Mes vacances m’ont permis de réfléchir davantage à la question de la valeur des commentaires sur les blogues qui a déjà été évoquée auparavant. Comme j’essaie de le faire depuis un certain temps, j’aime bien acquérir beaucoup d’informations de sources diverses sur un sujet, mélanger, laisser mûrir sans trop y penser et ensuite dégager quelques pistes (presque un U process JSB?).
Étant encore en phase de fermentation d’idées à propos des commentaires et des blogues en général, j’ai eu le plaisir de pouvoir lire Infotopia (que je ne saurais trop vous recommander et auquel je reviendrai avec un billet complet) et de tomber, aujourd’hui, sur un extrait très intéressant d’un billet sur 43Folders, un blogue de productivité suivi par tout de même 128000 personnes chaque jour. Quand je vois quelqu’un a qui du succès, j’ai l’humilité de lire ce qu’il écrit avec attention.
Le blogueur en question, Merlin Mann, a décidé de brasser la cage de son blogue en dépoussiérant la politique éditoriale. Du même coup, il a pris la décision de faire disparaître les commentaires, ce qu’il explique de la manière suivante :
No more fake “conversations”
I’ve loved so many of the comments and forum posts on 43 Folders. But, for an endless number of reasons that you’ve probably seen for yourself across the web, the quality and care of visitor contributions everywhere has hit what I truly hope is rock bottom.
Stupid, venal, ignorant, self-linking comments from people who couldn’t be troubled to actually read the article. Angry forum posts full of personal attacks, giant avatars of Manga characters, and 4-vertical-inch signatures about which Golden Girl you are. Nonsense tagging, meta-commenting, ass-kissing, trolling, and…oooo!…video responses….neato! Please. It’s nuts and it’s pointless and it’s really cynical on the part of almost every publisher that allows that crap to go on.
“Conversation,” like “friend,” is a word that has a meaning to human beings with faces and brains. I will not abuse it as code for the surplus page views produced by someone with an afternoon to kill.
…
If you have comments about what I say here, post about it on your own blog. That’s what it’s there for, and it’s a place where owning your words will have gravity and, in most cases, will be associated with the name of a real person who doesn’t pinch loaves on his own couch.
L’abandon des commentaires, pas un cas isolé.
Mann cite au passage d’autres blogueurs influents qui ont décidé, avant lui, de mettre fin à l’expérience des commentaires : John Gruber (Daring Fireball), Andy Baio (Waxy) et Jason Kottke, entre autres. Si vous bloguez depuis plus de 5 ans, et si vous suivez un tant soit peu la blogosphère américaine, ces noms devraient vous dire quelque chose.
Seulement pour insister un peu sur ce point : tous ces blogueurs sont plus que crédibles. Ils font partie du groupe sans qui le terme “bloguer” ne serait peut-être pas aussi populaire aujourd’hui. Ce sont des pionniers de ce média et leur auditoire est à l’avenant : aucun d’entre eux ne compte un auditoire de moins de 100000 lecteurs par jour, et ce depuis plusieurs années. Jason Kottke et John Gruber vivent (ou pourraient vivre) uniquement de la publicité sur leurs blogues. Gruber a déjà vendu tout son inventaire de pub jusqu’à la fin décembre, à 1750$/semaine.
Et tous, je le répète, ont décidé que les commentaires n’en valaient plus la peine. Ni pour eux, ni pour leurs lecteurs.
En entrevue chez Shawn Leblanc, Gruber explique pourquoi :
I wanted to write a site for someone it’s meant for. That reader I write for is a second version of me. I’m writing for him. He’s interested in the exact same things I’m interested in; he reads the exact same websites I read. I want him to like this website so much that he reads it from the top to the bottom, and he reads everything. Every single word. The copyright statement, what software I use, he’s read it all.
If I turn comments on, that goes away. It’s not that I don’t like sites with comments on, but when you read a site with comments it automatically puts you, the reader, in a defensive mode where you’re saying, “what’s good in this comment thread? What can I skim?”
It’s totally egotistical. I want Daring Fireball to be a site that you can’t skim if you’re in the target audience for it. You say, “Oh, a new article from John. I need to read it,” and your deadlines go whizzing by because you have to read what I wrote.
Mes pistes de réflexions et questions
- Un blogueur continue-t-il à bloguer s’il n’autorise pas les commentaires?
- Qui a l’autorité pour déterminer qu’à partir du moment où les commentaires ne sont plus permis, un blogue n’en est plus un?
- Le lectorat n’a-t-il pas son importance pour déterminer, en publication, le leadership et l’influence d’une publication, d’un journaliste ou d’un écrivain? Pourquoi cela serait-il différent pour un blogueur? Et le cas échéant, l’abandon des commentaires par des blogueurs aussi influents ne devrait-il pas pousser à réfléchir sur leur intérêt réel au lieu d’accepter cela comme une obligation? Il me semble que le Web est encore trop jeune pour les dogmes…
- Quelle est la proportion de commentaires pertinents, utiles et participants à une réelle dynamique de conversation sur les blogues n’étant pas destinés à des créneaux plutôt pointus?
Voilà. Je n’arrive pas encore à dégager de conclusions, mais je me permets de douter énormément de plus en plus de certains concepts érigés en vérités incontestables par une partie de notre industrie. Et j’ai quelques alliés crédibles on dirait…
Pourtant, j’apprécie énormément les commentaires intelligents que je reçois. Je crains simplement que sous le terme “conversation” ne se cache en fait une gigantesque chambre à échos qui, au lieu de faire réfléchir, ne fait souvent que galvaniser les opinions de ceux qui sont d’accord avec les blogueurs, polariser davantage ceux qui sont contre, et donner une tribune à un tas de bozos qui ne sont ni pour, ni contre, mais simplement à côté de la plaque.
De manière paradoxale et pour prouver que mon idée n’est pas encore fixée, je laisse les commentaires ouverts afin de savoir ce que mes confrères en pensent. Remarquez, si vous bloguez, un billet serait une réponse toute aussi appropriée et plus visible qu’un commentaire ici… :)