Négatifs ou légitimement écoeurés?

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Il semble que le ministre délégué à la région de Québec ne soit pas d’accord avec le négativisme des gens de la région de Québec. Voici un extrait de l’article de Radio-Canada qui le cite à ce sujet:

Le ministre responsable de la région de Québec, Philippe Couillard, fustige le négativisme des citoyens de Québec envers les activités du 400e anniversaire de la ville.

Les critiques qui ont afflué au sujet du défilé du Carnaval samedi font bondir le ministre.

« C’est toujours des lamentations: ce n’est pas si beau qu’on pensait. Il me semble que les autres années, on n’entendait jamais ce genre de commentaires sur le défilé du Carnaval. De grâce, arrêtons de tourner en rond et de se complaire dans le négativisme. Soyons positifs », souligne-t-il.

J’ai l’impression que M. Couillard va devoir ravaler ses paroles sous peu, et c’est dommage. Dommage, parce que j’ai beaucoup de respect pour cet homme politique qui a su relever plusieurs défis, dont l’intelligence est évidente et qui réussit à convaincre les gens de sa compétence malgré les divergences de parti. Un homme généralement rassembleur, et qui transcende l’appartenance à un parti peu populaire.

Depuis le 1er janvier, il ne se passe pas une semaine sans qu’une tuile ne semble tomber sur la tête des Fêtes du 400ième. Spectacle d’ouverture décevant, congédiements en rafale (ah non, c’est vrai, on parle de “départs d’un commun accord” quand on veut éviter d’avoir à expliquer pourquoi on a embauché et toléré des gens dont le travail est contesté), commerçants qui se plaignent de problèmes d’approvisionnement en matériel promotionnel, annulation de spectacles majeurs par manque de planification… On vogue de mea culpa en conférences de presse où de vagues explications sont données pour expliquer les nombreux ratés. Vraiment, on se demande pourquoi les gens sont négatifs…

Alors j’ai quelques questions dont les réponses permettraient sûrement d’amoindrir mon négativisme:

  • Est-ce que la soudaine et impérieuse nécessité de se rallier autour d’une cause doit effacer toutes les gaffes commises?
  • Est-ce que le fait d’avoir été grassement payé pour prendre des tonnes de mauvaises décisions, ou de ne pas en avoir pris du tout, doit attirer davantage la pitié ou la critique?
  • Où se situe la limite entre le négativisme et l’écoeurement légitime?
  • Ne croyez-vous pas, M. Couillard, qu’en défendant des gens dont le travail a été bâclé vous ne ferez que soulever des doutes sur votre propre sens critique, et votre implication dans l’événement?
  • Qui êtes-vous, politicien de votre état, pour dire que les gens de Québec sont négatifs et aiment se lamenter? Avez-vous déjà pris un peu de recul pour écouter avec des oreilles de profane la période de questions de l’Assemblée nationale? Êtes-vous édifié de ce que vous y entendez? Ah oui, c’est vrai, le Parlement se trouve à Québec après tout…

Avez-vous envisagé un seul instant, M. le ministre, que les citoyens de Québec en ont peut-être marre de se faire promettre la lune, d’en payer la facture par le biais de leurs taxes et impôts et de recevoir, finalement, un simple caillou grisâtre et un peu rabougri? Quand ce caillou est de plus livré par des gens grassement payés, hystériquement emballés de leur réalisation et incapables d’envisager ne serait-ce qu’une seule seconde que le livrable n’est pas à la hauteur des attentes créées par leur propre machine promotionnelle, on espère au moins conserver le droit de se plaindre un peu.

Il semble que les citoyens ne sont pas les seuls, et que plusieurs journalistes semblent aussi avoir la mèche de plus en plus courte face aux déboires de 400ième. Est-ce que le ministre d’un gouvernement en perte de popularité va aussi s’en prendre à la presse? Je ne crois pas que ce serait l’idée du siècle…

Il y aura des activités remarquables lors de l’année 2008, mais nous les devrons aux artisans, aux Robert Lepage et consorts, pas à la Société du 400ième. Est-ce du négativisme que de constater que la Société du 400ième a de gros problèmes, que la nouvelle direction, toute compétente soit-elle, est aux prises avec le passé de son organisation et avec une programmation digne d’un gala d’amateurs?

Parce qu’en regardant la programmation, en tant que citoyen de Québec forcément négatif, je vois 2 types d’événements:

  • Ceux qui existaient déjà depuis longtemps grâce aux efforts acharnés d’artisans et de bénévoles, et à qui on a imposé une étiquette “400ième” accompagnée, parfois, d’un peu d’argent.
  • Les autres, organisés par la Société. Le spectacle de lancement et l’opéra urbain (annulé en raison de l’organisation bâclée, qui devait pourtant être le clou de la programmation) en font partie. Des succès indéniables, qui laissent présager d’un brillant avenir pour la suite.

Pourtant, j’ai entendu très peu de commentaires négatifs face à l’organisation du Red Bull Crashed Ice, un événement qui a attiré de très nombreuses personnes, n’a demandé l’aide de personne et surtout pas du gouvernement, qui a réussi à charmer la presse et les citoyens et pour qui, on dirait, tout a été facile. Comment expliquer cette attitude fâcheuse de la population qui a même sembler apprécier l’événement, et celle de la presse qui y a même participé et l’a ensuite encensé? Quel positivisme déplacé!

C’est bien vrai qu’auparavant on n’entendait pas ce genre de commentaires négatifs à propos du défilé du Carnaval de Québec. C’est donc que les gens de Québec sont tous devenus, depuis l’an passé, des râleurs. D’un seul coup. En même temps. Il ne faudrait surtout pas chercher d’autre cause, sous peine d’être accusé de négativisme. Et qu’il semble que désormais, le négativisme est un pire crime que l’incompétence et l’irresponsabilité dans la gestion de fonds publics. Ceci expliquant peut-être, en fin de compte, cela.

PS: M. le ministre, au fait: “se complaire dans le négativisme” est une expression incorrecte. La complaisance, en français correct, est toujours reliée au positivisme. En voici d’ailleurs la définition: “Indulgence excessive envers soi-même ou autrui, autosatisfaction, vanité. ”

Pourquoi ai-je envie de parler de lapsus?

~ Fin de l'article et début de la conversation ~

~ Un truc intelligent à ajouter? ~

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