À propos de la valeur des commentaires sur les blogues (suite).

Mes vacances m’ont permis de réfléchir davantage à la question de la valeur des commentaires sur les blogues qui a déjà été évoquée auparavant. Comme j’essaie de le faire depuis un certain temps, j’aime bien acquérir beaucoup d’informations de sources diverses sur un sujet, mélanger, laisser mûrir sans trop y penser et ensuite dégager quelques pistes (presque un U process JSB?).

Étant encore en phase de fermentation d’idées à propos des commentaires et des blogues en général, j’ai eu le plaisir de pouvoir lire Infotopia (que je ne saurais trop vous recommander et auquel je reviendrai avec un billet complet) et de tomber, aujourd’hui, sur un extrait très intéressant d’un billet sur 43Folders, un blogue de productivité suivi par tout de même 128000 personnes chaque jour. Quand je vois quelqu’un a qui du succès, j’ai l’humilité de lire ce qu’il écrit avec attention.

Le blogueur en question, Merlin Mann, a décidé de brasser la cage de son blogue en dépoussiérant la politique éditoriale. Du même coup, il a pris la décision de faire disparaître les commentaires, ce qu’il explique de la manière suivante :

No more fake “conversations”

I’ve loved so many of the comments and forum posts on 43 Folders. But, for an endless number of reasons that you’ve probably seen for yourself across the web, the quality and care of visitor contributions everywhere has hit what I truly hope is rock bottom.

Stupid, venal, ignorant, self-linking comments from people who couldn’t be troubled to actually read the article. Angry forum posts full of personal attacks, giant avatars of Manga characters, and 4-vertical-inch signatures about which Golden Girl you are. Nonsense tagging, meta-commenting, ass-kissing, trolling, and…oooo!…video responses….neato! Please. It’s nuts and it’s pointless and it’s really cynical on the part of almost every publisher that allows that crap to go on.

“Conversation,” like “friend,” is a word that has a meaning to human beings with faces and brains. I will not abuse it as code for the surplus page views produced by someone with an afternoon to kill.

If you have comments about what I say here, post about it on your own blog. That’s what it’s there for, and it’s a place where owning your words will have gravity and, in most cases, will be associated with the name of a real person who doesn’t pinch loaves on his own couch.

L’abandon des commentaires, pas un cas isolé.

Mann cite au passage d’autres blogueurs influents qui ont décidé, avant lui, de mettre fin à l’expérience des commentaires : John Gruber (Daring Fireball), Andy Baio (Waxy) et Jason Kottke, entre autres. Si vous bloguez depuis plus de 5 ans, et si vous suivez un tant soit peu la blogosphère américaine, ces noms devraient vous dire quelque chose.

Seulement pour insister un peu sur ce point : tous ces blogueurs sont plus que crédibles. Ils font partie du groupe sans qui le terme “bloguer” ne serait peut-être pas aussi populaire aujourd’hui. Ce sont des pionniers de ce média et leur auditoire est à l’avenant : aucun d’entre eux ne compte un auditoire de moins de 100000 lecteurs par jour, et ce depuis plusieurs années. Jason Kottke et John Gruber vivent (ou pourraient vivre) uniquement de la publicité sur leurs blogues. Gruber a déjà vendu tout son inventaire de pub jusqu’à la fin décembre, à 1750$/semaine.

Et tous, je le répète, ont décidé que les commentaires n’en valaient plus la peine. Ni pour eux, ni pour leurs lecteurs.

En entrevue chez Shawn Leblanc, Gruber explique pourquoi :

I wanted to write a site for someone it’s meant for. That reader I write for is a second version of me. I’m writing for him. He’s interested in the exact same things I’m interested in; he reads the exact same websites I read. I want him to like this website so much that he reads it from the top to the bottom, and he reads everything. Every single word. The copyright statement, what software I use, he’s read it all.

If I turn comments on, that goes away. It’s not that I don’t like sites with comments on, but when you read a site with comments it automatically puts you, the reader, in a defensive mode where you’re saying, “what’s good in this comment thread? What can I skim?”

It’s totally egotistical. I want Daring Fireball to be a site that you can’t skim if you’re in the target audience for it. You say, “Oh, a new article from John. I need to read it,” and your deadlines go whizzing by because you have to read what I wrote.

Mes pistes de réflexions et questions

  • Un blogueur continue-t-il à bloguer s’il n’autorise pas les commentaires?
  • Qui a l’autorité pour déterminer qu’à partir du moment où les commentaires ne sont plus permis, un blogue n’en est plus un?
  • Le lectorat n’a-t-il pas son importance pour déterminer, en publication, le leadership et l’influence d’une publication, d’un journaliste ou d’un écrivain? Pourquoi cela serait-il différent pour un blogueur? Et le cas échéant, l’abandon des commentaires par des blogueurs aussi influents ne devrait-il pas pousser à réfléchir sur leur intérêt réel au lieu d’accepter cela comme une obligation? Il me semble que le Web est encore trop jeune pour les dogmes…
  • Quelle est la proportion de commentaires pertinents, utiles et participants à une réelle dynamique de conversation sur les blogues n’étant pas destinés à des créneaux plutôt pointus?

Voilà. Je n’arrive pas encore à dégager de conclusions, mais je me permets de douter énormément de plus en plus de certains concepts érigés en vérités incontestables par une partie de notre industrie. Et j’ai quelques alliés crédibles on dirait…

Pourtant, j’apprécie énormément les commentaires intelligents que je reçois. Je crains simplement que sous le terme “conversation” ne se cache en fait une gigantesque chambre à échos qui, au lieu de faire réfléchir, ne fait souvent que galvaniser les opinions de ceux qui sont d’accord avec les blogueurs, polariser davantage ceux qui sont contre, et donner une tribune à un tas de bozos qui ne sont ni pour, ni contre, mais simplement à côté de la plaque.

De manière paradoxale et pour prouver que mon idée n’est pas encore fixée, je laisse les commentaires ouverts afin de savoir ce que mes confrères en pensent. Remarquez, si vous bloguez, un billet serait une réponse toute aussi appropriée et plus visible qu’un commentaire ici… :)

Blogues et commentaires : un mal vraiment nécessaire?

MAJ : Vu la longueur de ce billet, j’ai fait un petit exercice d’écriture Web : en ne lisant que les caractères en gras, vous comprendrez l’essentiel du propos sans vous taper tous les mots. Attention cependant : si vous souhaitez laisser un commentaire, prenez au moins le temps de lire le billet en entier, il y a des subtilités qui, sans être nécessaires à la compréhension de l’idée de base, restent requises pour engager la discussion.

Au cours des dernières semaines, les journalistes Patrick Lagacé et Nelson Dumais ont écrit des articles intéressants à propos de la pertinence des commentaires sur les blogues. L’article de M. Dumais remet aussi en question le principe même des blogues grand public, d’une certaine manière.

Les points de vue de ces deux journalistes peuvent se résumer ainsi : ils constatent une usure de leur intérêt et de celui de leurs lecteurs pour leurs blogues, en grande partie causée par les abus sous forme de commentaires. Et ils commencent aussi à se poser des questions sur la pertinence de tenir un blogue, et sur la place des blogues dans le paysage de l’information.

En tant que blogueur, je me suis senti interpellé et intéressé par leurs articles. Non pas parce que je me suis senti outré, mais bien parce que je suis d’accord avec plusieurs des idées et arguments amenés. En effet, la plupart des blogues personnels sont d’un manque d’intérêt total, et la majorité des commentaires sur les blogues généralistes sont non seulement sans intérêt, mais souvent militants, injurieux, sans fondement et n’apportent absolument rien à la supposée “discussion” que sont censés être les blogues. (J’ai l’impression que mon collègue Mario va réagir à cela, en commentaire et/ou en personne dans mon bureau…)

Avant de me lyncher, lecteurs de blogues et/ou amis blogueurs, prière de lire la suite.

Les blogues personnels sont généralement sans intérêt…

J’ai dit plus haut que la plupart des blogues personnels sont sans intérêt, et je le maintiens. Mais cela, c’est selon mon point de vue et mes intérêts. Je ne m’intéresse pas à la fauconnerie, ni au papier mâché. Il existe cependant sûrement des blogues qui parlent de ces deux sujets, et je suis certain que leurs lecteurs les trouvent intéressants. De même, à l’intérieur de ces micros communautés que sont les blogueurs qui parlent de fauconnerie, il y a sûrement de bons et de mauvais blogues. Les amateurs enthousiastes et articulés de la fauconnerie y trouveront une manière de communiquer avec leurs pairs, et cela ne m’enlève rien. Il y a fort à parier que les lecteurs de ces blogues ne verront aucun intérêt à lire le mien, et cela me convient très bien.

Cependant, l’intérêt comparatif des blogues n’est en fait pas pertinent. C’est une relique de l’âge où l’information subissait les diktats de la rareté : en effet, communiquer une idée à une communauté demandait des ressources matérielles et financières. Rejoindre 15000 personnes par le biais d’une publication papier est un exercice difficilement réalisable par un amateur. À partir du moment où l’amateur devient assez spécialisé pour réussir l’exploit, et met en place des structures lui permettant de rééditer l’exploit régulièrement, il y a de fortes chances pour que la société commence à le désigner comme un professionnel. De simple feuillet paroissial, la chronique devient bientôt une publication quotidienne, qui attire des publicitaires, et qui s’organise pour devenir un journal. C’est une image caricaturale qui illustre tout de même comment les employeurs de M. Dumais et Lagacé ont bien dû commencer eux aussi, avant de devenir des empires médiatiques.

La rareté ne s’applique pas seulement à la capacité de produire du contenu, mais surtout, du côté de celui qui le consomme, de se le procurer et de l’absorber. On parle ici de l’économie de l’attention, de la capacité à absorber une certaine quantité limitée d’information en un temps donné.

À une certaine époque, l’accessibilité aux médias était limitée par l’offre locale. Les journaux accessibles aux lecteurs étaient ceux qui étaient livrés au kiosque, ou auxquels le lecteur pouvait s’abonner aisément. Si un lecteur de Baie-Comeau souhaitait s’abonner au New England Journal of Medicine, il devait d’abord en connaître l’existence, ensuite contacter le journal par écrit (et donc, connaître son adresse) et finalement faire parvenir un paiement postal. Tout cela demandait du travail, et était lent. La distribution de l’information reposait sur sa matérialité : pour livrer le contenu, on devait livrer le papier sur lequel il était imprimé, et vivre avec les contraintes que cela amenait.

Le kiosque à journaux vivait aussi avec une contrainte de rareté, celle de l’espace. Il devait choisir, parmi les grands vendeurs et les magazines spécialisés, ceux qu’il décidait de placer sur les tablettes. Évidemment, les plus populaires étant les plus vendus, les publications surspécialisées devaient leur céder la place.

L’arrivée de la radio et de la télévision a bien sûr changé un peu la donne, mais ils restaient des médias pour lesquels l’investissement de base, massif, réservait la propriété à des entreprises solides. Point de place pour les amateurs.

Tout cela pour dire que le blogue sur la fauconnerie népalaise a un grand avantage sur le journal qui traite du même sujet : il ne coûte rien à produire, et ne demande aucun espace sur les tablettes. Bien qu’il en existe probablement un, il n’est pas en compétition avec mon blogue pour un espace qui lui permettra d’être lu ou non. Internet dispose de “tablettes” théoriquement infinies, et Google me permet de ne trouver que ce qui rencontre mes intérêts, sans m’imposer le reste.

Il est vrai que l’attention de chaque personne est aujourd’hui frappée par le même phénomène de rareté. Maintenant que les tablettes de contenu offert sont infiniment grandes, nous arrivons au point où nos neurones sont constamment sollicitées et manifestent des signes de fatigue. Il existe cependant des outils qui permettent de filtrer ce contenu, de l’organiser et de mieux le choisir. À ce que je sache, quand j’allume mon ordinateur, aucun blogue ne me saute dessus. Je dois tout de même faire l’effort (et le choix) de le chercher, de suivre un lien pour y arriver, et ensuite de m’y abonner si je le souhaite. On parle de pollution quand quelque chose est lancé dans notre cour par un autre, pas quand on fait l’effort conscient de le ramener chez soi.

L’intérêt relatif d’un blogue n’a donc aucune importance, et je laisse le soin aux lecteurs de chaque blogue le soin de décider de ce qui est pertinent ou pas. Si 50000 personnes s’intéressent à l’élevage de chèvres naines, je me dois de rester humble avec mes quelques dizaines de miliers de visiteurs par mois, et je me vois mal juger de ce qui est intéressant ou pas pour les autres. Surtout que la grande popularité d’un blogue à propos des chèvres naines ne m’empêche pas de rejoindre mes lecteurs, et ne “pollue” pas leur attention s’ils préfèrent lire ce que j’ai à dire sur les sujets qui les intéressent.

À ce sujet, donc, je suis partiellement d’accord avec M. Dumais, parce que si je lui donne raison sur le fond, je constate que l’argument sur la rareté, l’accessibilité et l’attention accordée aux contenus lui échappe peut-être, ou qu’il a choisi de l’omettre pour se concentrer sur son deuxième argument.

…et les commentaires sont encore moins intéressants que les blogues.

Là où je rejoins cependant M. Lagacé et Dumais, c’est à propos des commentaires sur les blogues généralistes. Autant les discussions émergentes sur les forums et blogues spécialisés sont souvent intéressantes et constructives, autant les engueulades qui explosent sur les blogues généralistes sont généralement sans intérêt. Faites l’expérience : lisez n’importe quel billet sur Cyberpresse et, après un maximum d’environ 30 commentaires, les commentaires de la supposée discussion en cours sont invariablement reliés aux fédéralistes contre les séparatistes, aux syndicats contre les patrons, à la gauche contre la droite, aux pauvres contre les riches, à Microsoft contre Linux, aux immigrants contre les indigènes, etc. Bref, à NOUS contre EUX, le tout agrémenté de patois peu cordial. Peu importe que le sujet de départ soit un extrait de comédie musicale ou une critique d’aspirateur.

Ce que j’observe, c’est que plus un blogue est généraliste, moins les commentaires sont pertinents. Et malheureusement, plus un blogue est généraliste, plus il a de lecteurs potentiels : les commentaires n’en seront donc que plus lourds à gérer à cause du nombre.

Si, par malheur, le blogue généraliste qui intéresse potentiellement plus de gens est publié par un grand média, on a une recette pour une catastrophe : il est livré, tous les jours, à côté de l’actualité dont les foules viennent s’enquérir. C’est ainsi que tante Georgette, qui s’intéresse aux nouvelles horticoles, est exposée sans avoir rien demandé au blogue de M. Lagacé. Et sera peut-être tentée de commenter, alors qu’elle serait plus avisée de le faire à propos d’un sujet qu’elle maîtrise mieux. Au mieux, son commentaire sera sympathique mais insignifiant. Et attirera les foudres d’un lecteur zélé. Au pire, le commentaire de Georgette sera mal avisé et peut-être même injurieux. Parce que Georgette, cachée derrière son clavier, peut très bien utiliser la magie des pseudonymes pour devenir le moins sympathique “FucktheWorld” qui aime bien s’en prendre aux cheveux longs, aux drogués et aux jupes courtes parce que, tout le monde le sait, tout était bien mieux avant.

La réalité est bien différente sur les blogues plus spécialisés et souvent moins populaires. Peut-être parce qu’ils regroupent une réelle communauté d’intérêts, qui possède ses codes, son éthique et qui permet de véritables débats. Tout n’y est pas rose, les trolls sont partout. Cependant, le groupe qui lit un blogue spécialisé a peut-être plus de points en commun et de discussions à tenir que le grand public qui lit un blogue généraliste.

Mon expérience personnelle et celles d’autres blogueurs relativement populaires auprès d’auditoires ciblés semblent le confirmer : à chaque fois qu’un de nos billets est cité par les grands médias, il reçoit la visite d’un nombre record de commentateurs peu pertinents ou désagréables. Ce n’est pas que leurs lecteurs soient en moyenne moins intelligents que les nôtres, ils sont seulement plus nombreux. Et plus grand est le nombre de gens, plus grande est la quantité de bozos. Telle est la rançon de la gloire.

Évidemment, certains blogues dits spécialisés réussissent à attirer des foules sans devenir le paratonnerre de tous les fous furieux du monde : TechCrunch rejoint 850000 lecteurs par jour uniquement par le biais de son fil RSS, et la plupart des commentaires y sont pertinents, les débiles n’y faisant pas de vieux os. Encore une fois, ce blogue s’adresse à un public relativement bien ciblé. Dans l’anglophonie, 850000 lecteurs n’est pas un si gros chiffre. Et les mécanismes de modération en place y sont bien rodés.

Il faut donc croire que 2 facteurs frappent de plein fouet les blogueurs des grands médias : leur popularité, et le fait de traiter de sujets généralistes (ou de voir son blogue exposé à côté de sujets d’intérêt général). Il y a fort à parier que si Nelson Dumais tenait blogue de manière privée, il serait débarrassé d’un grand nombre de commentateurs désaxés. Son article sur le même sujet, publié dans le journal Direction Informatique, ne suscite aucun commentaire. Sur Cyberpresse? Le déluge, bien que pour le moment ce soit plutôt positif. Cela lui fera changement.

Votre blogue ne serait pas un blogue? Et puis après?

Avant les blogues, les journalistes écrivaient, les lecteurs les lisaient. Aujourd’hui, il faudrait croire que personne ne peut apprécier les idées des autres en silence, sans émettre son opinion? Je n’en crois rien. Et ce n’est pas par nostalgie d’une autre époque, j’ai grandi avec un ordinateur comme nourrice… (Bien qu’il s’agissait d’un Commodore 64 mais bon, je ne pense pas être si vieux et cet argument commence à être un peu éculé. Qu’on me dise que Andrew Grove (72 ans) et Steve Jobs (53 ans) sont des immigrants numériques et je fais un malheur.)

Bien que les commentaires se transforment souvent en discussions de qualité sur les blogues spécialisés, je n’en vois pas l’intérêt sur les blogues des grands médias. Pour 1 commentaire qui apporte quelquechose, 20 seront grossiers, insignifiants ou non pertinents. À quoi bon qualifier ce capharnaüm de discussion alors que c’est en fait un dialogue de sourds?

Les journalistes tenant blogues devront bientôt choisir entre la modération très sévère (qui prendrait beaucoup de leur temps qui devrait plutôt être passé à interviewer, rédiger et vérifier des sources) ou le retour aux bonnes vieilles chroniques, sans commentaires. S’ils choisissent la deuxième option, ils risquent de se faire traiter de “non-blogueurs” par la blogosphère. Et après? Peut-être que plusieurs lecteurs préfèrent les bons chroniqueurs aux mauvais blogueurs après tout…

L’autre option qui s’offre aux groupes médias serait l’embauche de modérateurs professionnels, dont le travail serait de filtrer le pertinent de l’importun, le grossier du correct et ce, sans tomber dans la censure. Difficile, mais réalisable. Je me demande pourquoi les groupes médias, si heureux de bénéficier des blogues de leurs journalistes, ne leur offrent pas un modérateur en cadeau de Noël et les laissent plutôt se débrouiller avec leurs commentateurs enragés.

Fagstein propose aussi Slashdot comme modèle, où les lecteurs peuvent s’accorder des notes les uns aux autres. Pour que ce système fonctionne, il faut cependant que la majorité des lecteurs ait un minimum de compétence du sujet traité. Bien utile pour une communauté d’intérêts, je me demande ce que ce genre de système donnerait dans un environnement plus généraliste.

MAJ : Suite à mes discussions avec Mario Asselin, j’ajouterais que les modérateurs doivent être équipés de politiques éditoriales solides, qui favorisent l’émergence de conversations et non d’engueulades. Quitte à réduire radicalement le nombre de commentaires. Impossible de discuter quand on est entouré de 50 morons qui gueulent des insanités autour de soi.

Qu’un internaute futé prenne un journaliste peu professionnel en défaut et révèle un scandale jusque-là camouflé, c’est brillant, rarissime et montre le bon côté du Web collaboratif. Quand pour cet internaute brillant 250 gogos harassent les 99% de journalistes compétents à force de commentaires sans pertinence ni intérêt, je ne vois pas ce que la profession peut y gagner. Ni les lecteurs d’ailleurs.

Puisque qu’environ 1% des lecteurs des blogues populaires laissent régulièrement des commentaires et qu’il semble qu’une partie de ceux-ci soient des illuminés, il faudra bien se rappeler, à un certain moment, qu’on écrit aussi un peu pour les 99% d’autres qui n’ont pas envie de participer à la brillante “discussion” qu’ils n’ont la plupart du temps même pas remarqué.

Liberté d’expression = Droit de tribune?

Pierre Foglia est un éditorialiste brillant et provocateur, qui aime susciter la discussion. Et pourtant, on ne lui a jamais fait subir les outrages des commentaires en ligne des lecteurs de ses chroniques. Comme tout journaliste, il reçoit probablement des tonnes de courriels privés, de téléphones et de courrier. C’est bien assez. Quand je fais le détour requis pour lire la chronique de M. Foglia dans la Presse, c’est parce que j’ai envie de lire M. Foglia. Parce que j’aime ses opinions, ses points de vue, ses choix de sujets et que je pardonne facilement ses oublis, ses erreurs et ses biais. Je sais qu’il est assez professionnel pour les rectifier si nécessaire, ou pour en rire si ce ne l’est pas. L’opinion de ses lecteurs à propos de ses opinions à lui ne m’intéresse absolument pas, et je ne crois pas être le seul dans mon cas.

Cela signifie-t-il que je sois contre la liberté d’expression? Absolument pas. Et les journalistes fatigués de modérer tous les crétins du monde non plus. Seulement, le droit à s’exprimer ne doit pas être confondu avec le droit de tribune. Si tout le monde a le droit de ne pas être d’accord et de l’exprimer publiquement, personne n’a l’obligation de fournir un micro et une colonne dans le journal au premier crétin du bord. C’est ce que font les blogues de grands médias, du moins pour le moment, probablement jusqu’à la première poursuite en diffamation. Si ledit crétin souhaite exprimer son désaccord de manière virulente, peut-être serait-il plus intéressant pour les lecteurs de la chronique qu’il aille poursuivre la “discussion” ailleurs, par exemple sur son propre blogue -dont il est légalement responsable- probablement lu par 4 autres illuminés. Personne ne l’en empêche.

Est-ce que cela signifie la mort des blogues? Sûrement pas. Seulement, peut-être a-t-on atteint une limite des blogues en tant que plateforme de discussion pour les communautés d’intérêts en les transformant en plateformes de diffusions pour de grands médias. C’est plutôt une question qu’un réponse, mais pour ma part, avec ou sans commentaires, je lirais encore tous les blogues que je fréquente.

Ce blogue étant spécialisé et l’audience en étant limitée, je peux me permettre -heureusement- de solliciter l’opinion de mes lecteurs. Et vous, liriez-vous les mêmes blogues sans leurs commentaires?

Musique à prix libre : quelques chiffres sur l’expérience de Radiohead.

Radiohead : album In RainbowsMAJ : Depuis que Radiohead a ouvert la voie, d’autres artistes ont annoncé qu’ils laissaient tomber les maisons de disque pour vendre directement au public : Madonna, Nine Inch Nails, Jamiroquai et Oasis. C’est comme tout d’un seul coup, le voile s’était déchiré. Il était temps!

J’écrivais il y a quelques jours à propos de l’expérience que fait le groupe Radiohead, qui a décidé de laisser aux internautes le soin de payer le montant qu’ils jugeaient approprié pour télécharger leur nouvel album.

Quelques chiffres à propos des montants payés sont cités dans un article sur Technaute : “Radiohead : un tiers des fans n’ont rien payé“.

Deux choses m’agacent dans cet article de l’Agence France Presse :

  • Premièrement, le titre que j’ai trouvé irritant et qui véhicule inutilement des idées reçues. À la lecture complète de l’article, on se rend compte que le fait le plus important à retenir est le suivant : la moyenne de tous les téléchargements se chiffre à 8$. Il me semble que le titre “Les fans paient en moyenne 8$” aurait beaucoup mieux exprimé la réalité. Si on considère que Michael Jackson, au sommet de sa popularité, a réussi à arracher à sa maison de disque la faramineuse somme d’environ 4,50$ par album, on constate que 8$ par téléchargement (donc directement dans les poches du groupe), c’est une somme plutôt rondelette.
  • Ensuite, il est fait mention que 351 personnes de l’échantillon sondé (3000 personnes) ont acheté l’album pour collectionneurs à 80$, qu’ils recevront plus tard par la poste. Je suppose donc que ces gens avaient l’impression (justifiée) qu’ils pouvaient télécharger gratuitement les fichiers sans avoir à les payer une seconde fois. Ils font néanmoins partie du supposé “tiers qui n’ont rien payé”…

De dire que “un tiers des fans n’ont rien payé” est peut-être accrocheur, mais très loin de la réalité. Cela véhicule encore une fois un préjugé trompeur sur le fait que la distribution de contenu sur le Web est vouée à l’échec. Ce que je constate, c’est que Radiohead a réussi à augmenter considérablement sa part de profit pour les albums vendus, et s’est probablement fait connaître par un tas de gens qui normalement n’auraient pas acheté leur album. J’espère que plusieurs autres artistes liront davantage que le titre de l’article avant d’en tirer des conclusions…

À propos de l’initiative de Radiohead

Le groupe Radiohead a décidé de distribuer son prochain album presque gratuitement. En effet, le groupe permettra aux internautes de télécharger l’album et de payer le montant qu’ils décideront de verser.

L’initiative n’est pas une première, mais confirme une tendance très claire depuis plusieurs années : les artistes (petits ou grands) ne retirent que très peu de bénéfices de la vente d’albums et font plus d’argent en attirant le public à des performances “live”. Cet extrait de l’article de Chris Anderson (auteur de “The Long Tail”) qui cite le gérant d’un groupe moins connu, les Charlatans, qui résume très clairement la situation :

“McGee said the band “could not lose” from the revolutionary approach. “We looked at the deal we were being offered by Sanctuary and said, ‘Let’s just do it ourselves’. We increase our fan base, we sell more merchandise, more fans talk about the band and we get more advertising and more films (soundtracks). More people will get into the the Charlatans and will probably pay the money to see the show. I presume it will double the gig traffic, maybe even treble it.” He put the suggestion to the band’s singer, Tim Burgess, who immediately agreed, and the rest of the band were subsequently persuaded to go along with the plan. Burgess said: “CD sales are on the decline and for any one copy sold there are nine copied from that. The future is in playing live.” The Charlatans have a November tour lined up to coincide with the release.”

Il existe probablement des catégories d’artistes pour qui la vente de disques reste plus payant que les spectacles (je suis ouvert à vos informations à ce sujet). Je pense cependant que la très grande majorité des musiciens devraient laisser leur instrument de côté 15 minutes, utiliser une calculatrice et apprendre ce que signifie le terme “coût d’opportunité” avant de confier leurs destinées à une maison de disque en 2007.

L’hypothèse du calcul est assez simple : plus de gens qui vous connaissent = plus de spectateurs aux spectacles, plus de marchandise, plus d’utilisation dans les publicités et les trames sonores, toutes des activités pour lesquelles la marge de profit de l’artiste est supérieure à la vente de disques. Le disque (ou plutôt la distribution de pièces musicales, peu importe le médium utilisé) devient donc une carte de visite pour l’artiste.

À quand Le Devoir gratuit?

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