J’ai tenu ma promesse, et tenté de résilier mon abonnement aux bottins téléphoniques Pages Jaunes. Je vous résume:
- Leurs sites Web (autant le site consommateur que le corporatif) ne font mention nulle part d’un possible désabonnement. J’ai donc procédé…
- …par courriel, on me dit de communiquer par téléphone avec le centre de distribution, au 1-800-268-5637. J’ai donc téléphoné…
- … pour me faire dire, après 3 transferts et une boîte vocale unilingue anglophone, qu’il est pour le moment impossible de de désabonner. Mais évidemment, qu’ils espèrent être capables d’offrir ce service d’ici quelques années. Et que par conséquent, on me suggérait gentiment de les mettre au recyclage. Aux frais de la ville, bien entendu, et donc du contribuable municipal. À moins que vous ne pensiez que le recyclage est gratuit, c’est ce que je comprends.
J’ai comme un doute. Ce “projet de service” ne doit pas être très populaire à l’interne, et ne doit donc pas figurer très haut sur les priorités des administrateurs. Pourquoi? Parce que non seulement cela menace le nombre de copies distribuées, et donc le seul argument de vente auprès des annonceurs, mais aussi parce que les coûts de la distribution de ces annuaires non désirés ne sont pas assez élevés pour justifier la mise en place d’une mesure de désabonnement.
Par coûts, il faut penser plus loin que l’argent: on parle aussi de réputation, de tâches à accomplir, etc. Bref, le total de la friction qui empêche l’entreprise Pages Jaunes de se dégourdir, et de mettre en place volontairement des mesures pour que les consommateurs puissent se prévaloir de la possibilité de se désabonner. Par contre, si le coût de l’immobilisme devient plus élevé que celui de l’inertie, l’entreprise bougera.
Il est donc possible de travailler sur 3 axes…
Les coûts.
Faire augmenter les coûts de la distribution non sollicitée de l’annuaire en les obligeant à en disposer eux-mêmes. Pages Jaunes tire son profit de la production et de la distribution de masses de papier. Comment se fait-il qu’ils ne soient pas responsables aussi de nous en débarrasser, et laissent cette responsabilité (et les frais qui viennent avec) aux municipalités par le biais des programmes de recyclage?
Lorsque je fais le choix d’acheter un bien de consommation, je deviens coresponsable de m’en débarrasser, et je paie des taxes à la municipalité où j’habite pour assurer le recyclage de l’objet. Dans le cas des Pages Jaunes (comme pour toute publicité imprimée non sollicitée) l’entreprise m’impose la responsabilité de disposer de l’objet, et impose le coût à la municipalité de le recycler, sans pour autant payer de taxes supplémentaires à cet effet. Cela créé une absence de coût artificielle socialement et économiquement irresponsable.
Il serait donc intéressant de voir comment réagirait l’entreprise si tous les citoyens décidaient de retourner les bottins non sollicités au centre de distribution. Le coût d’en disposer leur reviendrait alors, et ils seraient forcés de les considérer dans leur décision d’implanter ou non un système de désabonnement.
Mais puisque je me méfie des utopies et des solutions qui commencent par “et si tout le monde blablabla…”, je pense qu’il est préférable d’envisager autre chose. Tout le monde ne fera pas “blablabla”, parce qu’il est moins difficile, individuellement, de mettre l’annuaire au recyclage, que de le retourner au groupe Pages Jaunes. C’est humain.
La réputation.
Je doute que Pages Jaunes se soucie suffisamment de sa réputation de citoyen corporatif pour être très touché par du chantage affectif, serait-il collectif. La section “environnement” du site corporatif est bien timide et reflète un manque d’efforts concrets pour réduire l’impact environnemental et économique de leurs activités. Bien que l’entreprise se targue de “chercher à éliminer les travaux d’impressions non indispensables”, aucune mesure concrète de désabonnement n’est disponible: il me semble pourtant que c’est la première mesure qui aurait dû être mise en place.
Les programmes de protection de l’environnement du groupe Pages Jaunes sont les suivants (mes commentaires en italique):
- Collaborer avec les moyennes et grandes entreprises pour déterminer avec exactitude le nombre d’annuaires requis. (C’est déjà ça de gagné. Cependant, les petites entreprises reçoivent des bottins sans être sollicitées. La pile d’annuaires non utilisés à l’entrée de notre immeuble à bureau en témoigne…)
- Promouvoir l’usage de supports numériques auprès des grandes entreprises. (Ce que Pages Jaunes tente de promouvoir, c’est la vente de publicité en ligne. Il ne s’agit pas d’un acte visant à réduire la pollution, mais plutôt à assurer leur survie dans un environnement publicitaire de moins en moins favorable à la publicité imprimée. On fait donc la promotion de la publicité numérique EN PLUS de la publicité par annuaire, pas comme une alternative.)
- Modifier les dimensions de certains annuaires pour permettre une utilisation plus optimale des presses et réduire le gaspillage. (Celle-là est vraiment rigolote: nous recevons cette année 3 annuaires un peu plus petits au lieu d’un seul un peu plus gros. Un des 3 est une copie de taille réduite des Pages Jaunes. C’est ce qu’ils appellent réduire la taille des annuaires?)
- Améliorer la distribution, notamment par la gestion de l’inventaire et des mesures de réduction des stocks. (C’est là où ils pourraient vraiment améliorer les choses en permettant aux consommateurs de se désabonner de la distribution. Et ce serait simple. Si on peut gérer les fatiguants au téléphone, pourquoi on ne pourrait pas le faire pour les fatiguants qui livrent des publicités à domicile?)
Le cadre réglementaire.
Ça, c’est qui devient nécessaire quand les lois du marché sont faussées par une absence de coûts artificielle pour l’entreprise et que la réputation n’est pas suffisante pour changer les choses.
Les matières recyclées sont toujours triées, pesées, catégorisées et mise en valeur lorsque possible. Il serait donc possible pour les municipalités de comptabiliser les coûts du recyclage des annuaires recyclés et de refiler la facture à Pages Jaunes. La simple suggestion qu’elles pourraient le faire serait un très bon incitatif pour le groupe Pages Jaunes à se dégourdir un peu.
Les municipalités pourraient en dernier recours interdire la distribution de publicité aux citoyens qui demandent d’être exclus. C’est tout à fait réalisable. Un registre d’exclusion comparable à celui de la liste nationale de numéros de téléphone exclus ne serait ni compliqué à mettre en place, ni difficile à faire respecter.
Évidemment, des exceptions sont à prévoir: commerces ayant obtenu la permission de nous envoyer de la publicité (opt in), maisons de sondage, partis politiques, organisations communautaires et de charité (les mêmes exceptions que celles de la liste d’exclusion téléphonique). La gestion de tout cela pourrait se faire par internet. Cela ne rejoint pas tout le monde, mais presque. Et ce serait un grand pas en avant.
Qu’est-ce qui manque?
Si c’est souhaitable et réalisable, qu’est-ce qui manque pour mettre des mesures raisonnables en place? À vous de me le dire: êtes-vous intéressés à ce genre de projet? Cela vaut-il la peine que des démarches soient entreprises auprès de la ville de Québec pour aller un peu plus loin et voir ce qui pourrait être fait de manière constructive? Avez-vous d’autres suggestions, d’autres idées, d’autres points de vue?
(Je pense que je suis en train de m’engager dans qqch là. Encore. Peut-être que je serai bientôt pris en photo sur un tas de bottins, dans le milieu de la rue?)
Ressources
En attendant d’autres moyens, voici le groupe facebook “Bell garde tes bottins!” fondé par Michel Monette pour faire suite à ce billet.
Tags: politique, publicite-postale




7 commentaires ↓
En effet, tu t’engages dans quelque chose! J’ai bien suivi ton raisonnement et j’arrive à la même conclusion. Je crois que la seule façon de faire bouger Pages Jaunes passera par une réglementation venant des autorités publiques.
Une chose est sûre, c’est qu’on est rendu là. En 2008, ce gaspille de papier est inacceptable.
Pages Jaunes a eu de la misère à s’adapter au web. Parions que ce ne sera pas facile de s’adapter au “vert”…
Excellent point. Plusieurs voix s’élèvent contre ce gaspillage honteux.
Ce n’est pas le seul “bon coup” du GPJ dernièrement. Leur nouvelle section “éco” est un bel exemple de verdissement de réputation. J’en parlais dans un billet sur Branchez-Vous : http://environnement.branchez-vous.com/2008/09/un_annuaire_discutable_dentrep.html
Tu va te faire prendre en photo en train de te faire tabasser a coups de bottins dans une ruelle par un goon de Pages Jaunes…
N’empêche que l’idée d’aller porter les bottins papier sur le seuil du[des] portique[s] de madame Bell est tentante…
Vivement une réglementation municipale qui forcerait le GPJ à payer pour les déchets qu’elle génère en toute connaissance de cause sur le territoire de la ville de Québec (par exemple)!
[...] lu avec grand intérêt ton texte sur l’invraisemblable gaspillage qui entoure la distribution des annuaires téléphoniques. Une [...]
[...] ← Retour sur la liste d’exclusion de la publicité postale. [...]
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