de son organisation auprès du CRTC pour mieux “contrôler l’internet” :

“Si, par exemple, je m’abonne à Bell Sympatico ou à Bell Mobilité, je voudrais qu’on s’assure que les contenus canadiens y soient accessibles en priorité. Si Google est capable de le faire en Chine avec des intentions de censure, nous sommes capables de le faire ici avec des intentions de promotion culturelle. Dans le cas qui nous occupe, il ne s’agit évidemment pas de censure mais de contrôle de notre environnement culturel. Et si les FAI canadiens s’annoncent comme les distributeurs de contenus de demain, qu’ils prennent leurs responsabilités.”

Quelques remarques en vitesse…

  • J’aime beaucoup quand on utilise le brillant exemple de la Chine comme modèle de distribution de contenu ;
  • Les officiels chinois, selon leur point de vue, ne pratiquent pas non plus la censure. Eux aussi, ils essaient seulement de “contrôler leur environnement culturel” ;
  • Est-ce que les intérêts d’un petit lobby en perte de vitesse, qui refuse de voir le monde changer, sont plus importants que celui du public en général? Les exemples de Radiohead, Madonna et autres ne sont pas assez éloquents? Qu’on cesse de prendre les gens pour des crétins en affirmant que les petits marchés n’y trouvent pas leur compte. Lisez “The Long Tail” avant d’ouvrir la bouche à ce sujet et de dire des stupidités ;
  • Si aussi peu de musique Québécoise vendue l’est par le Web, c’est parce que l’offre n’existe pas. Non, Archambaultzik n’est PAS une plateforme crédible pour la vente de musique en ligne. C’est lent, lourd, oblige à utiliser un format nul et désagréable à utiliser.

Portrait de ma consommation…

…de musique, ne sautez pas aux conclusions!

Lastgraph est un service qui utilise votre compte Last.fm pour créer une représentation visuelle de la musique que vous avez écoutée durant une période donnée. Les graphiques sont non seulement beaux, mais aussi faciles à interpréter.

LastGraph

Il est amusant de faire la relation entre les groupes écoutés à une certaine époque et les souvenirs que l’on en a… En regardant un graphique de ce genre, on peut deviner les peines d’amours, les périodes de travail acharné, etc.

Seul hic : je n’ai que 3 semaines d’archives sur Last.fm. Cependant, vous trouverez d’autres exemples plus bas de magnifiques graphiques. Pour en voir d’autres, c’est ici. Pour créer le vôtre, c’est plutôt ici.

Après plusieurs mois, ça finit par ressembler plutôt à ça (cliquez pour agrandir):
Fred Wilson LastGraph

Mauvais mois pour l’industrie musicale

Depuis que Radiohead, Madonna, Nine Inche Nails et d’autres groupes ont annoncé qu’ils prenaient les commandes de leur destin musical, on dirait qu’il ne se passe pas une seule journée sans que l’industrie musicale prenne une tuile sur la tête.

Il y a quelques jours, c’est Amazon qui annonçait ne vendre désormais que des fichiers MP3 sans protection de copie (protéger la musique de la copie est un vieux fantasme de l’industrie musicale complètement déconnecté de la réalité).

C’est comme si les conséquences de toutes les mauvaises décisions de l’industrie musicale au cours des 8 dernières années leur retombaient dessus en un seul mois…

Aujourd’hui, c’est Ian C. Rogers, rien de moins que le responsable de Yahoo Entertainement (site Web musical le plus populaire) qui déclare ceci aux membres de l’industrie musicale qui étaient venu assister à sa présentation :

“I’m here to tell you today that I for one am no longer going to fall into this trap (en parlant des systèmes de protection anti-copie). If the licensing labels offer their content to Yahoo! put more barriers in front of the users, I’m not interested. Do what you feel you need to do for your business, I’ll be polite, say thank you, and decline to sign. I won’t let Yahoo! invest any more money in consumer inconvenience. … I personally don’t have any more time to give and can’t bear to see any more money spent on pathetic attempts for control instead of building consumer value. Life’s too short. I want to delight consumers, not bum them out.”

Billet complet de M. Rogers ici.

Est-ce que c’est assez clair? Je pense que nous pouvons dire que le point de bascule vient tout juste d’être franchi. Le dinosaure marchera encore peut-être quelques pas, mais la flèche mortelle vient de le frapper.

Musique à prix libre : quelques chiffres sur l’expérience de Radiohead.

Radiohead : album In RainbowsMAJ : Depuis que Radiohead a ouvert la voie, d’autres artistes ont annoncé qu’ils laissaient tomber les maisons de disque pour vendre directement au public : Madonna, Nine Inch Nails, Jamiroquai et Oasis. C’est comme tout d’un seul coup, le voile s’était déchiré. Il était temps!

J’écrivais il y a quelques jours à propos de l’expérience que fait le groupe Radiohead, qui a décidé de laisser aux internautes le soin de payer le montant qu’ils jugeaient approprié pour télécharger leur nouvel album.

Quelques chiffres à propos des montants payés sont cités dans un article sur Technaute : “Radiohead : un tiers des fans n’ont rien payé“.

Deux choses m’agacent dans cet article de l’Agence France Presse :

  • Premièrement, le titre que j’ai trouvé irritant et qui véhicule inutilement des idées reçues. À la lecture complète de l’article, on se rend compte que le fait le plus important à retenir est le suivant : la moyenne de tous les téléchargements se chiffre à 8$. Il me semble que le titre “Les fans paient en moyenne 8$” aurait beaucoup mieux exprimé la réalité. Si on considère que Michael Jackson, au sommet de sa popularité, a réussi à arracher à sa maison de disque la faramineuse somme d’environ 4,50$ par album, on constate que 8$ par téléchargement (donc directement dans les poches du groupe), c’est une somme plutôt rondelette.
  • Ensuite, il est fait mention que 351 personnes de l’échantillon sondé (3000 personnes) ont acheté l’album pour collectionneurs à 80$, qu’ils recevront plus tard par la poste. Je suppose donc que ces gens avaient l’impression (justifiée) qu’ils pouvaient télécharger gratuitement les fichiers sans avoir à les payer une seconde fois. Ils font néanmoins partie du supposé “tiers qui n’ont rien payé”…

De dire que “un tiers des fans n’ont rien payé” est peut-être accrocheur, mais très loin de la réalité. Cela véhicule encore une fois un préjugé trompeur sur le fait que la distribution de contenu sur le Web est vouée à l’échec. Ce que je constate, c’est que Radiohead a réussi à augmenter considérablement sa part de profit pour les albums vendus, et s’est probablement fait connaître par un tas de gens qui normalement n’auraient pas acheté leur album. J’espère que plusieurs autres artistes liront davantage que le titre de l’article avant d’en tirer des conclusions…