Livre : Face à la crise, par Luc Ferry.

Face à la crise, de Luc Ferry, philosophe et ancien ministre de l’éducation de France, nous aide à mieux comprendre les causes réelles de la crise actuelle et surtout le nécessaire pragmatisme qu’il faudra pour en sortir. Aussi pertinent pour ceux qui se réclament de gauche que de droite.

Devrait être obligatoirement lu par les extrémistes de tout acabit pour les confronter à leurs responsabilités : la polarisation des débats gauche/droite, (doublé du conflit souverainiste/fédéraliste dans un contexte québécois) ne fera rien avancer. L’immobilisme n’est plus une option, la conservation absolue des acquis, de même que le mythe de la croissance infinie ne pouvant plus être supportés ni par les générations futures, ni par la planète.

Ce qui est triste, c’est que ce genre d’ouvrage est généralement ignoré par ceux qui auraient le plus besoin de le lire, les extrémistes qui tirent profit (en argent ou en pouvoir) du maintien du statu quo par le biais d’une polémique permanente et d’une partisanerie de mauvaise foi, ennemie de l’intelligence et de décisions aussi pragmatiques que nécessaires pour le bien commun. Reste à espérer qu’ils seront un jour en minorité, et que l’éducation permettra de les mettre en échec.

À lire absolument!

Un modèle d’affaires intéressant pour les nouveaux livres.

L’éditeur Lou Rosenfeld Media annonce aujourd’hui son nouveau modèle de vente de livres, qui me semble très intéressant et inspirant:

  • Édition papier + édition numérique: 36$ + transport.
  • Édition numérique seulement: 22$.

À noter:

  • La version numérique comprend en fait 2 documents: un PDF optimisé pour la lecture à l’écran, et un optimisé pour l’impression au domicile du consommateur (dont les à-plats de couleurs sont minimisés, etc). Au fait, le PDF est agréable à lire même sur le iPhone en raison de la taille des caractères utilisée.
  • Les fichiers PDF ne sont PAS protégés par un mécanisme de GDM (gestion des droits numériques, ou DRM en anglais). Oui, un vilain pourrait donc le copier et même le faire circuler. Un sacrilège auquel l’éditeur semble faire face avec sérénité.

C’est le 3e livre de ce jeune éditeur qui semble très bien s’en sortir jusqu’ici, et qui prévoit 9 autres publications à moyen terme.

Le modèle me semble intéressant parce qu’il offre un rabais substantiel au lecteur qui souhaite se passer du papier (ou se charger de l’impression lui-même). Le fait que la version PDF soit optimisée pour la lecture à l’écran est aussi une piste intéressante à suivre!

Quel est le problème avec les livres?

Quelquechose doit m’échapper.

Grand consommateur de livres, je reste pourtant froid depuis toujours aux tentatives de numériser ce dernier. De l’écrantiser, de le claviériser, de l’àbatterietiser.

Ce n’est pas de la mélancolie, ni une allergie aux technos. Si je deviens allergique aux technos, il faudra aviser les analystes financiers parce que les revenus de quelques entreprises bien connues diminueront substantiellement.

C’est seulement que je me demande, bien sincèrement, quel problème les fabriquants de lecteurs de eBook tentent de solutionner, ou qu’apporteront-ils de si innovants qui n’existe pas encore autour du livre. Je ne comprends honnêtement pas.

Mes livres se transportent dans un sac, sans risque de les casser. Les plus petits, en format de poche, se retrouvent souvent un peu pliés ou froissés sans diminuer pour autant leur lisibilité. Se lisent à tout moment, sans préavis, sans avoir à recharger une quelconque pile. S’entreposent plutôt aisément, s’échangent entre amis sans avoir peur de transgresser la loi, se prêtent sans avoir à contourner un mécanisme de protection. Stables, solides, durables, ils sont difficiles à battre côté hardware.

Une des premières choses que j’ai appris en affaires, c’est qu’il est important de répondre à un besoin (ou alors de le créer, et ensuite d’y répondre), et que les avantages de toute nouvelle solution proposée doivent dépasser les inconvénients. Bref, on doit régler un problème en offrant une solution dont le bilan sera positif pour le client: il devra y avoir un gain de temps, d’argent, d’accessibilité, de prestige, etc. (Remarquez, d’avoir un foutu bon budget marketing peut aider à contourner ces technicalités pendant un certain temps…)

Je vois bien ce qu’on PEUT techniquement faire de plus avec les eBook: y inclure des liens, indexer tout le contenu de sa bibliothèque, copier/coller des passages et se les envoyer par courriel, etc… Je me demande seulement si ce qu’on perd au passage n’est pas plus important que ce qu’on y gagne.

L’aspect positif le plus fort que je vois actuellement est le prestige du propriétaire du gadget. Pour ce qui est de l’environnement, j’ai des doutes. Tous les livres que je possède (et j’en ai quelques uns) peuvent être aisément recyclés et possèdent une très longue durée de vie pendant laquelle ils ne perdent pas vraiment de valeur, et peuvent être transmis à d’autres. Essayez de revendre un iPod “vieux” de 5 ans pour voir…

Alors je me demande, très sincèrement: quel est le problème avec les livres?

PS: Avant de me traiter de dinosaure et de me citer les chiffres de vente du Kindle, sachez que je cherche réellement à comprendre, que je lis aussi des trucs élogieux à son sujet, que je comprends comment, en théorie, l’idée est séduisante… Mais que j’ai des doutes pour la pratique et l’adhésion à long terme une fois que les early adopters seront passés à autre chose.

MAJ: L’ami Michel me laisse savoir qu’il semble qu’un autre Michel, celui-là auteur à succès, semble apprécier énormément le Kindle. À ajouter à ma réflexion…

Livre: The back of the napkin, par Dan Roam.

The Back of the Napkin

Voici un livre pour lequel j’avais de très grandes attentes, qui m’a initialement un peu déçu avant de devenir un bon ami.

The back of the napkin” nous propose de nous aider à utiliser les images pour mieux expliquer les concepts complexes, et surtout pour trouver des solutions à des problèmes organisationnels concrets. Et on parle ici d’illustrations faciles à créer par tous, pas seulement pas des graphistes.

Malgré leur néanmoins grand intérêt, les 100 premières pages contiennent peu d’informations qui ne sont pas des évidences pour quiconque a déjà travaillé dans un contexte de réflexion collective, ou dans le domaine créatif. Si ce n’est pas votre cas, vous apprendrez pourquoi la réflexion de groupe gagne à utiliser davantage la schématisation et les images, et comment votre cerveau réagit aux stimulations visuelles.

On pourra cependant reprocher à l’auteur de complexifier les explications de concepts autrement simples: combien de fois a-t-on besoin de lire que la vision est le sens le plus développé de l’humain avant d’avoir compris? En répétant et en détaillant à l’extrême certaines idées secondaires, on a allongé le livre de quelques dizaines de pages peu utiles.

Accrochez-vous néanmoins, car la partie la plus intéressante se situe à la toute fin, alors que la théorie est mise en pratique dans une étude de cas qui permet de voir comment toutes les théories avancées jusque-là peuvent se mettre en commun lors d’une situation concrète.

Toutes les idées exprimées par Roam sont utiles et pertinentes, mais en voulant nous simplifier la vie, il a créé une recette qu’on sent parfois un peu forcée : son modèle semble rigide et solide au premier regard, mais les coutures craqueront rapidement en pratique si on le considère complet en lui-même.

C’est cette prétention à l’universalité qui agace un peu, et qui pourrait décevoir ceux qui cherchent une méthode prête à l’emploi pour mieux expliquer les concepts pour lesquels les mots seuls font défaut. Il sera donc nécessaire de prendre un peu de recul, d’utiliser ce qui vous sera utile et de laisser tomber le reste.

Utilisé dans une perspective plus large que la seule recette proposée, ce livre sera grandement apprécié de ceux qui souhaitent enrichir leurs compétences de facilitation et d’animation de groupe, qui apprécieront de plus la manière d’écrire engageante et sympathique de Dan Roam.

Livre: Subject to change, par Adaptive Path.

Subject to change

Étant depuis longtemps un admirateur de la firme Adaptive Path, j’ai été surpris -et déçu- d’avoir autant de difficulté à terminer le livre “Subject to change: Creating Great Products & Services for an Uncertain World: Adaptive Path on Design“. En effet, il m’aura fallu deux essais pour y arriver, et plus d’orgueil que d’intérêt vers la fin.

Malgré l’évidente compétence des auteurs, le manque de rythme de la rédaction rend la lecture fastidieuse, et donne l’impression de lire un manuel de cours plutôt qu’un ouvrage visant à faire avancer concrètement la pratique de la conception de produits ou services.

Les idées exprimées sont pourtant simples, et regroupent en trois thèmes les étapes nécessaires selon les auteurs pour lancer un produit ou service dans un environnement instable comme celui de notre époque : la recherche sur les utilisateurs, le design et le processus agile de production.

Malheureusement, ces trois thèmes sont étirés en longueur et amenés de manière un peu confuse, rendant difficile pour le lecteur de se faire une “carte mentale” des sujets discutés. Je me suis rarement posé aussi souvent la question “où en suis-je et quel rapport cela a-t-il avec le sujet principal du livre?” en cours de lecture d’un essai depuis quelques années.

Pour rendre les choses encore pires, la mise en page aride rend la lecture fastidieuse, et le manque de structure des textes rend la localisation et la mémorisation des concepts importants difficiles.

Tout au long de la lecture, les auteurs semblent décrire leurs idées sans vraiment les définir clairement: on a donc l’impression qu’ils tournent longtemps autour du pot sans finir par exprimer clairement les concepts qu’ils évoquent plutôt qu’ils n’expliquent. Ce livre de 160 pages aurait pu en compter 100, et devenir du même coup plus pertinent et intéressant.

Ce livre participe donc à créer une impression de grande compétence des auteurs, mais ne valorise sûrement pas leur capacité à vulgariser, ni à raconter une histoire intéressante visant à engager le lecteur et favoriser l’apprentissage.

Les fondements théoriques du livre étant néanmoins utiles, il satisfera les lecteurs qui cherchent à se bâtir un vocabulaire de base du processus de conception et production basé sur les besoins des utilisateurs et le développement agile.

Ceux qui souhaitent plutôt implanter ledit processus dans leur environnement de travail ou améliorer leurs méthodes risquent cependant de rester sur leur appétit. C’est plutôt paradoxal pour un livre qui plaide pour l’importance de favoriser le développement de prototypes concrets plutôt que de bâtir de la documentation théorique que personne ne lira.