Je vous avais dit que cet Alambic serait en retard! C’est qu’il y a trop à faire ces jours-ci, trop d’échéances qui s’approchent dangereusement, trop de jours au bureau qui s’allongent en nuits trop courtes. Alors, j’ai eu une idée de génie: écrivons un billet pour perdre encore un peu plus de ce temps si précieux qu’on se plaint qu’il en manque!
Faut vraiment que je vous aime.
Consommation recommandée cette semaine
Myth of Digital Democracy et Republic.com 2.0: Dans mes prochaines lectures, parce que mon détecteur à bullshit ne suffit plus à la demande depuis un bout de temps, et que j’observe un dangereux renversement entre l’hésitation à adopter de nouvelles technologies et la transformation de ces mêmes technologies en dogmes mur-à-mur. Restons ouverts, mais critiques. Le jugement, ce n’est pas comme les technos: la version 1.0 est encore à jour.
If You’re a Government 2.0 Guru, You have no Business in Government 2.0: Pour faire suite au point précédent, un de mes articles préférés cette semaine. Le gouvernement change, le monde change, le Web participe à ces changements, en est autant la conséquence que la cause. N’essayez seulement pas de me faire croire que vous savez comment, et pourquoi. Quand tout est à découvrir, comment peut-on se proclamer expert? Comme le disait William Goldman: “Nobody knows anything.”
Pourquoi nos organisations collaborent-elles si peu? : Pour apprendre à faire la différence entre coordination, coopération et collaboration. On finira peut-être par comprendre que la collaboration n’est pas un processus ni une solution technologique, mais plutôt une culture. (C’est sûr que les processus et les solutions se vendent mieux par contre…)
How did the web lose faith in charging for stuff?: Un thème récurrent pour 37Signals, mais qui reste vrai: avant le financement, les prêts et les subventions, il existait une autre façon de créer une entreprise rentable: trouver des clients qui apprécient suffisamment votre produit pour le payer.
Twitter expliqué en cartoon: Oui, je twitte de temps en temps. Ce qui ne m’enlève pas mon sens de l’humour, ni mon discernement. J’ai crû reconnaître certaines personnes d’ailleurs… ;)
Un Montréalais neutralise un attentat en Grande-Bretagne: Heureusement qu’il n’est pas aux États-Unis, il aurait probablement été foutu en prison pour avoir tenté de copier des fichiers musicaux. Sale pirate. Le reste n’est qu’un heureux accident de parcours après tout!
Au gouvernement du Québec, on est écolo ou on ne l’est pas?: Comme d’habitude, Michelle nous fait sourire en disant bien fort ce que plusieurs observent en silence. Certains n’aiment pas le personnage, mais si elle n’existait pas, faudrait l’inventer!
Humeurs
La question dont je suis réellement écoeuré fatigué: “Oui, mais… Est-ce que d’autres, ailleurs, ont essayé ça avant nous?” Cette question surgit généralement lorsqu’une personne, habituellement un gestionnaire, assiste à la présentation d’une solution conçue après de nombreux ateliers de travail auxquels lui, évidemment, n’a pas assisté.
J’ai généralement envie de hurler, parce que dans 95% des cas, la solution n’est que très modérément innovatrice et ne servira pas à donner une avance à l’organisation, mais plutôt à lui permettre d’être juste un peu moins en retard. (Et qu’en général, oui, au moins 200 autres ont essayé ça avant vous, et probablement il y a quelques années d’ailleurs.)
Bref, j’ai toujours envie de répondre que la réelle question devrait être: “Est-ce que la solution proposée répond aux besoins et est réalisable selon nos moyens?” Si oui, pourquoi se soucier de ce que les autres font? (Je vais vous donner un indice au sujet de ce que “les autres” font: ils attendent de voir ce que vous ferez. D’où le retard mentionné plus haut.)
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Un autre projet d’informatisation défonce budget et échéancier: quelle surprise! Est-ce que les firmes impliquées sont en grande partie responsables? Évidemment. Propositions bâclées, CV traficotés, employés sous pression, stratégies de type “On soumissionne très bas et on se reprend sur les modifications”. C’est tellement classique qu’on se demande comment ça peut encore marcher, et pourtant…
Est-ce que les clients ne l’ont pas un peu beaucoup cherché en attribuant des contrats après des processus d’appels d’offres tordus, lourds et compliqués? En favorisant ceux qui sont prêts à dire ce qu’ils souhaitent entendre plutôt que les dérangeants trouble-fêtes qui osent proposer de faire les choses autrement? En imposant aveuglément des méthodes, solutions, buzzwords ou dogmes qui ne sont pas adaptés à leur contexte? En exigeant des solutions technologiques à des problèmes organisationnels et humains? En compliquant la vie de ceux qui essaient réellement de les aider pour des “raisons de sécurité”? You bet.
Et après, on dira que les budgets sont coupés parce qu’il y aura eu de l’abus, et toute l’industrie en souffrira. On jettera le bébé avec l’eau du bain, mais ce ne sera pas grave, parce qu’on aura déjà trouvé un buzzword pour le nom du prochain bébé… et qu’un appel d’offres sera lancé pour le concevoir.
Au fait, elles ne sont pas ISO ces bonnes firmes? Ce n’est pas supposé tout régler ça?
March 24th, 2009
par Philippe Dancause
Michael, tes humeurs reflètent tout à fait mon sentiment.
J’ai vécu l’exacte même expérience par rapport à une solution innovatrice il y a 3 semaine.
Pour ce qui est de l’approche de réalisation des mandats technos dans la fonction publique (et la grande entreprise), ton commentaire reflète aussi ce que j’ai vécu (ayant passé quelque temps dans ces environnement…).
;-)
March 25th, 2009
par Michelle Blanc
Certains n’aiment pas mon personnage? Je veux savoir qui que je les “blaste”. Sans blague (ce qui est tout de même un peu rare) gros merci de ton vote de confiance…
March 25th, 2009
par Michel D.
Le détecteur à bullshit fonctionne à plein régime? Alors, comme je le te l’avais dit, prépare toi à voir voler en éclats plein de mythes sur la supposée démocratie numérique avec les deux lectures que tu te prépares à faire. J’aurais plusieurs autres livres (si, si, des vrais livres) à te suggérer suite à ces deux lectures. Et tu verras que tu feras face à deux choix: la pilule rouge et la pilule bleue.
Tu avales la bleue et tu continues à tripper sur le pouvoir. C’est grisant et excitant se rapprocher du pouvoir. Mais tu ne pourras pas changer grand chose. Hé oui, rien ne changera, on sera toujours en mode «top-down» même si tout donne l’impression du contraire. Tu verras par exemple que la campagne de monsieur Obama est l’exemple même d’une campagne «top-down» contrairement à celle d’Howard Dean qui elle, était une vraie campagne OpenSource, de type «bottom-up». Mais pour l’excitation et le facteur bullshit, t’atteint un max sur le thermobullshit. On en connaît tout plein qui adorent ça et qui sont grisé par cette approche. Et qui sait, ça peut être bon pour les affaires. Bien que normalement, quand tout va moins bien et que la musique arrête, c’est normalement toi qui se retrouve sans chaise.
Tu avales la rouge? Alors là, c’est un autre univers qui s’offre à toi. Tu as la possibilité de changer des choses. Tu n’as qu’à regarder par exemple, ce que fait Michael Lenczner, le co-fondateur d’Île sans Fil. Regarde d’un peu plus près son dernier projet, Notre Parlement (http://notreparlement.ca)? C’est beaucoup moins grisant, j’en conviens, mais Ô combien plus pertinent. Il y a aussi Datalibre (http://datalibre.ca/) ou Visible Government (http://visiblegovernment.ca). I believe in Open (http://ibelieveinopen.ca/) est aussi un de ces projets qui tente de faire changer les choses.
Quand à ces supposés experts dont tu fais mention, je te conseille la lecture de ce billet de Patrick Lagacé, et plus spécifiquement le commentaire de Benoit Gagnon, chercheur à la Chaire de sécurité du Canada et chroniqueur régulier à Citoyen Machin. Les deux derniers paragraphes sont particulièrement savoureux:
«Au final, ce que cela sous-tend, c’est que dans le type de société dans laquelle nous visons, la voix des experts, des spécialistes de l’information et des gens qui sont en poste de connaissance a perdu de leur importance.»
«Maintenant, n’importe qui peut devenir «spécialiste» sur une question en ouvrant un site Web, en diffusant de l’information. Cela sera crédible du moment que ce sera «assez vrai». Bref, du moment que cela peut s’expliquer par le «sens commun» – aussi connu sous le terme de gros bon sens – on y attribuera une importance aussi grande que la personne qui est en «poste de connaissance».
http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/?p=70722657#more-70722657
Alors, bonne lecture, et prépare à devoir choisir une pilule. ;-)
March 25th, 2009
par Olivier
Je sais pas si Obama sait ce qu’est le web mais son VP n’en a pas la moindre idée. http://www.youtube.com/watch?v=71pTSTwSzK0
March 27th, 2009
par Marc
“Oui, mais… Est-ce que d’autres, ailleurs, ont essayé ça avant nous?” … est une phrase meurtrière sans valeur. Combien de beaux projets n’ont jamais vu le jour ou pire encore, été adoptés par des entreprises moins frileuses. Cette maladie que certains entrepreneurs ont de vouloir suivre la vague au lieu de la créer empoisonne le renouveau. Pour faire suite à ton billet, celui de Patricia Tessier sur le changement : http://patriciatessier.blogspot.com/2009/03/les-inhibiteurs-du-changement.html