La fin de la médiocrité?

Extrait de “La fin des haricots“, chez Aliocha:

“Et puis j’en ai une autre de certitude, quand on a du talent, des idées et du courage, on ne se lamente pas à longueur de journée, au contraire, on réfléchit, on lance des projets et on réussit. Je ne doute pas un instant que dans les années à venir, des talents vont se dresser et que nous sortirons de cette période difficile. Il y aura moins d’acteurs, c’est sûr, moins d’argent jeté par les fenêtres et moins de canards boiteux, c’est le cas de le dire. Tant mieux. Les lamentations n’auront qu’un temps, celui que les pleureurs professionnels partent en retraite.”

Ce billet, qui parle de la fin de l’incompétence, de l’exagération, de la complaisance et non de la presse ou de l’économie en général, mérite absolument d’être lu si la peur de la crise vous fait passer de mauvaises nuits.

Pourquoi GM va mourir.

Voici ce qu’a déclaré Rick Wagoner, PDG de GM, devant la commission des services financiers de la chambre des représentants américains qui considère accorder 25 milliards en aide à l’industrie automobile, aujourd’hui:

Ce qui nous expose à la défaillance aujourd’hui n’est pas notre gamme de véhicules, ni notre modèle économique, et encore moins notre stratégie à long terme, [mais] la crise financière mondiale, qui a sérieusement asséché l’accès au crédit et réduit les ventes à leur plus bas niveau depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Si quelqu’un pense encore que cette entreprise a la moindre chance de s’en tirer avec une aussi mauvaise gestion, qu’il se lève maintenant ou se taise à jamais…

Comment un alcoolique peut-il guérir sans admettre qu’il a un problème? Comment GM peut-elle survivre sans admettre que sa gamme de véhicules est ridiculement périmée?

Comment les représentants américains feront-ils pour sauver les milliers d’emplois menacés par le manque de vision des dirigeants de l’entreprise? Donner de l’argent à GM revient à la brûler. Avec un tel management, les employés seront de toute manière congédiés d’ici 2 ans, ou l’État devra encore payer pour les empêcher de creuser leur propre tombe.

Ne serait-il pas préférable de laisser mourir GM et de subventionner les autres entreprises plus performantes à condition qu’elles embauchent les ex-employés de ce dinosaure qui ose être encore arrogant?

Je pose la question, parce que sincèrement je ne comprends pas à quel point la direction de GM peut être aussi aveugle…

Au fait, pourquoi personne ne songe à aider aussi Yahoo, qui devra bientôt être liquidée et achetée à rabais par Microsoft? Eux aussi devront mettre à pied des milliers de personnes. Serait-ce une différence culturelle entre les deux industries, dont une accepte qu’il est normal que les entreprises naissent, vivent et meurent pour être remplacées et que l’autre préfère croire qu’elle est trop importante et trop puissante pour échouer? J’en ai mal au coeur…

Économie = Droite?

Pour ceux qui associent systématiquement les préoccupations économiques à la droite et qui croient qu’un État qui tiendrait davantage compte des conseils des économistes serait irrémédiablement capitaliste et non interventionniste, voici une nouvelle qui aura de quoi vous déranger:

Le magazine The Economist a réalisé un sondage auprès du National Bureau of Economic Research, qui regroupe les économistes les plus influents des États-Unis.

Seulement 10% sont d’allégiance républicaine, 50% sont démocrates et une bonne proportion ne s’identifie à aucun des 2 partis principaux.

Surprise!

Être entrepreneur du Web pendant une récession: quelques réflexions avant la tempête…

Il devient assez évident, même pour les éternels optimistes, que nous nous dirigeons vers une récession provoquée par l’incapacité des États-Unis à freiner l’endettement ridicule de ses citoyens et à stimuler l’épargne. On pourrait dire la même chose au Canada, mais on préfère se croire à l’abri, sans réaliser que la confortable couverture qui nous tient au chaud est tissée en grande partie grâce à l’exportation du pétrole albertain vers, justement, les États-Unis…

Ceux qui en doutent encore devraient jeter un coup d’oeil sur l’état des marchés mondiaux ce matin, après l’annonce par le président américain d’un “plan de relance” de l’économie. Vu les fluctuations inévitables au cours des prochains mois, je vous ai même fait une saisie d’écran, juste pour le bénéfice de la mémoire collective qui, en investissement, oublie souvent trop vite. (Au fait, merci à Philippe Martin pour la référence).
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Cela fait des mois qu’on voit le coup venir, que la crise des hypothèques à risque américaine est annoncée. The Economist en faisait la page couverture de son magazine il y a maintenant plus d’un an, et on trouvait encore des optimistes pour dire que le prix des maisons allait continuer de monter, que les gens allaient continuer à dépenser, que l’augmentation des prix du pétrole ne changerait pas grand’chose, etc.

Les plus drôles (ou tristes, c’est selon) sont ceux qui se croient à l’abri parce que nous ne sommes pas aux États-Unis. Ce sont les mêmes qui, il y a quelques mois, clâmaient que les banques canadiennes ne seraient pas touchées par les hypothèques à risques élevés, et que le marché immobilier canadien, beaucoup plus raisonnable et stable que celui de nos voisins du sud en raison de la réglementation qui l’encadre, serait garant de la stabilité de notre économie.

Mon oeil.

Savez-vous ce qui arrive quand les 350 millions de voisins qui sont les moteurs de nos exportations se réveillent avec la sensation d’un lendemain d’une brosse qui dure depuis quelques années, et arrivent au bout de leur marge de crédit? Le mal de tête devient assez vite contagieux. Les industries manufacturières, déjà éprouvées par la hausse du dollar depuis la dernière année craignent un coup de grâce, et coupent déjà dans leur dépenses par mesure défensive. Et quels sont les budgets qui sont les premiers touchés par ces coupures? En général, pour bien des entreprises, c’est le marketing et la publicité. On garde ses réserves pour les opérations.

Les rumeurs persistantes de mises à pied chez Yahoo semblent annoncer une tendance. Évidemment, Yahoo perdait de toute manière du terrain façe à Google depuis quelques années. Cependant, la compagnie avait réussit à garder la confiance des investisseurs à un niveau suffisamment élevé pour éviter les coupures. Plus maintenant. Il est prévisible que les investisseurs vont chercher des positions plus stables et moins risquées, dont Yahoo ne fait pas partie. Tout comme de très nombreuses compagnies d’ailleurs… Si elles se confirment, ces mises à pied risquent donc de marquer pour plusieurs observateurs le point de départ “officiel” de la récession pour l’économie du Web 2.0.

Enfin bref… Je suis peut-être pessimiste, mais j’ai du mal à voir comment les entreprises de service éviteront les conséquences de la récession. Quand les entreprises de produits (nos clients) coupent les dépenses, nous souffrons aussi. Inutile de se faire croire le contraire, la réalité nous rattrapera bien assez tôt…

Alors comment s’en tirer?

Je pense qu’il y aura beaucoup de risques et d’embûches à surmonter au cours des prochains mois, mais qu’il y aura aussi beaucoup d’opportunités. D’abord, ceux qui tablaient uniquement sur des indicateurs vaporeux pour démontrer le succès de leurs opérations risquent de trouver le temps long. La publicité et le Web en souffriront, du moins ceux qui se gargarisaient de notoriété, de branding et autres “actifs” qu’on évoque trop souvent quand on n’arrive pas à montrer des résultats probants.

Au cours des prochains mois, plusieurs entreprises risquent de poser deux questions: “Combien ça rapporte?” ou “Combien j’ai économisé?”. Ce ne sera probablement pas le temps de parler de notoriété, du “User generated content” et de l’importance d’occuper les niches du “Web 2.0″ qui seront peut-être un jour profitables. Je pense que plusieurs entreprises acheteuses de services Web apprendront l’importance de la mesure de résultats précis, concrets et liés de près aux objectifs d’affaires. Comme elles n’auraient jamais dû cesser de le faire d’ailleurs.

Le “Web 2.0″ est tellement galvaudé qu’il va en arracher, parce que trop de gens ont oublié ce que signifie simplement “business 1.0″. Évidemment, plusieurs jetteront le bébé avec l’eau du bain et c’est bien dommage. Il y a de bonnes choses dans l’idée du Web collaboratif, mais 90% des entreprises ne maîtrisent pas encore le “Web 1.0″. Lors de périodes plus difficiles, le réflexe défensif rendra aux entreprises le sens critique que l’argent qui coulait à flot au cours des dernières années a endormi. Quand le compétiteur se payait le dernier gadget cool, on se le payait aussi. Maintenant on se demandera peut-être si on en a besoin, et ce que ça donne vraiment…

On risque de voir en 2008 un grand intérêt pour des choses considérées comme ennuyantes en 2007: des indicateurs liés aux objectifs d’affaires concrets, l’optimisation des sites pour le retour sur l’investissement plutôt que l’accroissement du trafic et la conception Web sur des bases plus rationnelles et mesurables. Moins de refontes de site, plus de retouches visant à obtenir 80% du résultat avec 20% des dépenses. Bref, moins de bullshit et davantage de résultats. C’est un peu ce que je souhaite en 2008 pour le Web afin d’éviter le pire: moins d’argent, mais mieux dépensé.

C’est étrange mais j’ai presque l’impression, en fin de compte, que je risque d’aimer cette récession.

Pour les économistes amateurs

Le New York Magazine a publié un article très intéressant intitulé “The Profit Calculator” dans lequel sont expliqués les modèles d’affaires derrière différents types de commerces, légaux ou illégaux : vendeur de drogue, sex shop, chauffeur de taxi, casse-croûte, équipe de baseball, etc.

C’est passionnant de voir que les modèles d’affaires s’entrecoupent parfois, s’opposent selon les segments visés,  se complètent souvent mais que malgré tout, les mêmes thoéries économiques s’appliquent invariablement.

Si vous avez aimé Freakonomics, The Long Tail ou Tipping Point, vous apprécierez sûrement!