Partis politiques sur le Web: réponse à mon ami Mario.

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MAJ: que ceux qui disent que les critiques du milieu du Web ne proposent rien de positif et ne font que râler, je vous suggère de lire les commentaires suite au billet sur “Chroniques blondes”. Vous vous raviserez.

Mon collègue et ami Mario Asselin, intéressé à la politique et au Web et dont l’opinion éclairée à ces sujets est toujours réfléchie, a hier soir fait une sortie contre l’attitude des spécialistes du Web envers les partis politiques québécois. Et je me permets d’être en désaccord avec sa façon de voir les choses.

Il semble que le PQ soit capable d’apprendre, même sans gants blancs: à preuve, ce rapport interne qui a été commandé et utilisé par le PQ pour mettre sa campagne sur pied. Pour la subtilité et la gentillesse, on repassera. Mais des fois, appeler un chat un chat peut être utile…

Mario, tu me pardonneras de garder ma réponse pour mon blogue, mais je la trouvais trop longue et trop personnelle pour s’inscrire dans un commentaire à la suite de ton billet.

Mario,

Je comprends et je respecte ton désir d’enseigner, d’encadrer et d’accompagner. Si tu voulais te positionner comme le consultant rassurant et surtout gentil, tu ne ferais pas mieux… :)

Cependant, j’abonde dans le sens de la plupart des nos semblables dans l’industrie: assez, c’est assez. Nous sommes en 2008, une présence simplement correcte sur le Web n’est plus un luxe ni une innovation. Les partis politiques utilisent des approches conservatrices (excusez le mauvais jeu de mots), je le comprends. On ne souhaite pas courir de risque lors d’élections. Cependant, ce n’est pas comme si le Web était une nouveauté dénuée de bonnes pratiques ou que les experts du domaine étaient rares. Les ressources existent, et sont accessibles. Bien que plusieurs entreprises tirent de la patte sur le Web, d’autres comprennent et agissent. Pourquoi les partis politiques tardent-ils tant à faire de même?

Autant j’enrage quand le gouvernement traite les citoyens comme des imbéciles avec des mesures infantilisantes, autant j’enrage quand les jugements envers les partis politiques sont décriés parce que “trop durs”. Ce ne sont pas des enfants, et je crois que le problème ici n’en est pas un d’adoption des technologies ou de coûts: c’est un problème de manque d’écoute. D’attitude arrogante et de fermeture à ce qui ne vient pas de la base militante, habituée à poser des pancartes et à animer des soirées partisanes. Je suis pourtant persuadé que plusieurs militants sont sensibles au Web, mais se font “tasser” dès que les choses sérieuses commencent.

Quand on investira 25% du montant dépensé en pancartes sur le Web, on pourra se plaindre avec crédibilité du manque de moyens financiers des partis. Quand je vois mon quartier défiguré par autant de pancartes horribles qui n’auront aucun impact positif sur moi, et sur beaucoup d’autres d’ailleurs, je ne peux écouter qu’avec cynisme les responsables des communications des partis politiques se plaindre du manque de moyens dont ils souffrent pour leurs initiatives Web mièvres et malhabiles.

Quand les partis politiques seront prêts à payer pour obtenir des conseils au lieu d’écouter des agences de communications ou de relations publiques leur donner de conseils “gratuits” à propos du Web, je pourrai écouter sans cynisme leurs lamentations sur la difficulté à ne pas improviser. Je ne pense pas que les partis politiques obtiennent gratuitement leurs autobus de tournée, l’essence qu’ils mettent dedans, l’avion qu’ils utilisent, les matériaux dont sont fabriquées les pancartes, le temps de publicité acheté à la télévision ou les pages dans les journaux. Pourtant, en matière de conseil Web, ils s’attendent encore à ce que des agences les conseillent “gratuitement”. De manière absolument désintéressée, bien sûr, nous en sommes tous convaincus… Et les responsables des partis se surprennent ensuite des mauvais résultats, et du fait que les spécialistes du domaine leur tombent dessus…

Quand les partis politiques comprendront que l’innovation et la réussite sur le Web ne vient pas seulement avec l’argent mais plutôt avec l’ouverture, que les campagnes de bannières sur les sites des grands médias rapportent moins qu’un blogue officiel bien positionné depuis 4 ans, qu’un wiki destiné à la consultation publique coûte moins cher que des “focus groups” dont l’animateur voyage en avion d’une région à l’autre et qu’un site Web accessible, esthétique, indexable, ergonomique et convaincant ne coûte PAS plus cher qu’un site pourri quand on choisit de s’entourer des bonnes personnes, je serai moins cynique envers les partis politiques.

Tu remarques que les spécialistes du Web tombent à bras raccourcis sur les initiatives Web des partis politiques, et cela semble te décevoir. Pourtant, ce n’est pas comme si ces mêmes spécialistes étaient inaccessibles entre les élections, et que les bonnes pratiques minimales du Web étaient de grands mystères. La documentation existe. Les passionnés sont là, disponibles, tout le temps qui passe entre les élections. Et tout à coup, 10 jours avant l’élection, on se réveille et on se défend en disant qu’il est difficile de faire mieux “parce qu’on a été forcé d’improviser”, dixit le twitter du PQ (voir plus bas). Quand les partis politiques souhaiteront dialoguer avec les citoyens et non seulement leurs militants en dehors des 33 jours d’élections, je serai moins cynique envers eux.

Quand les partis politiques qui daignent utiliser le Web le feront sans utiliser le même ton arrogant et condescendant qu’ils le font en situation de diffusion (et non de discussion), peut-être que je serai moins cynique envers eux.

J’ai pris quelques minutes pour rassembler certains extraits du fil Twitter du PQ (un autre parti ne ferait pas mieux, les idées exprimées ici ne sont pas partisanes) afin de montrer à quel point les responsables des communications des partis n’utilisent pas le Web pour discuter, mais plutôt pour donner des leçons, et sont déconnectés de la perception des gens à leur propos:

Message de Éric Baillargeon: Mais pour quelques jours c’est plutôt MOI qu’ils trouveront ;-) http://tinyurl.com/5qf2zy
Réponse du twitter du PQ: entre les élections, les gens savent comment nous trouver. En campagne, c’est différent et concentré sur quelques enjeux.

Mon commentaire: toujours ce sentiment qu’entre les élections, le Web n’est pas nécessaire. “Les gens savent comment nous trouver”. Évidemment, puisque vous êtes le centre du monde…

Message de Patricia Tessier: Peut-être que le courrier c’est comme le blogue on s’en occupe uniquement durant la campagne électorale!
Réponse du twitter du PQ: Pourquoi êtes-vous autant de mauvaise foi ? Le Parti Québécois s’est bien débrouillé jusqu’ici sur le plan technologique.

Mon commentaire: Le PQ s’est jusqu’ici bien débrouillé sur le plan technologique? Est-ce que vous le pensez vraiment et si oui, je comprends donc que les opinions exprimées sur le Web depuis quelques jours par les spécialistes du domaine ne sont que foutaises? Et d’accuser de mauvaise foi une personne qui fait des remarques fondées (et tente de contribuer de superbe façon à bâtir un Québec plus numérique) ne me semble pas faire preuve d’une très grande ouverture, ni que vous êtes conscient de la pente que les partis politiques ont à remonter dans notre estime…

Message de Michelle Blanc: c’est une preuve d’improvisation.
Le twitter du PQ: Nous défions qui que ce soit de mettre en branle une campagne en aussi peu de temps sans improviser quelque part.

Mon commentaire: Ça, c’est mon préféré. C’est vrai qu’entre les élections, vous n’avez pas le temps de vous occuper du Web, ni les moyens. Dites-moi, les pancartes, vous les improvisez aussi? Les sorties télévisées, improvisées elles aussi? Le slogan, improvisé? Le choix des candidats, improvisé? Pourtant, vous étiez aussi pressés par le temps pour tout ça, non?

Réponse du twitter du PQ suite à un message de Michel Dumais: À moins que nous nous trompions, les convertis ne sont pas si nombreux que ça en technologies. Plusieurs sont indifférents.

Mon commentaire: Ayoye. Comme ça, les nerds sont indifférents à la politique? Qui vous suit sur Twitter alors? Ma mère vous croyez?

Réponses à Yves William, qui demande pourquoi le Twitter du PQ a un ton aussi “officiel” et froid :

  • Parce que nous souscrivons à la vision de Pauline Marois et de son équipe et que nous ne sommes pas là pour leur voler le show.
  • les partis ont des porte-paroles officiels qui donnent la réponse de la bouche du cheval. Ce n’est pas notre rôle.

Mon commentaire: Alors si je comprend bien, vous êtes le twitter officiel du parti, mais pas un porte-parole? Et vous ne souhaitez pas voler le show à l’équipe de Pauline Marois. Vous n’en faites donc pas partie? Les “vrais” porte-parole ne sont pas sur le Web? Vous êtes quoi alors?

Qui est cynique en fin de compte?

Et après ça, on dira que c’est nous les cyniques? Je pensais l’être, mais je constate que les cyniques ne sont pas du bord que tu sembles viser Mario…

Je pense que je viens de m’assurer de ne pas faire de consultation pour les partis politiques pour un bon bout de temps… Je m’en remettrai.

PS: Je ne publierai AUCUN commentaire partisan à la suite de ce billet, peu importe votre allégeance politique.

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