Le bouchon

J’ai l’habitude d’écrire beaucoup. Plus jeune, je rêvais d’être écrivain. J’ai charmé ma première copine en lui écrivant de longues lettres d’amour. J’ai même étudié à l’université pour devenir prof de français. Bref, les mots écrits ont toujours été pour moi le plus accessible, le plus efficace et le plus précis moyen de communication.

Blogger, pour moi, était donc aussi naturel que de respirer et ce, depuis environ 2 ans. Des centaines de billets, de réponses à des commentaires, et toujours la hantise de me retrouver où je suis présentement. Devant un bouchon. Je me suis toujours promis de ne jamais écrire que je ne savais pas quoi écrire, j’ai toujours trouvé que c’était un cliché éculé et usé jusqu’à la corde. Mais l’écriture étant pour moi un exutoire, mon principal lien avec les autres, il y a des semaines que je retiens ce billet, que je le tourne et le retourne dans mon esprit et constate, au bout du compte, qu’il y est toujours, comme le maudit bouchon. J’ai 3 autres billets qui sont en projet depuis un mois, trois billets plus techniques, plus axés sur le sujet principal dont je souhaite parler ici et . Mais rien qui accouche et cette fois, ce n’est pas par manque de temps.

J’ai l’impression d’être assis devant un bouchon derrière lequel se trouvent tous les mots que je souhaiterais écrire, et de ne pas savoir comment le contourner ou l’extraire. De savoir qu’ils sont là, tout près, sans arriver à les saisir, les ordonner et finalement les écrire est une situation extrêmement frustrante. C’est un drôle de sentiment et croyez-moi, c’est très déstabilisant pour une personne comme moi. J’ai l’habitude de lire énormément, d’assimiler, de réfléchir et d’écrire à propos de mes réactions et des associations d’idées qui émergent de ce que je viens d’absorber. Mais on dirait que depuis quelques semaines, mes pensées sont trop confuses pour arriver à les mettre en ordre, que ma tête garde son énergie pour autre chose. J’ai l’impression que tout ce que je lis passe au travers de moi sans que je l’assimile vraiment et sans provoquer de réaction. D’afficher simplement un imbécile sourire béat en attendant que la tempête ne passe, doucement, et me laisse ensuite en paix pour que je puisse recommencer à fonctionner normalement. En fait, c’est très probablement cela, et rien d’autre.

J’espère que le retour à la normale se fera bientôt. Ce que je crains le plus, c’est de devenir paresseux. Bien qu’écrire soit pour moi plutôt naturel, c’est aussi un exercice laborieux quand on s’y met sérieusement. Je suppose que de mener le démarrage d’une entreprise, la politique interne dans un groupe plus important, des soubresauts sentimentaux et 2 déménagements et tout ça en quelques mois finit par prélever un certain tribut sur l’énergie disponible, et sur la capacité à mettre assez d’ordre dans ses idées pour avoir envie de les communiquer aux autres sans avoir honte. Je vais donc me pardonner cette béatitude pour encore quelques jours, et simplement me contenter de lire d’autres auteurs que j’aime bien en attendant que le goût -ou plutôt l’énergie- d’écrire revienne, tout simplement. En attendant, je vais faire quelques ajustements au nouveau site, à sa structure et à son look pour que tout soit en ordre quand j’aurai à nouveau envie d’y écrire quelques mots.

Sur ce, je retourne à mon sourire béat pour contempler de plus près le bouchon.
PS: je me permets de vous proposer le site de Derek Powazek, auteur, rédacteur, photographe, concepteur de site web et designer graphique. Il écrit extrêmement bien quand il parle du web mais devient carrément touchant quand il parle de lui et de son vécu. Ses premiers billets lors de son arrivée à San Francisco alors qu’il n’avait presque rien sont même devenus un livre où il parle de son quotidien de jeune pigiste, des gens qu’il rencontre, de la vie difficile qu’il mène mais aussi des joies qu’il accepte de partager avec nous. (Notez qu’en bas de page, vous aurez accès à ces même billets qu’il a eu la gentillesse de laisser en ligne pour ceux qui voudraient en faire la lecture sans acheter le livre, que j’achèterai quand même pour le lire dans le bus, et en reconnaissance des bons moments que l’auteur me permet de vivre.)