Quelquechose doit m’échapper.
Grand consommateur de livres, je reste pourtant froid depuis toujours aux tentatives de numériser ce dernier. De l’écrantiser, de le claviériser, de l’à batterietiser.
Ce n’est pas de la mélancolie, ni une allergie aux technos. Si je deviens allergique aux technos, il faudra aviser les analystes financiers parce que les revenus de quelques entreprises bien connues diminueront substantiellement.
C’est seulement que je me demande, bien sincèrement, quel problème les fabriquants de lecteurs de eBook tentent de solutionner, ou qu’apporteront-ils de si innovants qui n’existe pas encore autour du livre. Je ne comprends honnêtement pas.
Mes livres se transportent dans un sac, sans risque de les casser. Les plus petits, en format de poche, se retrouvent souvent un peu pliés ou froissés sans diminuer pour autant leur lisibilité. Se lisent à tout moment, sans préavis, sans avoir à recharger une quelconque pile. S’entreposent plutôt aisément, s’échangent entre amis sans avoir peur de transgresser la loi, se prêtent sans avoir à contourner un mécanisme de protection. Stables, solides, durables, ils sont difficiles à battre côté hardware.
Une des premières choses que j’ai appris en affaires, c’est qu’il est important de répondre à un besoin (ou alors de le créer, et ensuite d’y répondre), et que les avantages de toute nouvelle solution proposée doivent dépasser les inconvénients. Bref, on doit régler un problème en offrant une solution dont le bilan sera positif pour le client: il devra y avoir un gain de temps, d’argent, d’accessibilité, de prestige, etc. (Remarquez, d’avoir un foutu bon budget marketing peut aider à contourner ces technicalités pendant un certain temps…)
Je vois bien ce qu’on PEUT techniquement faire de plus avec les eBook: y inclure des liens, indexer tout le contenu de sa bibliothèque, copier/coller des passages et se les envoyer par courriel, etc… Je me demande seulement si ce qu’on perd au passage n’est pas plus important que ce qu’on y gagne.
L’aspect positif le plus fort que je vois actuellement est le prestige du propriétaire du gadget. Pour ce qui est de l’environnement, j’ai des doutes. Tous les livres que je possède (et j’en ai quelques uns) peuvent être aisément recyclés et possèdent une très longue durée de vie pendant laquelle ils ne perdent pas vraiment de valeur, et peuvent être transmis à d’autres. Essayez de revendre un iPod “vieux” de 5 ans pour voir…
Alors je me demande, très sincèrement: quel est le problème avec les livres?
PS: Avant de me traiter de dinosaure et de me citer les chiffres de vente du Kindle, sachez que je cherche réellement à comprendre, que je lis aussi des trucs élogieux à son sujet, que je comprends comment, en théorie, l’idée est séduisante… Mais que j’ai des doutes pour la pratique et l’adhésion à long terme une fois que les early adopters seront passés à autre chose.
MAJ: L’ami Michel me laisse savoir qu’il semble qu’un autre Michel, celui-là auteur à succès, semble apprécier énormément le Kindle. À ajouter à ma réflexion…
March 9th, 2009
par Gilles
C’est vraiment étonnant de voir cette réflexion sur ton blogue !
Il ne faut pas raisonner ainsi, ce n’est pas le livre imprimé vs le livre numérique. C’est le livre numérique comme complément de lecture.
Le livre papier restera supérieur sur certains points (le plaisir de lecture, la durabilité) mais le livre numérique offrira certains avantages évidents (facilité de transport, recherche, accès instantané à une librairie mondiale).
Les modèles sont encore à établir et c’est ça qui est excitant. Faut-il offrir le livre numérique gratuitement avec l’achat d’un livre papier ? Comment permettre l’échange de livres numériques entre amis ?
Il est vrai que les lecteurs actuels sont décevants, mais ce n’est qu’une question de temps.
March 9th, 2009
par Dominic Bellavance
Un argument que j’entends souvent mais qui en surprend plusieurs : une bibliothèque remplie de livres, ça décore merveilleusement bien une pièce. C’est comme une toile originale; en plus d’être beau, ça en dit long sur le propriétaire.
March 9th, 2009
par Christian Pouliot
Il n’y a pas de problème avec le livre en tant que tel. Essayez d’apporter un kindle à la plage juste pour le plaisir!
Le problème vient davantage des fournisseurs de contenu et dans leur croisade contre les frais d’exploitation toujours grandissants. Le kindle ne sert pas seulement pour les livres, on peut aussi se faire livrer le journal. Je donne un exemple rapidement que j’y pris dans un épisode de This Week In Tech d’il y a quelques semaines : En gros ça disait que si le New York Times décidait demain matin de fournir gratuitement un Kindle à tous ces abonnés, Il arriverait à rentabiliser l’opération en 12 ou 18 mois. Imaginez l’économie et les profits engendrés sur 18-24-36 mois et finalement sur le long terme. Voilà problème numéro 1 de réglé. Pour ce qui est de l’usager, c’est un changement du média tout simplement. On ne comble pas de besoin chez lui, mais on lui impose une nouvelle réalité. Si 10-20-30 grands journaux décidaient d’adopter la solution, le reste ne serait qu’histoire.
Cela dit, j’aime l’odeur du livre et surtout sa texture… Amazon devra trouver une solution à ce problème avec le kindle!
March 9th, 2009
par Michel Monette
J’aime beaucoup pour ma part la flexibilité qu’offre mon iPod touch. Je peux lire peu importe l’éclairage et je peux grossir facilement les caractères, bien pratique après 50 ans ;-) Mais je me demande si le problème du livre est la concurrence entre le format papier et le format électronique. Après tout, l’un n’exclut pas l’autre. Je peux me tromper, mais il me semble que la capacité d’attention sera beaucoup plus dommageable pour l’avenir du «livre» que son format. Lire un livre demande beaucoup plus d’attention que de lire un message de 140 caractères. Ça demande de la concentration aussi. Dans un monde multitâches…
March 9th, 2009
par Michael
L'auteur
C’est drôle que cela te surprennes Gilles, pourtant j’ai toujours aimé les livres!
C’est bien vrai que l’un n’empêche pas l’autre. J’aime bien l’idée de complémentarité, mais une version portable du livre numérique est-elle nécessaire?
Mon rêve serait d’avoir accès à tout le contenu de ma bibliothèque par le biais de mon ordinateur, grâçe à une application en ligne comme anobii.com. Ainsi, pas de gadget supplémentaire nécessaire!
March 9th, 2009
par Gilles Herman
La surprise vient du fait que je te pensais gadgetophile !
L’ordinateur est bien le dernier appareil que j’utiliserais pour lire un long texte. Mais oui j’aime bien le concept de bibliothèque délocalisée, un peu comme le propose le iTunes Store avec la musique. Le livre lié à la personne et non à la machine.
Pour le plaisir, regarde le bouquin que ma blonde vient de m’offrir. Rien ne remplacera cela !
http://www.youtube.com/watch?v=wnZr0wiG1Hg
March 9th, 2009
par Laurent
Aillant plusieurs “livres” en PDF sur mon ordi , je peux dire que si pour les romans c’est pas pratique (mettons que lire Monte Cristo était pas si agréable que ça), mais pour les livres “techniques” comme mes notes d’université, c’est incroyable, surtout pour mon dos. Avant je devais trainer des kilos de livres chaque jour sur mon dos, aujourd’hui je n’ai que mon “laptop” sur lequel mes notes en PDF sont.
Quel sont les avantages du livre électronique? Le même d’une certaine manière que le mp3 VS le CD : pas besoin d’aller dans une boutique l’acheter on peut l’avoir instantané, on peut en mettre une quantité incroyable dans un tout petit bidule qu’on traine partout (style iPhone/iPod Touch), ce genre de chose.
Mais je préfère les livres papiers, ne serait-ce que pour le plaisir d’avoir une bibliothèque rempli de livre!
March 9th, 2009
par Olivier
Les journaux papier sont en danger de mort. Amazon a peut-être peur que les livres papier subissent le même sort et ne veut pas se faire industriedudisquiser, d’où Kindle.
March 9th, 2009
par Jean-Sébastien Bouchard
Je suis un commentateur paresseux alors je recopie un bout d’un billet publié sur mon blogue en juillet 2007 et qui «fitte» bien ici!
«J’ai tellement entendu parler de l’amour des lecteurs pour l’odeur de l’encre quand ils évoquent le livre électronique que je ne vois plus de pertinence à essayer d’inventer un gadget qui permettrait de vivre l’expérience du livre papier sur un support électronique. L’avenir n’est pas dans une copie électronique du livre, mais fort probablement dans une nouvelle façon de produire, diffuser et consommer le savoir. Le livre fait bien le travail pour plusieurs usages… il faut se concentrer sur ce qu’il ne sait pas faire et que nous souhaitons pouvoir faire.»
Source: http://www.jsbouchard.com/2007/07/le-e-book-metaphore-du-livre-papier-ou-fetichisme/
March 10th, 2009
par Clément Laberge
Comparer l’imprimé et le numérique pour un même type d’usage du livre me semble une bien mauvaise piste. Bien sûr qu’il n’y a pas de raison de passer au livre numérique pour quelqu’un à qui convient parfaitement livre imprimé! Et bien sûr que le confort d’un fauteuil avec un livre sur beau papier et un verre de vin est irremplaçable…
Il y a néanmoins des personnes qui lisent dans des contextes qui se prêtent moins à trimbaler de gros ouvrages, ou qui souhaitent plus d’interaction avec les oeuvres qu’ils lisent, etc. — et pour qui le numérique est préférable.
Bien sûr il ne s’agit pas d’imposer le numérique aux autres — comme ils ne s’agit pas d’imposer le papier à ceux-ci.
Il y a toutefois d’autres « rationnels » qu’il ne faut pas perdre de vue dans la transformation du livre vers le numérique: facilité et rapidité de diffusion (notamment hors des frontières traditionnelles de l’éditeur), réduction potentielle de certains coûts, dans certaines circonstances, possibilité de nouveaux modes de commercialisation, facteurs environnementaux aussi (ne pas perdre de vue dans l’équation qu’une importante partie des livres sont détruits sans avoir été vendus, et que des boîtes et des boîtes de livres se promènent inutilement des entrepôts aux librairies aux bibliothèques, etc.). Il y a aussi les auteurs qui aiment bien pouvoir accéder à des versions numériques des oeuvres qui leurs servent de matériaux — parce que c’est aussi ça la littérature: une gigantesque oeuvre collective.
Alors dans ce domaine comme dans bien d’autres, s’il est vrai que pour réussir il faut généralement s’appuyer sur les besoins des consommateurs, il ne faut pas non plus négliger que les fondements économiques d’une industrie pèsent aussi très lourd dans la nature des transformations que subissent les produits…
…et que par conséquent, ce serait une erreur fondamentale de penser que tous ces efforts — que tu dis « ne pas comprendre » — sont faits uniquement pour résoudre des « problèmes inexistants » ou pour « répondre aux demandes des consommateurs ».
Quant à la question de savoir « ce que des [versions numériques] apporteront de si innovants qui n’existent pas encore autour du livre » — je ne sens pas le besoin d’y répondre… parce que c’est justement ce par quoi il est le plus agréable de se laisser surprendre!
Mais penses-y bien… svp… parce qu’au-delà de l’intention polémique que je sens bien dans ton texte… je ne peux pas croire que tu ne perçoives aucune valeur ajoutée au fait de disposer de dizaines de milliers d’oeuvres en versions numériques…
Comment? Ah oui, tu crois que YouTube n’apporte rien de vraiment nouveau par rapport à la télévision?
March 10th, 2009
par Les éditeurs ne comprennent vraiment rien (croient certains) « Du cyberespace à la cité éducative…
[...] dire à Michaël (comme je l’ai fait en d’autres mots, sous forme de commentaires, sur son blogue) qu’il faut arrêter de parler ainsi du livre imprimé, du livre numérique et du lecteur — [...]
March 10th, 2009
par Philippe Yergeau
De mo côté je n’aime pas (et j’ai de la difficulté à ) lire de longs textes sur un écran. Mes yeux pleurent à chaque fois et je dois prendre des poses fréquentes.
D’autant plus qu’un livre froisé, usé, porte avec lui une histoire qui par moment est bien plus prenante que celle contenu à l’intérieure de ses pages, soit celle de son vécu.
March 10th, 2009
par Jason
J’ai bien essayé de passer au numérique, mais le livre à son poids, son format et, même, son odeur que les fichiers numériques ne peuvent rivaliser avec.
March 10th, 2009
par Olivier
Aime pas Facebook.
Aime pas e-books.
MacBook? Steve Jobs doit être anxieux.
March 10th, 2009
par Michael
L'auteur
Olivier, une fois de plus, faudrait lire correctement. J’ai jamais dit que j’aimais pas les e-books, j’ai dit que je me posais des questions. Y’a un foutu monde de différence entre les deux.
March 10th, 2009
par Michael
L'auteur
Clément, tu es définitivement devenu très chatouilleux dès que quelqu’un prononce le mot livre… :)
Non seulement je n’ai pas d’intention polémique, mais je cherche honnêtement des réponses. Celles que tu fournis sont pertinentes et intéressantes, je n’en demande pas plus. J’aurais aimé que tu élabores sur les innovations qui seront visibles par le consommateur parce qu’après tout, c’est lui qui aura le dernier mot!
Évidemment qu’il y a un avantage à pouvoir chercher dans des versions électroniques de livre, et de pouvoir consulter certains passages spécifiques lors de besoins précis. C’est pourquoi je me demande si un combinaison livre papier + version électronique Web (ou locale à la rigueur) ne serait pas une réponse appropriée, sans avoir à transporter un lecteur fragile avec soi.
D’ailleurs, si tu relis bien le billet, tu verras que je ne parle davantage du lecteur numérique que du livre électronique. (“…quel problème les fabriquants de lecteurs de eBook tentent de solutionner…”). Je le réitère ici si je n’ai pas été assez clair.
C’est l’objet qui me laisse perplexe, pas la numérisation du contenu!
March 10th, 2009
par Olivier
Les journaux papier ont un problème. Kindle fera partie de la solution à mon avis. Un MacBook c’est pas le design idéal pour lire. Mais peut-être journaux et livres ne sont pas comparables, et les gens vont arrêter d’acheter des journaux et continuer d’acheter des livres ?