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Monsieur Claude Beaudoin, VP au marketing, SEPAQ.
Monsieur Jean-Charles Morin, VP à l’exploitation, SEPAQ.
Messieurs,
Cet hiver, j’ai encore eu le privilège de passer les vacances des Fêtes à l’auberge de Montagne des Chic-Chocs avec ma conjointe.
Comme l’an passé, l’expérience fut à la hauteur de nos attentes. L’emplacement est extraordinaire, les repas savoureux et le service des guides fantastique. Le personnel ne nous reçoit pas comme des clients, mais comme des amis. Au-delà du territoire, c’est probablement la principale ressource de l’établissement.
Il n’est donc pas prétentieux de la part de la SEPAQ de qualifier l’auberge de joyau. La qualité de cet établissement et de son accueil vous fait honneur.
Mais…
Lors du dernier souper entre convives, une des discussions s’est centrée sur le marketing et l’expérience AUTOUR de l’auberge. La formule des tables réfectoires aidant, la discussion d’un petit groupe s’est vite propagée à tous les convives présents. Ce qui était une discussion est devenu un plaidoyer en faveur d’un marketing révisé pour l’auberge, l’insatisfaction des clients à cet égard étant unanime.
Nous comprenons que la mise en marché d’une offre aussi large que celle de la SEPAQ amène son lot de complexité. C’est pourquoi, en tant que clients, nous souhaitons vous faire part de nos réflexions.
À table lors de cette discussion : des clients d’un peu partout, dont 2 Québécois vivant à New York, des consultants de divers domaines, l’ancien président d’une entreprise touristique qui brassait des affaires pour presque 500 millions de dollars par an, et un spécialiste du Web. Des gens aux backgrounds divers, mais tous extrêmement satisfaits de l’expérience vécue sur place.
Le déclencheur de cette discussion? Le faible nombre de clients présents à l’auberge : alors que la capacité maximale est de 32 personnes, nous n’étions que 13. Bien sûr, nous pourrions blâmer la météo, et les annulations conséquentes. (Il semble que 10 personnes aient annulé leur séjour en raison du manque de neige, ce qu’ils ont dû regretter puisqu’il y en avait en abondance. Ce qu’ils auraient su si le personnel de la réservation avait été bien informé… Mais cela n’aurait tout de même fait que 23 personnes, soit un faible taux d’occupation de 72% lors de la période des Fêtes.)
La météo n’expliquera cependant pas les 15 personnes attendues pour le séjour suivant, ni les 2 (!) de la semaine d’après. Ni les 16 de l’an passé, à la période de l’année où l’auberge a le plus à offrir. Cette difficulté à remplir une auberge aussi exceptionnelle nous a laissés songeurs quant à son avenir.
Considérez ce billet, messieurs, comme le cri du coeur de clients fidèles qui souhaitent que vous réussissiez à donner à l’auberge de montage des Chic-Chocs la place qui lui revient.
La plupart des entreprises paient pour bénéficier des idées générées lors de “focus groups”, nous vous offrons ici le résultat de nos discussions. Nous espérons que vous y trouverez de quoi alimenter positivement vos réflexions.
Quelques idées visant à améliorer l’expérience autour de l’auberge de montagne des Chic-Chocs
Un accueil à revoir
L’arrivée à l’auberge se fait à Cap-Chat, où les clients doivent se rendre à certaines heures précises pour rejoindre le personnel. Une fois sur place, les clients seront emmenés en montagne dans un minibus, puis dans une chenillette.
Le problème, c’est que les clients viennent souvent de loin : Montréal est à 9 heures de route, Québec à 6. Avec ces délais, et surtout l’hiver, n’importe quel conducteur prévoyant s’assurera d’avoir 1-2 heures d’avance en cas de conditions routières difficiles. Et c’est là que le bât blesse : 2 heures avant le départ, il n’y a personne au poste d’accueil. Des portes verrouillées, aucune indication pour les clients. Rien du tout. Le personnel de l’auberge arrive au poste d’accueil environ 45 minutes avant le départ, et ne peut faire autrement : il arrive des montagnes avec un groupe de clients qui termine son séjour.
Serait-il si difficile à la SEPAQ de prévoir la présence d’une personne 2 heures à l’avance au poste d’accueil, considérant les distances d’où proviennent les clients?
Quelle belle opportunité d’affaires que ces clients captifs, venant de faire plusieurs heures de route et ayant probablement faim et soif. J’aurais été heureux de payer pour un bon café chaud et un repas léger, et je ne suis pas le seul. Au lieu de cela, je suis allé dépenser au Tim Horton’s de Saint-Anne-des-Monts à 12 kilomètres de là.
Vous conviendrez que ce n’est pas l’ambiance idéale pour le début d’un séjour de prestige.
Une navette (optionnelle) pour TOUS les séjours
La SEPAQ se targue d’offrir un service de navette Montréal/Québec/Cap-Chat. Le problème, c’est que ce service n’est offert que pour 2 séjours lors de l’hiver, à des dates que personne ne pouvait s’expliquer.
Pourtant, il semble qu’un des principaux freins à la fréquentation de l’auberge soit la longue route qui la sépare les centres urbains, et la conduite que cela suppose. D’offrir une navette pour tous les séjours, quitte à l’annuler si le nombre de voyageurs était trop bas, rassurerait plusieurs clients potentiels.
Aussi, notez que l’avion qui amène les voyageurs de l’étranger arrive à Mont-Joli. Il n’existe aucun service de transport entre l’aéroport et Cap-Chat. Les deux convives américains présents lors de notre séjour ont absurdement dû louer une voiture pour parcourir les 138 kms qui les séparaient de l’accueil, voiture qui est bien sûr restée dans le stationnement pendant les 5 jours suivants.
Louer une voiture pour l’utiliser pendant 3 heures en 5 jours? Un service de navette Montréal/Québec/Mont-Joli/Cap-Chat offrirait une bien meilleure expérience à vos clients.
Quelques suggestions pour améliorer le marketing de l’auberge de montagne des Chic-Chocs
Un marketing ciblant les baby boomers à diversifier
Ce point a bien fait rigoler lors de la discussion, mais tous étaient d’accord (peu importe l’âge) : le ton utilisé, les photos, les canaux, rien de tout cela ne rejoint les gens de moins de 45 ans. Pourtant, sur les 13 clients sur place, nous étions au moins 6 à avoir entre 25 et 40 ans.
Nous comprenons que le segment des boomers est attirant pour la SEPAQ, en raison de leurs ressources financières importantes. Il existe cependant d’autres groupes démographiques à cibler, dont je fais partie. Nous sommes en 2011, et le marketing de masse est chose du passé.
La cible de l’auberge de montagne est en soi un créneau, visant les gens ayant envie de vivre une expérience particulière, et à y mettre le prix. Ceux-là n’ont pas seulement 55 ans révolus.
Il serait donc pertinent d’utiliser différents canaux et différents messages pour rejoindre des cibles différentes. Dont le Web, qui permet aisément cette segmentation à moindres frais.
Une présence Web à revoir
L’auberge de montagne des Chic-Chocs possédait auparavant son propre site Web. Depuis peu, sa page est intégrée dans celui de la SEPAQ, où elle est noyée dans une masse d’information qui témoigne de l’importance de l’offre de l’organisation.
L’opinion des clients faisait consensus sur ce point : il est difficile de vendre l’auberge dans le canevas imposé par le nouveau site. Plusieurs l’ont d’ailleurs trouvé exaspérant, difficile à consulter et manquant sérieusement le bateau pour les arguments de vente de l’auberge. Notez que ce n’est pas une opinion sur l’état du site en général, mais bien sur l’état de la présence de l’auberge sur ce site.
Il faut reconnaître qu’il est pour le moins difficile d’essayer de vendre un séjour de luxe à 1600$ pour 5 nuits dans le même canevas qu’une location de camping abordable.
Publics différents, besoins et motivations différents, même canal et message uniforme? Je doute que ce soit la meilleure solution. À ce prix, les concurrents ne sont pas au Québec, mais dans le Sud, à Paris, Prague et l’Ouest canadien. Ils sont féroces et leur présence sur le Web est efficace. La formule actuelle ne crée pas un message crédible pour une expérience qui se veut exceptionnelle.
Que l’auberge occupe un espace comme les autres établissements sur le site de la SEPAQ, c’est normal. Que cette offre d’exception ne bénéficie pas en plus d’un site dédié, permettant de la mettre en valeur et de mieux rejoindre un public différent, c’est une opportunité ratée.
Mesures de fidélisation
Il semble qu’une partie importante des clients de l’auberge revienne à plus d’une occasion. Comment est-il possible que l’auberge n’offre aucune mesure de fidélisation de cette clientèle? Tous les groupes hôteliers le font pourtant avec succès.
Vos clients sont vos meilleurs vendeurs : il serait pertinent de les motiver! Une bouteille de vin gratuite à l’arrivée lors d’un deuxième séjour, un rabais pour les accompagnateurs de clients réguliers, l’envoi d’un bulletin par courriel avec des nouvelles de l’auberge, n’importe quoi qui permettrait à ces clients de ne pas vous oublier, et d’avoir envie de parler de vous à leur entourage.
Tout ce que j’ai reçu après mon séjour l’an passé, c’est un sondage par la poste. Oui, en papier, en 2010. Alors qu’on parle ici d’un écolodge réputé, on envoie encore des sondages par la poste à des clients dont on possède le courriel. Ça me laisse pantois.
Maintien de la communauté naturelle
Il est rare que la clientèle d’un établissement puisse fraterniser comme le fait celle de l’auberge de montagne. Les activités de groupe, les tables réfectoires, le personnel encourageant les discussions, tout à l’auberge participe à la formation d’une véritable petite communauté lors des séjours. Il est surprenant que la SEPAQ ne profite pas de cette occasion en or pour fidéliser sa clientèle et la transformer en porte-voix. C’est une autre opportunité qui dort.
Par exemple…
- Où est la page Facebook de l’auberge qui permettrait aux clients qui le souhaitent de rester en contact et de partager leurs anecdotes, le faisant du même coup avec tous leurs contacts?
- Où est l’album Flickr/Picasa permettant aux clients de partager leurs photos?
- Où est le fil Twitter permettant d’informer tous les jours de la météo à l’auberge, principale question des clients en hiver?
- Où est le concours de photos en ligne pour les clients pendant lequel ils devraient demander à leurs amis de voter, faisant ainsi circuler des témoignages sur la qualité du séjour à l’auberge, presque sans frais pour vous?
Rien de tout cela n’existe.
Pourtant, de telles initiatives (peu onéreuses) permettraient aux clients d’être mieux informés avant leur séjour, de partager leurs expériences après celui-ci et d’entretenir des liens entre le personnel et les clients. Je connais des hôteliers qui paieraient une fortune pour bénéficier de cette communauté naturelle de clients, alors que vous la laissez en jachère. Exploitez là, nous ne demandons que cela!
On ne parle pas de produire du contenu coûteux ou de réinventer la roue en créant votre propre plateforme sociale, mais bien de mettre en place des espaces ouverts à des endroits déjà fréquentés où les clients pourraient partager leurs expériences.
Mise en valeur de l’équipe
Dans un même esprit, et dans l’éventualité où une présence Web dédiée à l’auberge voyait le jour, il serait pertinent de mettre en valeur la plus grande richesse de l’auberge : son équipe.
En effet, il serait intéressant de pouvoir suivre les péripéties des guides et du personnel de l’auberge. Ils travaillent et vivent dans un milieu sauvage splendide : les histoires qu’ils ont à raconter à table lors des repas sont passionnantes. Pourquoi ne pas leur réserver un espace qui leur permettait de les partager avec les anciens clients, mais aussi avec ceux qui doutent encore que cette expérience est pour eux.
Blogue ou simple page sur Facebook? Cela a peu d’importance, et représenterait bien peu de travail.
En utilisant un ton authentique, ils toucheraient probablement cette part de l’audience de plus en plus importante qui reste de glace devant le marketing traditionnel.
Ne me parlez pas des “visionnaires”, des “pionniers” et autres clients types qui font partie de la segmentation décidée par la SEPAQ à la création de l’auberge.
Laissez tomber le folklorique “Clovis” gaspésien dont vous parlez dans le document de branding disponible à l’auberge, et qui n’a jamais existé. Un peu plus et on s’attend à voir un barbu fumant la pipe, portant la ceinture fléchée et une chemise à carreaux nous accueillir en dansant la gigue en raquettes, un maquereau dans chaque main. Ça semble peut-être authentique vu d’une tour à bureaux du centre-ville, mais cela ne correspond en rien à la réalité de la Gaspésie en 2011, ni à l’expérience recherchée par une audience de moins en moins dupe de ce genre de stéréotype.
Laissez plutôt parler les guides des orignaux et des ours qu’ils ont rencontrés, des conditions de ski, des nouveaux sentiers, des anecdotes de l’auberge et de son fonctionnement. Ils sont crédibles, nous les avons rencontré. Et c’est eux qui recevront vos futurs clients. C’est par eux que le succès ou l’échec de l’auberge passe. Laissez-les parler de l’incroyable tempête qui a laissé plus d’un mètre de neige en quelques heures. Laissez le chef partager ses recettes en ligne.
Publiez sur le Web des photos des séjours avec de vrais clients, pas avec des mannequins embauchés pour l’occasion. Bien sûr vos photos seront peut-être moins professionnelles, mais aussi beaucoup plus convaincantes. Gardez les photos avec les dents trop brillantes, les cheveux bien peignés et les sourires forcés pour les brochures si vous y tenez absolument. Ce n’est pas pour cela que nous allons à l’auberge.
Ce n’est pas comme si l’auberge de montagne n’avait pas d’histoires à raconter, ou manquait de voix pour le faire. Elle manque seulement d’un espace qui le permettrait. Tout cela ne demande qu’un peu de temps, et très peu d’argent.
Une webcam pour la météo
La principale raison des appels de clients en hiver? “Y a-t-il de la neige”? Une webcam, même si les photos n’étaient mises à jour qu’une fois par jour, permettrait de répondre à cette question (et parfois d’éviter des annulations.)
Il est aussi incroyable de constater que, malgré la présence d’une station météo à l’auberge, les seules données disponibles sur le site de la SEPAQ sont celles d’Amqui, ville pourtant située à plus de 70 kilomètres, à une altitude et des conditions très différentes de celles de l’auberge.
C’est encore là une mesure qui demanderait bien peu d’investissement.
En conclusion…
J’ai noté de nombreuses autres idées lors des discussions, mais les principales figurent dans ce billet.
Nous avons apprécié notre séjour. Nous retournerons probablement à l’auberge de montagne des Chic-Chocs, pour une troisième fois. À condition qu’elle reste en santé.
J’espère donc que vous ne nous tiendrez pas rigueur de partager nos commentaires publiquement avec vous. C’est le genre de chose qui, parfois, fait davantage réagir les organisations qu’un courriel qui se perd dans les dédales de l’administration, même avec la meilleure volonté du monde. De cela aussi, tous les clients -VOS clients- étaient conscients.
Messieurs, votre auberge de montagne est extraordinaire. Elle demande donc peut-être de sortir du modèle de marketing habituel de la SEPAQ.
Sincèrement,
Michael Carpentier, pour le groupe de clients du 27 décembre 2010.
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Pour les anciens clients, et ceux qui songent à un séjour à l’auberge de montagne des Chic-Chocs
- En l’absence d’espaces officiels et avec la complicité des clients sur place lors du séjour, j’ai créé un groupe Facebook pour les clients et ceux qui s’intéressent à l’auberge de montagne des Chic-Chocs. Il serait intéressant d’y voir apparaître du personnel de l’auberge, c’est toujours sympathique d’avoir de leurs nouvelles. Notez qu’il s’agit d’un groupe et non d’une page, laissant à la SEPAQ la possibilité de prendre possession de l’espace qui lui revient.
- J’ai aussi créé un album photo sur Flickr où tous pourront partager les images de leurs séjours (ou contempler celles des autres). (Il existe bien des photos de la SEPAQ sur Flickr, mais elles sont mal identifiées, ne comportent pas de description, très peu de “tags” et ne font partie d’aucun groupe. D’où leur faible popularité…)
Voir la page du billet et les commentaires