J’écris ce billet par intérêt personnel, mais aussi pour rassembler mes réflexions et observations sur le sujet de l’utilisation du Web collaboratif par les autorités publiques et les citoyens lors de catastrophes. Ce sujet est d’actualité pour moi: je travaille actuellement sur un mandat majeur en relation avec la sécurité publique.
Je discutais justement avec mes clients il y a quelques jours de l’utilisation potentielle du Web 2.0 par les gouvernements lors de situations d’urgence. Ce qui se passe présentement en Australie permet déjà d’observer des tendances lourdes et l’émergence d’une “toile d’information” issue d’un mélange de fils officiels et citoyens.
Le contexte
L’État de Victoria, en Australie, lutte présentement contre des feux de broussaille majeurs et terriblement meurtriers. Au moment d’écrire ces lignes, le bilan dépasse les 125 morts. Il semble que plusieurs de ces décès sont attribuables à un manque d’information: des gens n’ont pas quitté leur domicile alors qu’ils l’auraient dû, d’autres ont essayé de fuir par des routes qui se sont révélées êtres des pièges meurtriers.
Réagissant rapidement, l’État australien et les citoyens se sont mis à utiliser le Web et à publier de l’information sous différents formats, en utilisant autant les sites officiels que les réseaux sociaux: le résultat est un filet solidement tissé d’informations, d’images, de courts messages et de cartes qui offrent une image globale de la situation en temps quasi réel.
Loin de centraliser le message et de chercher à en garder le contrôle, certaines instances officielles ont ouvert leurs données pour favoriser la diffusion sur les plateformes les plus connues et les plus accessibles. Certaines utilisent même les réseaux sociaux pour atteindre le plus de gens possible.
Quelques exemples
J’ai rassemblé ici quelques saisies d’écran des différentes initiatives prises par l’État, les entreprises ou les citoyens pour s’informer les uns les autres. J’ai aussi inclus des liens vers les sites présentés, mais vu la nature éphémère de certaines informations, je préférais les archiver “en l’état” pour simplifier la consultation ultérieure.
Cliquez sur les images pour les agrandir et les liens vers les sites représentés.
Carte Google Maps, vue éloignée
Carte Google Maps, vue régionale
Carte Google maps, vue locale
Carte Google Maps, détails d’un incendie
Carte créée par un citoyen
Cette carte illustre à quel point il est facile aux citoyens de créer des outils d’informations géographiques rapidement et sans frais.
Site officiel du CFA, sommaire des incendies
Site officiel du CFA, mises à jour récentes
Groupe Flickr créé par les citoyens
Canal Twitter de l’étiquette “#brushfires”
Canal Twitter de l’étiquette “#brushfires”, indicateur de mise à jour récente
Photo satellite prise par la NASA
Canal Twitter non officiel du CFA
Canal Twitter de ABC Radio Melbourne
Observations et pistes
- Il est inutile de réinventer la roue. Les usages émergents et spontanés (utilisation massive par les citoyens de Twitter, de Flickr, de Youtube et de Google Maps) devront être pris en compte par les autorités responsables des canaux d’information en cas d’urgence. Aucun canal officiel créé sur mesure n’atteindra la popularité de ces outils et, en cas de crise, il faudra favoriser la diffusion, la souplesse et l’échange maximal d’information selon les canaux les plus efficaces. Peut-être sera-t-il aussi utile d’apprendre à se servir des canaux existants que d’en créer de nouveaux plus lourds, plus lents, plus chers et moins fréquentés?
- Il faudra réfléchir aux manières de lier les systèmes gouvernementaux d’informations aux plateformes utilisées par les citoyens au lieu d’essayer de forcer ceux-ci à utiliser des outils spécifiques à l’État, souvent sans achalandage ni portée dans les “lieux de rassemblement naturels” des citoyens sur le Web.
- Vu la multiplicité des sources d’informations, il y a beaucoup de bruit dans le signal dans les canaux non officiels. Un certain degré de filtration permettrait de distinguer plus aisément ce qui est pertinent de ce qui ne l’est pas.
- Je constate cependant que le bruit ne provient pas de vandales de l’information, mais plutôt de citoyens impliqués qui publient plus d’information que nécessaire, et dont la pertinence à un moment critique peut être discutable. Nul doute que l’ensemble de ces informations formera dans l’avenir une fantastique documentation sur ce qui s’est passé, mais pour le moment certaines parties de cette documentation n’est pas immédiatement utile.
- Il semble au premier abord que l’État a tout avantage à tirer profit de sa place dans l’écosystème d’information, dont il est une composante importante, plutôt que d’essayer de garder l’information dans un système officiel, mais fermé, au risque de compromettre la sécurité des citoyens.
- De diffuseur unique d’information officielle, l’État devra considérer de jouer le rôle d’agrégateur d’information de qualité. Cela ne lui enlève pas son rôle de création de contenu officiel, mais replace simplement cette information dans un contexte plus large, où les citoyens n’attendront pas pour créer du contenu.
Ce qui pourrait être amélioré
- L’État australien a été pris de court, et apprendra sûrement de cette catastrophe: toutes ces données se retrouvent à différents endroits sur le Web. Elles sont disponibles, mais difficiles à consulter pour qui n’est pas familier avec les nouvelles technologies et les “endroits de rassemblement” du Web collaboratif.
- Un site Web simple et flexible, jouant le rôle de point de chute officiel, aurait pu regrouper les différentes sources d’informations (officielles et citoyennes), rendant celles-ci plus accessibles aux citoyens. L’utilisation des fils RSS par la plupart des plateformes sociales permettrait l’agrégation aisée des billets, photos, messages et vidéos les plus pertinents sur un site qui offrirait ainsi un contexte de consultation officiel, crédible et accessible.
La pointe de l’iceberg?
Ces observations sont partielles, la situation évoluant de minute en minute. Par conséquent, si vous découvrez d’autres utilisations du Web collaboratif par l’État ou les citoyens pour faire face aux feux de broussaille australiens, prière de laisser un commentaire. Qui sait, celui-ci pourra peut-être inspirer les autorités avec lesquelles je collabore présentement?
Tags: bushfires, sécurité-publique, web collaboratif, web-2.0



















3 commentaires ↓
tres bon billet…
Merci pour ce clair résumé des différents outils utilisés dans ce cas-ci.
Il y a le startup http://www.deeda.com/ qui veut être un aggrégateur de plusieurs plateformes polulaires comme celles que tu as nommées.
Un autre bel exemple est Ushahidi, utilisé au Kenya et au Rwanda en temps de crises…
http://media.baliz-geospatial.com/fr/blogue/serieux-mashup-ushahidi-en-temps-de-crise-humanitaire-l-exemple-de-l-ex-zaire
Je parlais justement à une professionnelle de ce ministère de l’importance d’utiliser les nouveaux outils de diffusion et communication pour joindre rapidement un maximum de gens (c’était plutôt du plan de com pour une éventuelle épidémie de grippe aviaire dont on jasais et j’étais étonné de voir que les canaux choisis demeuraient si traditionnels). Je suis bien content de voir que les exemples se multiplient des avantages du Web collaboratif et aussi de constater qu’on a fait appel à quelqu’un comme vous ;-) J’aime la notion d’écosystème d’information parce qu’elle refère à la réalité du Web 2.0 bien illustrée par les mosaïques Twitter qui font leur apparition ces temps-ci mais qu’on pouvait voir se former en temps réel depuis un certain temps déjà. Un court billet bien rédigé peut se propager à la vitesse de l’éclair à travers ces écosystèmes. Ne serait-il pas judicieux aussi les responsables de la sécurité publique acceptent de tenir un ou des blogues pour pouvoir échanger avec dame Rumeur. Pourvu que ces blogues soient lisibles sur les mobiles (ce que trop de blogueurs oublient de prévoir alors que c’est si facile à ajouter comme fonctionnalité).
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