La Suède et Google Maps

Je travaille présentement avec un client institutionnel doté d’une assez grande ouverture d’esprit. Les projet utilisera notamment Flickr et Google Maps sous forme de “mashup” permettant la navigation dans les contenus.

En effectuant quelques recherches sur Google Maps, je suis tombé sur un exemple intéressant d’utilisation des cartes dans un contexte touristique. Il est à noter que le site en question est le site touristique officiel de la Suède, et a donc été créé dans un contexte gouvernemental. Intéressant, peu coûteux et surtout efficace!

Google Maps Suède

Quand le protectionnisme nuit aux usagers d’un système (MAJ 17 juin 2008)

MAJ 17 juin 2008:

Quelquefois, le temps finit par faire son oeuvre. Extrait de Facebook, aujourd’hui :

Sebastien Vachon KOREM IMPLEMENTS AN APPLICATION USING GOOGLE MAPS FOR TOURISME QUÉBEC www.bonjourquebec.com. Il y a 15 minutes”

Affaire réglée, presque 2 ans plus tard… :)

MAJ 13 septembre:

Je sors tout juste d’une fort intéressante conversation téléphonique avec M. Sébastien Vachon, président de Korem. Il a bien voulu prendre le temps de m’expliquer les points suivants (mes commentaires sur ces précisions sont en italique):

  • La solution offerte par Korem est basée sur des données cartographiques/géomatiques plus récentes que celles offertes par Google, du moins en ce qui a trait aux photos satellites.
  • La solution de Korem permet de fournir des informations plus précises lors des déplacements que celle de Google, comme par exemple de spécifier les trajets qui utilisent un traversier et donc de mentionner cette possibilité, ce que Google ne fera pas. C’est un argument intéressant en votre faveur, en effet! (MAJ 29 septembre 2006: Google Transit permet maintenant de cartographier des trajets autres que les routes connues, comme les trajets de métro et de traversiers, et de les inclure dans les planifications: Google Transit pour la ville de Seattle, avec un exemple de trajet de métro doté d’un horaire.)
  • La personnalisation offerte par Korem est, selon M. Vachon, supérieure à celle qu’il serait possible d’obtenir avec un simple mashup. Korem affirme qu’il n’est pas possible d’ajouter de l’information géographique aux cartes de Google (parcs provinciaux, sentiers de motoneiges, …) Permettez-moi de vous prouver que je fais mes devoirs et que je me renseigne: voici UN des nombreux exemples de surimposition de données sur des cartes Google Maps que j’ai trouvé: Carte des trains de Cheltenham, en Angleterre, sur laquelle a été ajoutée les trajets des trains. J’ai vu d’autres exemples ont l’on montrait l’étendue des nappes de brouillard au-dessus d’une région en temps réel, ce qui illustre la possibilité de surimposer non seulement des lignes mais aussi des surfaces et des images. Cependant, il faut préciser que la solution de Korem fonctionne avec des “couches” d’information intelligentes alors que Google Maps utilise seulement des images pour y arriver.
  • Google nécessite que le site soit grand public. Dans le cas de Bonjour Québec, une majorité du site est à l’interne pour la gestion des attraits touristiques avec des fonctions de cartographies avancées non-possibles avec Google.
  • La fonction de « drag and drop » est disponible en cliquant sur la carte de Korem. À ce sujet, les exemples d’autres réalisations ne permettaient pas d’utiliser cette fonction. Mes excuses.
  • Google ne permet pas de localiser certains endroits touristiques dans des secteurs isolés en région ce que la solution de Korem permet dans l’interface de gestion. Effectivement, il n’est pas possible d’entrer une adresse dans Google Maps et de le faire “pointer” au bon endroit dans certaines régions éloignées. Pour cette minorité, il est très facile d’utiliser les coordonnées en latitude et longitude, ou encore les UTM.

N’étant pas expert en géomatique, je remercie M. Vachon de rectifier le tir. J’ai donné mon opinion de citoyen en me basant sur la perception externe et le ton défiant du communiqué de presse, que je trouvais dénigrant envers les solutions pourtant appréciées de Google et MapQuest. Je continue de croire que certains de ces points peuvent être débattus, que certaines questions peuvent être encore posées et qu’il ne faut pas confondre “questionnement légitime” et “dénigrement malveillant”.J’ai cependant apprécié cette conversation avec M. Vachon qui a bien voulu avoir la patience d’amener ces éléments d’information complémentaires d’une manière civilisée et posée, en m’expliquant son point de vue. Je comprend qu’en tant que président d’une petite entreprise, il souhaite “défendre son territoire” et je respecte cela au plus haut point, étant moi-même un entrepreneur. Il croit à la qualité de ses produits et c’est tout à son honneur.

Qu’on ne soit pas d’accord avec moi, c’est permis et même encouragé. Je n’ai pas mordu M. Vachon. :) Je crois aux discussions ouvertes qui permettent d’éclaircir les zones obscures. Je ne crois pas avoir dépassé de limites, je pense être resté professionnel et avoir exprimé mon opinion et arguments dans des termes respectueux. Je vous invite à relire le dernier paragraphe de ce billet (Vos réactions…) pour voir à quel point j’étais conscient du débat que cela pouvait susciter. Je remercie donc encore une fois M. Vachon d’avoir été fort respectueux et d’avoir pris le temps de me contacter directement.

Je déplore cependant que certaines personnes, au lieu d’agir de la même manière, perdent une belle occasion d’expliquer des initiatives qui laissaient peut-être place à l’interprétation, d’où le billet original. Quand on écrit un communiqué de presse en dénigrant la solution des autres, il faut s’attendre à des questionnements et des réactions. C’est là le propre d’un environnement ouvert, et ce qui invite à la discussion. Ce n’est pas en essayant d’intimider les gens qui sont en désaccord avec nous et qui s’expriment de manière civilisée qu’on arrive à bâtir sa crédibilité. Ou à réussir à vraiment leur nuire auprès de ceux qui ont assez de discernement pour se forger une opinion par eux-mêmes. Fin de la MAJ.

—-Début de l’article original—-

Mise en garde: l’auteur est associé chez Zengo, une firme spécialisée dans l’analyse et la conception de solutions web. Ni l’auteur, ni Zengo ne sont reliés à la géomatique, n’ont été partie prenante de l’attribution du contrat dont il est fait mention et ne possèdent ni l’expertise, ni l’intérêt pour réaliser de tels mandat. L’auteur est donc en position de pur observateur externe de contenus diffusés publiquement et souhaite donc simplement illustrer un principe économique avec un exemple d’actualité.

Lu il y a quelques jours sur “Géo Info”, le portail d’information géographique du gouvernement du Québec, un article qui vante l’implantation de cartes géographiques et de services de localisation sur le site “Bonjour Québec”, partenariat public-privé entre Tourisme Québec et Bell.

Bien que l’objectif de faciliter la localisation d’endroits intéressant soit louable et bénéfique pour l’utilisateur du site, je sursaute fortement quand je lis ce genre d’argument que je qualifie, au mieux, de fallacieux:

“L’itinéraire peut aussi être établi à partir d’une adresse au Canada ou aux États-Unis. À défaut d’adresse complète, la recherche est faite à partir du nom de la ville ou du code postal. Les voyageurs de partout au nord du Rio Grande (!) peuvent donc savoir comment se rendre facilement jusqu’à un hôtel ou un site touristique du Québec sans avoir à recourir aux inévitables sites d’itinéraires que sont, entre autres, Mapquest et Google Maps. Un atout de taille pour le portail québécois et un formidable gain de temps pour l’internaute!

Le site bonjourquebec.com, est une réalisation conjointe du ministère du Tourisme et de son partenaire Bell, qui ont retenu les services de la firme Korem pour développer et mettre en œuvre les applications de cartographie dynamique Web, de géocodage et d’itinéraire. Cette firme assure également l’hébergement, le support et l’évolution de ces applications.”

D’abord, il faut savoir que si Google Maps ou MapQuest sont devenus “inévitables” (un adjectif pour le moins péjoratif qui aurait pu être remplacé de manière plus objective par “incontournable”), c’est qu’ils fonctionnent bien. Ils n’ont pas attendu de recevoir l’aval de ministères ou de fonctionnaires chargés de décider ce qui est bon pour la population ou pas, ils se sont plutôt vus sanctionnés par des millions d’utilisateurs. Quand un produit ou un service reçoit un accueil fantastique, il faut peut-être envisager qu’il serait intéressant de se fier à l’intelligence des utilisateurs et de chercher à utiliser les meilleurs outils pour en tirer profit. À moins, bien sûr, que le but de la manoeuvre ne soit pas de mieux servir le client mais bien de supporter des entreprises selon des critères d’appartenance… géographiques justement. Ce qui ressemble plus que tout à du protectionnisme.

Qu’on me comprenne bien: je ne dis pas que le produit offert est mauvais. Je ne dis pas non plus que l’entreprise prestataire, Korem, soit dénuée d’intérêt ou de compétence. Je dis seulement que dans ce cas précis, les possibilités offertes par un “mashup” basé sur des solutions gratuites seraient à la fois supérieures et moins chères, et par conséquent offriraient une bien meilleure expérience aux utilisateurs de Bonjour Québec, et une plus grande valeur à ses actionnaires et ses clients (les commerces vivant du tourisme).
D’abord, pour clarifier: je ne vois absolument rien sur les exemples montrés qui ne soit pas aisé de réaliser en “mashup” avec des solutions gratuites basées sur Google Maps, Yahoo Maps, Flickr ou autres. Aucune fonction qui ne soit pas implantable avec une qualité égale ou supérieure. Et évidemment, le tout serait facile à implanter directement sur le site de Bonjour Québec, sans que l’usager n’aie à en sortir. (Ce qui constitue l’argument principal du communiqué qui appelle cela un “formidable gain de temps pour l’internaute!”, comme s’il s’agissait d’un avantage concurrentiel à cette solution.)

Voici maintenant quelques exemples de possibilités qui ne sont pas offertes par le produit implanté ou qui se comparent désavantageusement à ce qui est possible en utilisant une technique de “mashup“: (MAJ: certaines de ces possibilités, me dit-on, pourraient être offertes par Korem si le client le souhaitait. Mais il n’est pas ici question de remettre en cause la compétence de Korem mais bien le service effectivement offert aux internautes.)

  • La possibilité de voir des photos satellite et de nombreux détails des différents endroits en plus des cartes (voir un exemple pour le Château Frontenac);
  • Comme sur l’exemple plus haut, possibilité de se faire envoyer les coordonnées du prestataire directement sur son téléphone cellulaire;
  • La possibilité de manipuler les cartes en les “glissant”, qui n’est pas un simple gadget mais un réel avantage quand on passe plus de 5 minutes à évaluer un itinéraire touristique et à évaluer des possibilités (MAJ: il semble que le produit de Korem le permette);
  • La possibilité de placer des photos des endroits visités par les utilisateurs, en utilisant les albums photos de Flickr, couplés aux cartes de Google Map qui sont supérieures à celles de Yahoo pour le Québec (oui, c’est possible et même pas si compliqué), permettant ainsi à tous les visiteurs d’un endroit de publier leurs photos et de les partager avec la communauté, et à ceux-ci de les commenter ou non;
  • Les API de Google, Yahoo/Flickr sont disponibles pour tous, gratuitement, même pour utilisation commerciale. Le développement d’un “mashup” amènerait des coûts initiaux, évidemment, mais possiblement moindres que les coûts d’implantation et de maintien de la solution retenue. Je suis certain que des membres de la communauté de développeurs de mashups pourraient m’indiquer, à vue de nez, combien il en coûterait pour implanter une telle solution. Et je serais curieux de pouvoir comparer avec les coûts encourus.

Ce qui me dérange, au sens entrepreneurial et économique du terme, ce n’est pas qu’un produit québécois soit préféré à un autre. Je ne souscrit pas à cette tendance qu’ont certains commentateurs de toujours diminuer les réussites québécoises sous prétexte que “tout est toujours mieux ailleurs”. Non, ce qui me dérange, c’est qu’un produit soit choisi non seulement selon sa valeur pour les utilisateurs (et son diffuseur, évidemment) mais surtout d’après son origine géographique. Puisque le marché québécois est si petit, nous avons beaucoup plus à perdre de ce type de protectionnisme qui ne fait qu’encourager la médiocrité. Si le marché américain se fermait de la même manière aux produits québécois, nous serions les premiers à les qualifier -avec raison- de chauvins.

Évidemment, il arrive que des marchés extérieurs se ferment aux produits québécois, mais ce n’est pas en encourageant cette pratique que nous réglerons le problème, ni ne stimuleront la culture de l’excellence. Il existe ici même des spécialistes des mashups qui ont un portefolio de clients (dont plusieurs aux États-Unis et un seul au Québec) à faire pâlir d’envie leurs compétiteurs de Silicon Valley, et qui ne se sont butés à aucune opposition basée sur leur provenance lors de l’obtention de ces mandats. Ils offraient la meilleure solution, ils ont été sélectionnés. Point. Et ils sont très faciles à trouver par quiconque, cherchant par exemple un fournisseur et connaissant un minimum ce qui se passe sur le web, fait une recherche avec les termes “mashup cartes Québec” par exemple…
Si un géant comme Google existe aujourd’hui, c’est parce que la solution qu’il offre est bien meilleure, tout simplement. N’oublions pas que les solutions de Google sont gratuites pour les utilisateurs, en fort contexte de compétition et que malgré tout, elles reçoivent la sanction de la majorité des gens. Il faudrait peut-être rappeler au gouvernement du Québec que l’ère du magasin général, où les clients consommaient ce qu’il leur était offert pour des raisons de proximité et de langue, est révolue.

Les utilisateurs d’internet, au bout du compte, ont la liberté et l’intelligence de choisir les solutions qui répondent le mieux à leurs besoins, et je ne doute pas un seul instant que c’est exactement ce qui arrivera avec le site de Bonjour Quebec. À l’exception que ni Bell ni les gens de Korem n’en feront les frais: ce sont plutôt les milliers de petits commerçants, propriétaires de B&B, de restaurants et autres attractions touristiques qui voient leurs clients potentiels (les internautes en quête de séjours touristiques) mal servis et donc, potentiellement moins réceptifs à leurs offres. J’estime que le coût d’opportunité en retombées économiques d’un grand nombre de petites transactions de ce genre est potentiellement plus élevé que le bienfait du seul octroi à une firme de géomatique d’un mandat tel que celui-ci.

Qui donc y gagne autre chose qu’un sursis nuisible à ceux qui n’en ont pas besoin?

Vos réactions: le présent article est un texte d’opinion basé sur mes connaissances de la technologie et de l’environnement d’affaires dans lequel nous évoluons. Si vous êtes en désaccord, il me fera bien sûr plaisir de vous laisser toute la place requise pour vous exprimer par le biais de la fonction de commentaires ci-dessous. Si des faits ou des facteurs de décisions importants m’ont échappé, je vous prie de nous les exposer pour que nous puissions en discuter. Au plaisir de vous lire!