“Je n’ai pas de blogue. Il faut dire que je suis probablement le journaliste qui en a le moins besoin. Le ton direct et complice des blogues de mes confrères, ça fait très longtemps que c’est le ton de cette chronique, qui n’a jamais été autre chose qu’un blogue, et cela bien avant que le mot même existe. Sauf que mon blogue, et je m’en félicite, est sans interaction avec le lecteur.” (Chronique du 12 décembre, La Presse)
J’adore, j’adore, j’adore! Le ton et le propos sont bien plus importants que les fonctions “interactives” qui donnent trop souvent lieu à des empoignades, à des polarisations et à des dialogues de sourds qu’on renomme ensuite “conversations”.
Pas toujours, bien sûr. Évidemment qu’il y a du pertinent dans certains échanges. Mais plus le site Web s’adresse à un large auditoire, moins les “conversations” y sont intéressantes. Le salut des conversations en ligne passerait-il par la spécialisation, par l’intérêt commun de l’auteur et des lecteurs pour un sujet commun et précis?
Et la finale, parlant du Net :
“Moi, je ne suis pas contre. Je ne suis pas pour. C’est pire : je ne suis pas là. Je viens de la galaxie Gutenberg. Un monde ou les mots n’étaient pas rétroéclairés. Un monde où l’on écrit en silence.
Qui sont donc ces gens qui parlent tout le temps de tout?”
J’ai envie de mettre cette citation en relation avec une autre, de Mark Twain, qui complimentait un garçon à propos de son style réactionnel (traduction libre) :
“Si tu attrapes un adjectif, tue-le! Je ne veux pas dire tous les adjectifs, mais la plupart d’entre eux. Ceux qui restent auront de la valeur. Ils affaiblissent le texte quand ils sont nombreux, et lui donnent de la force quand ils sont rares.”
Pourrait-on appliquer la même logique pour la plupart des mots? Des auteurs de ces mots? Pas tous, évidemment. Mais y aurait-il de la valeur à écrire moins, écrire mieux, écrire des trucs pertinents au lieu de s’écouter écrire (ça se peut ça?)
Qui voudrait d’un diamant si ses semblables étaient aussi communs que le gravier sur les routes de campagne?
Bon, je retourne à mes livres. Comme je suis 20e siècle! ;)





7 commentaires ↓
“C’est véritablement utile puisque c’est joli.”
Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry
;)
Il ne faut pas confondre la beauté de la littérature, qui demande parfois certains détours, avec les gens qui prétendent informer en “s’écoutant écrire”.
Et encore là, je préfère Hemingway, reconnu pour son style vigoureux et bref.
Et Mark Twain, qui disait à un garçon de 12 ans qui lui avait écrit : “J’ai remarqué que tu utilisais un langage simple et clair, des mots courts, des phrases brèves.
Continue ainsi; ne laisse pas les fioritures, les fleurs du tapis et la verbosité s’y insinuer.”
Le problème aussi c’est que beaucoup se perdent dans leur écriture pour être trouvés par Google. Ils pensent “utile puisque trouvable” plutôt qu’”utile puisque joli”.
Mon commentaire arrive un peu tard, mais en décembre j’ai un peu perdu le contrôle de mon agrégateur. Désolé!
Je n’aime pas cette citation de M. Foglia. Je crois qu’il passe à côté de ce qu’est un blogue. Ce qu’il décrit est un style littéraire alors que les blogues sont des outils. Il y a donc confusion. De plus, ce sont des outils dont l’une des caractéristiques les plus importantes est l’interactivité. Un blogue dont on ferme totalement les commentaires n’est rien d’autre qu’un site web… Ce n’est plus un blogue, peu importe le ton et le style des écrits de son auteur!
Merci pour ton commentaire!
Mais je suis partagé : je ne m’embarquerai pas dans une xième discussion sur la définition exacte du blogue, qui ne serait qu’un débat d’experts un peu aride. Je pense seulement que le sujet important se situe à un autre niveau.
M. Foglia semble très bien saisir la différence entre un blogue et un site Web : il dit lui-même, de manière ironique “Sauf que mon blogue, et je m’en félicite, est sans interaction avec le lecteur.” Ce n’est pas une incompréhension, c’est probablement davantage une manière de se moquer avec le sourire de ceux qui s’attachent davantage au respect de cette définition qu’à la pertinence des propos tenus dans les commentaires.
Vu la très faible qualité des commentaires sur la plupart des blogues généralistes très populaires, il y a lieu de se demander, en effet, s’ils restent pertinents. Sur les blogues spécialisés, qui regroupent des gens qui ont une communauté de pensée ou d’intérêts, sûrement. Mais quand je perd mon temps à lire les commentaires des blogues de La Presse, je me dis qu’une bonne vieille chronique sans autres commentaires que ceux reçus en privé par les chroniqueurs ferait tout aussi bien l’affaire et ce, au “risque” de se faire qualifier de n’être “qu’un site Web” ou un sale élitiste.
Sincèrement, les inévitables théories de complots et les luttes éternelles bleu/rouge/droite/gauche qui surgissent sans coup férir, peu importe le sujet de base, me rendent malade. Il y a aura toujours un zigoto pour écrire que si la soupe au pois de la recette qui est le sujet principal d’un billet manque de sel, c’est assurément à cause du fédéral, et un autre pour lui répondre qu’avec ce type de propos il est digne d’Hitler. Et ce sera reparti pour un autre tour. Si, par malheur, le journaliste propriétaire du blogue/chronique/whatever est tenté d’assurer une décence minimale dans les propos, ledit zigoto s’empressera de crier à la censure, et de le prouver derechef en publiant un autre commentaire sur le blogue du confrère du journaliste maudit qui, laissant passer n’importe quoi par paresse, sera proclamé “ouvert d’esprit”. Le chanceux.
Si, pour se sortir de ces bêtises il ne faut avoir “qu’un site Web” et perdre le statut de blogue, ben so be it. C’est un faible prix à payer pour conserver son équilibre mental. :)
Bref, peu importe la confusion possible des genres et les étiquettes apposées, il reste que le point principal de M. Foglia n’est probablement pas la différence entre un blogue et un site Web “ordinaire”, mais la pertinence de cette interaction à tout prix.
La nostalgie me laisse toujours perplexe. Oui c’était bien avant, plus noble, etc. Mais maintenant, c’est ce qui est. Critiquer et remettre en question, ça peut contribuer à améliorer les choses, mais la nostalgie ? bof…
En passant, que si ! ça se peut s’écouter écrire !!
C’est pas de la nostalgie. C’est seulement une question : Est-ce que l’interaction est toujours souhaitable? Est-ce que l’opinion de tous est toujours pertinente? Est-ce qu’il faut abdiquer devant la bêtise sous prétexte “d’ouverture”?
Je pense que cette question est très contemporaine, et n’aurait même pas pu se poser il y a 25 ans, quand les canaux de communications étaient à peu près unidirectionnels.
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