J’aime beaucoup les nouvelles entreprises, et les jeunes entrepreneurs qui osent proposer quelquechose de nouveau à leurs clients potentiels. Connaissant les difficultés qui sont à surmonter lors des premières années, j’ai décidé de faire bénéficier d’un peu de “Google juice” à un nouveau restaurant simple mais prometteur de la rue de la Couronne, dans le quartier St-Roch, à Québec.
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“Bol & Gobelet” est un spécialiste des… soupes. Oui, je sais, ça a l’air banal, mais une bonne chaudrée de palourdes et crabe, par une froide journée d’hiver, ça réconforte son homme. Le restaurant offre donc des soupes repas, des plats mijotés comme des ragoûts, de même que quelques sandwichs pour la forme. Le tout servi avec le sourire et toute la bonne volonté de jeunes entrepreneurs qui croient à leur idée. En plus, c’est très abordable et passablement bon pour la santé. Bravo!
PS: après les fleurs, le pot: le site Web… Oui, je sais, ils sont tout petits, ça peut coûter cher un site Web. Mais d’y placer le vrai logo, un simple paragraphe incluant quelques mots clés, le menu régulier et un lien cliquable vers Google Maps n’est pas plus difficile ou dispendieux que de faire ce qu’ils ont fait. À mijoter! (Quel EXCELLENT jeu de mot…)
La lecture d’un billet sur la possible - et hautement prévisible- débâcle de Capazoo a donné lieu à un échange de commentaires extrêmements intéressants, exprimés par des gens dont la compétence et l’expérience ne fait aucun doute.
J’ai été particulièrement frappé par le commentaire #5, publié par “ashkan”. Dans celui-ci, il exprime très clairement pourquoi les entreprises comme Capazoo finissent plus souvent qu’autrement en faillite. Il y évoque quelques “lois” que les startup Web devraient apprendre à respecter :
- Loi #1 : rapidement tu développeras, et ensuite tu ajusteras. Au lieu d’amasser des tonnes de données sur l’audience visée à partir d’études de marché, il est préférable de proposer quelquechose de concret le plus vite possible et de le modifier à partir du feedback réel d’utilisateurs, pas à partir de projections ou d’impressions de clients potentiels sur un truc qui n’existe simplement pas. Une étude de marché pour créer Google, Microsoft ou Facebook? Les trois auraient été découragés par les résultats. Les études de marchés sont utiles, mais pas dans ce contexte.
- Loi #2 : Petit tu démarreras, à la mise à l’échelle tu penseras pour plus tard. Au départ, la quête de financement devrait laisser place à une quête de… clients. L’excès de financement provoque l’embauche d’une masse de gens qui, au début, provoqueront trop de turbulences et de bruit pour le peu de signal vraiment disponible. 2 gars dans un garage? Ce n’est pas seulement un mythe : c’est aussi une manière de s’assurer du minimum de friction au début d’un projet, et qu’on pourra garder le focus. Trop d’argent tue le sentiment d’urgence, et amène trop de dépenses… L’important n’est pas la masse du départ mais bien la capacité de mise à l’échelle.
- Loi #3 : Les oeufs, c’est bon. Les fraises aussi. De même que la moutarde de Dijon, et le chocolat à la menthe. Mélangez le tout, et ça devient aussi indigeste qu’immangeable. Bref, ce n’est pas parce que 5 secteurs d’une industrie sont en effervescence qu’ils se mélangeront harmonieusement. Attention aux buzzwords et aux modes, surtout quand vous investissez dans une entreprise qui a une “recette infaillible”…
- Loi #4 : En 2007, personne n’a besoin de 25 millions pour démarrer une entreprise sur le Web. Rien à ajouter…
Merci à Stéphane d’avoir attiré mon attention sur cette histoire!
J’ignore ce qui se passe dans mon réseau mais j’ai répondu ce matin à le deuxième demande d’entrevue de la part de médias “officiels” en deux jours. Hier, un journaliste travaillant pour le compte du magazine “Affaires Plus” m’a fait parvenir une liste de questions forts pertinentes sur les blogues professionnels, en préparation d’un article à paraître prochainement. Mes réponses devraient être publiées ici sous peu.
Ce matin, autre requête de la part du Journal des étudiants de l’Université Laval, cette fois à propos de la tenue à Québec, à partir d’aujourd’hui, de la conférence “Startup Canada” mettant en vedette Guy Kawasaki. J’ai demandé au journaliste (Mikaël Lalancette) la permission de publier ici l’intégralité de ses questions et de mes réponses, qu’il utilisera ensuite à sa guise pour rédiger son article. C’est la ligne de conduite que je me suis fixé pour les entrevues: je préfère les mener par écrit, et les publier intégralement sur mon blog. Le traitement ultérieur qui en sera fait par le journaliste lui appartiendra (à lui et à la publication pour laquelle il travaille) mais les sources resteront disponibles pour la communauté. C’est une manière de procéder qui peut déboussoler quelques fois (j’ai déjà dû expliquer pourquoi je souhaitais procéder ainsi à des gens habitués au modèle traditionnel et inquiets pour leurs “droits d’auteurs”, ce qui me fait bien rire quand c’est MOI qui donne les réponses initiales…) mais qui a pour bénéfice de répartir les retombées des deux côtés, intervieweur et interviewé.
Enfin bref, voici les questions de M. Lalancette et mes réponses.
Q- Croyez-vous que ces conférences donnent un bon coup de main à la culture entreprenariale du Québec?
R- Définitivement, oui. La culture entrepreneuriale au Québec est encore marginale. Trop souvent, les gens associent encore l’entrepreneur à un capitaliste sauvage, intéressé uniquement au profit au détriment de ses employés, et souvent à celui de l’environnement. Il faut faire attention à ne pas confondre entrepreneuriat et désir de s’enrichir à tout prix. Il existe des tonnes de moyens de créer de la richesse pour soi, ses employés, ses clients et la société sans tomber dans l’image très manichéenne de “l’exploiteur du peuple” que l’on perçoit quelquefois quand on parle des entrepreneurs. Il y a beaucoup d’éducation à faire du côté social pour montrer qu’il est possible de développer une culture entrepreneuriale durable et saine, qui permettra à celui qui prend les risques financiers d’en récolter des bénéfices motivants mais raisonnables, de verser des salaires équitables et aussi motivants, de créer des produits respectueux des principes de développement durables et de contribuer à l’enrichissement collectif en versant une part juste d’impôts, de taxes et de contributions volontaires au milieu. Après tout, les PME sont les entreprises qui offrent le plus d’emplois au Québec, comme dans à peu près toutes les démocraties.
Du côté des entrepreneurs en démarrage, il existe certains mythes que le thème de la conférence permettra peut-être de dissiper. D’abord, que les entreprises doivent absolument être encadrées par des programmes publics lors de leur phase de démarrage. Évidemment, c’est vrai pour certains types d’entreprises à potentiel d’emplois très élevé qui demandent des investissements massifs en R&D au départ. Mais pour la grande majorité des entreprises, les programmes gouvernementaux d’encadrement sont plus limitatifs et inhibiteurs de la créativité qu’autre chose. Pour l’avoir vécu personnellement il y a quelques années, je constate que la meilleure manière de se rendre jusqu’au marché n’est PAS de demander du financement public, de l’encadrement gouvernemental ou encore une structure qui nous permettra de créer un plan d’affaires de 40 pages que personne ne lira: c’est encore de développer un produit ou de rendre un service UTILE, qui règle un réel problème, de travailler dur pour l’amener jusqu’au marché et surtout, de rester conscient de l’importance primordiale du développement d’affaires.
Cela ne veut pas dire que les programmes d’encadrement offerts par les ministères et organismes soient inutiles: seulement, ils peuvent parfois donner l’illusion à certains entrepreneurs en devenir que leurs idées sont viables alors qu’elles ne le sont pas. De cruelles déceptions les attendent, parce que les processus d’encadrement sont généralement plus lents que la réalité du marché, et ne font qu’imposer un délai avant que les clients potentiels (ou l’absence de ceux-ci) ne ramènent durement l’entrepreneur à la réalité.
Q- Est-ce possible, au Québec, pour de jeunes PME, de se tirer d’affaire sans nécessairement passer par ces agences?
Absolument! Il faut d’abord savoir que Startup Canada est organisé par Garage Canada et le Pôle Québec Chaudière Appalaches. Le Pôle est une agence de développement économique, pas un service d’encadrement des entreprises. Son rôle est de “vendre” la région de Québec Chaudière Appalaches dans le monde comme un endroit pertinent pour faire des affaires, et d’offrir des services de formation et d’amélioration continue aux entreprises opérant ici. Garage Canada est une entreprise privée, un gestionnaire de capital de risque (”venture capital” en anglais) dont le but premier est, comme toute entreprise, de dégager des profits.
Il n’est absolument pas nécessaire pour une entreprise de faire affaire avec ce genre de service. Les capitaux de risque sont réservés à des investissement généralement assez importants, et visent à supporter des entreprises dont le potentiel de développement est supérieur à 100 millions de dollars en 5 ans. Ce n’est pas une règle universelle mais donne une idée du type d’entreprises visées. La très grande majorité des entreprises peuvent être rentables, rentables pour leurs actionnaires, agréables pour leurs employés, offrir de bons produits/services et être de bonnes citoyennes corporatives sans même s’approcher de ce genre de chiffre d’affaires. Les entreprises visées par le capital de risque sont celles qui ont un potentiel de propriété intellectuel important, un potentiel de croissance rapide et de “mise à l’échelle” (scalability).
Dans le cas d’une entreprise comme le groupe iXmédia ou Zengo, dont je suis associé, le capital de risque n’a jamais été nécessaire pour arriver à développer, en 12 ans, un portefolio de clients très respectable, une culture d’entreprise harmonieuse et des conditions de travail agréables. Le but après tout, c’est d’être heureux.
Q- Qu’est ce que les jeunes PME gagnent à assister à une conférence comme Startup Canada?
Celles qui répondent aux critères de sélection des gestionnaires de capitaux de risques risquent d’y recevoir des conseils très pertinents sur la meilleure façon de réussir à obtenir du financement pour grandir. Il y a aussi l’aspect réseautage: la plupart de ces conférences permettent des rencontres très intéressantes, de tisser des liens avec des fournisseurs, associés ou clients potentiels. Cependant, il ne faut pas attendre de miracle: aucune conférence ne permettra de rendre un mauvais produit ou service plus intéressant. Il s’agit d’un rôle essentiellement tourné vers la capacité de trouver du financement privé pour les entreprises qui répondent à certains critères.
Q- Près de 1000$ pour deux jours, comment percevez-vous cela ? Est-ce un travail de pré-sélection ? Est-ce élitiste ?
C’est une question qui m’a un peu surpris mais qui au fond est pertinente. Il s’agit simplement d’une question de perspective. Au premier regard, cela peut sembler un montant important. Cependant, la majorité des conférences professionnelles sont beaucoup plus dispendieuses. Dans l’industrie du Web par exemple (puisque c’est celle que je connais le mieux), on parle d’environ 1000$ canadiens pour assister aux deux jours de “An Event Apart“, sans compter les frais de déplacements, de repas et d’hôtel. Si je souhaites assister au sommet sur l’architecture informationnelle, il m’en coûtera 650$ US, là aussi sans compter les dépenses pour se rendre, se nourrir et s’héberger à Las Vegas. C’est donc un montant qui est tout-à-fait en ligne avec les normes de l’industrie, mais qui a pour bénéfice d’amener la conférence à Québec, et donc de permettre à des entrepreneurs d’ici de s’y assister sans avoir à débourser pour les frais de déplacements et de subsistance pendant sa durée. On parle donc de frais facilement 50% moins élevés que ce qu’il en coûterait pour se rendre à la même conférence à New York par exemple.
Si votre entreprise ne peut se payer un accès à a conférence, il faut savoir que ce que vous perdez vraiment c’est l’aspect réseautage et événementiel, pas les connaissances elles-mêmes. Guy Kawasaki, le conférencier vedette et celui qui attirera le plus de gens à cette conférence, a publié plusieurs livres sur ses sujets de prédilection. Son plus célèbre, “Art of the Start“, devrait d’ailleurs figurer dans les lectures obligatoires de tout entrepreneur début. Il coûte 25$, et est disponible en français sous le titre “L’Art de se lancer“. Le livre reprend à peu de choses près la conférence que M. Kawasaki offrira demain matin. Il met même à la disposition des internautes des vidéos de ses conférences sur son site Web. On ne parle pas ici d’élitisme…
Q- Que pensez-vous de ces agences ?
Je pense avoir déjà répondu partiellement à cette question un peu plus haut mais j’ajouterai ceci. Si on parle des gestionnaires de fonds de capitaux de risque, je pense qu’elles rendent service à plusieurs entrepreneurs en démarrage mais à certaines conditions. La première étant la rentabilité, évidemment. Quand une entreprise accepte de faire affaire avec le capital de risque, c’est selon certaines règles très claires dès le départ. Elle abandonne une partie de son contrôle mais reçoit en échange un encadrement sérieux, tourné vers les objectifs plutôt que les processus et généralement composé de gens expérimentés et ayant vécu le rôle de vrais entrepreneurs eux-mêmes. C’est donc un mariage pouvant amenant un gains aux deux parties, mais qui peut aussi mal se terminer si l’entrepreneur refuse de laisser un peu de place à des gestionnaires qui sont souvent mieux placés que lui pour certaines fonctions, dont régulièrement le développement d’affaires. Le capital de risque est un accélérateur, pas une garantie de succès.
Pour ceux qui veulent en savoir davantage à ce sujet, je vous suggère de lire régulièrement les blogs suivants, publiés par de véritables gestionnaires de capitaux de risques. Ils permettent à un entrepreneur désireux de faire affaire avec une firme de “venture capital” de mieux savoir dans quoi il s’embarque, et transmettent de sains principes de gestion applicables à n’importe quelle entreprise désireuse d’améliorer sa pratique et ses processus:
Fred Wilson, A VC
Guy Kawasaki, How to change the world