Adoption des TI par les universitaires… Rien n’est gagné…

Aujourd’hui, mon coeur de nerd saigne. J’ai eu une surprise de taille hier soir au retour de ma douce de l’université. Elle suit présentement une formation en compagnie d’étudiants au MBA. Puisqu’elle doit rédiger un rapport avec une équipe de 4 autres étudiants, je lui ai proposé d’utiliser Google Documents pour éviter d’avoir à s’envoyer des copies d’un document Word, et de subir le “gel” du document à chaque fois qu’une personne l’envoyait à une autre.

Morceaux choisis de la réponse des 4 étudiants au MBA, faisant supposément partie de la génération à l’aise avec le Web:

-“Google Docs? C’est quoi?”

-“C’est pas un peu risqué d’utiliser un nouvel outil peu connu pour un travail de session?”

-“Moi les affaires en ligne…”

De plus, il y avait une incrédulité générale devant la capacité de Google Docs de supporter plusieurs éditeurs à la fois sans avoir à “geler” le document.

Autre commentaire par rapport aux habiletés requises pour utiliser un simple traitement de texte: “Moi je suis bon pour faire des tableaux dans Word. Penses-tu que tu vas être capable d’écrire dans mon tableau quand je vais t’envoyer le document? Sinon, tu m’enverras ton texte par courriel et je l’entrerai moi-même.” (Admiration générale).

J’en suis tombé sur le cul. Au MBA, il semble que ce soit un avantage compétitif de savoir faire des tableaux dans Word.

Quand j’avais 15 ans, mon prof de physique de secondaire 3 exigeait que nous remettions nos rapports de laboratoires rédigés avec Word. Eh oui, ça incluait des tableaux. Pas seulement moi: tout le monde dans la classe. L’école mettait à la disposition de tous des ordinateurs pour ceux qui n’en avaient pas à la maison.

Je veux bien croire que je ne peux pas me prendre comme une référence en raison de ma position dans une industrie techno. Mais il me semble que pour un étudiant en administration de niveau universitaire, un tout petit peu de curiosité devant les technologies qu’il aura à utiliser au quotidien (ou qu’il pourrait envisager comme alternative du moins) devrait être requise.

Est-ce le système d’éducation, un gros manque de curiosité de la part de certains étudiants, un mélange des deux?

L’idée n’est pas de chercher un coupable et de le pointer du doigt en riant de lui. L’idée c’est simplement que je constate que quand dans moins d’un an la plupart de ces étudiants seront en emploi dans des entreprises qui les paieront cher pour prendre des décisions. Et que plusieurs de ces décisions concerneront l’utilisation des TI en entreprise.

Mes amis Mario et Clément ont sûrement une opinion là-dessus. Allez les gars, rassurez-moi un peu. Dites-moi que dans une cité éducative, on fera un tout petit peu l’éducation des gens à propos des TI. Pas besoin d’en faire des experts, seulement les rendre conscients de ce qui existe.

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7 commentaires ↓

#1 Stéphane Guérin le 04.09.08 à 15:44

Pour avoir fait un MBA spécialisé en affaires électroniques, je confirme que la majorité des étudiants ne connaissent que dalle aux TI. Étudiants en AFFAIRES ÉLECTRONIQUES, je rappelle.

Le prof Gauvin a d’ailleurs beaucoup de misère à faire changer les mentalités comme utiliser un lecteur RSS, avoir un profile Facebook ou encore ouvrir un blogue. Imagine s’il ose parler de twitter!

Alors non, je ne suis pas surpris.

#2 cfd le 04.09.08 à 16:51

un mba c’est pas un cours de powerpoint qui dure deux ans?

C’est connu affaires = office, non?

#3 Clément le 04.09.08 à 19:42

Je ne peux pas te rassurer sur le fait que ce soit mieux ailleurs en tout cas… Et je ne suis pas non plus très étonné. Mais chaque fois que je constate la même chose que toi ça me fait aussi mal… Vraiment, si dans toute notre « richesse » (technologique, éducative, culturelle) on prend autant de temps à reconnaitre l’intérêt du travail en réseau… on va se faire doubler, mais alors pas à peu près par ceux qui saisissent mieux les enjeux.

Je peux néanmoins te rassurer… dans la cité éducative à laquelle je rêve, et à laquelle je compte bien me remettre à travailler très bientôt, une place sera fait à tout cela… reste à trouver la/les manières… je souhaiterai évidemment qu’on en reparle…

Ce ne serait pas intéressant qu’une section du Soleil, par exemple, soit le résultat d’un travail collectif réalisé par les lecteurs, dans des outils d’écriture du style GoogleDocs? Une page sur la vie des quartiers par exemple? Quelque chose qui pourrait être un projet à l’intersection de Zap Québec, de Québec Urbain et du site du Soleil? Ou alors une couverture « collective du Festival d’été? ou de quelques activités du 400e?

Je ne sais pas… il est 2h30 du matin ici et tu me lances vicieusement sur ces questions qui me passionnent… alors je réponds spontanément… maladroitement…

…je prends un peu le temps d’y penser… fais de même… et on se lance dans un petit google docs avec Mario et ceux qui le souhaite pour proposer quelque chose au Soleil? ;-)

#4 Jonathan Kelly le 04.09.08 à 19:51

cfd, malheureusement t’es pas loin de la vérité. On a déjà perdu des points dans un cours de RH parce que les couleurs du PowerPoint sortaient mal une fois projeté sur le mur…

Vous auriez du voir la mine terrifiée de 98% de la classe quand dans un des cours du MBA en Affaires Électroniques le prof annonce que le travail de session consiste à programmer un (petit) site Web transactionnel en ASP… Ca donnait confiance en leur future capacité de gérer des programmeurs!

Pour notre défense, sachez quand-même que nous avons déjà utilisé Groove (avant qu’ils soient achetés par Microsoft) pour communiquer lors d’un de nos cours.

#5 Mario Asselin le 04.09.08 à 20:15

Ce qui me vient en vous lisant…

C’est que pour avoir besoin d’utiliser des outils du genre de ceux dont vous parlez, il faut que la volonté de collaborer soit au rendez-vous et que le système de valeurs de l’endroit où on apprend place en haut le «construire ensemble» ce qui n’est malheureusement pas le cas d’un système basé sur la compétition et le tri social.

Si j’aide l’autre, si je collabore avec l’autre, je contribue à augmenter sa cote «r» ou «z» ou autre machin-truc-bidule et je ne me donne pas de chance… d’entrer dans le meilleur programme qui me donnera les meilleurs bénéfices et le meilleur statut social.

Bref, si les étudiants n’ont pas appris la valeur ajoutée des nouvelles technologies, c’est parce qu’elles n’étaient pas utiles dans les tâches qui étaient demandées. Dans un système où n’est valorisée que l’écoute des profs qui possèdent le savoir et ont la charge de le transmettre, comment voulez-vous qu’il en soit autrement. Les gens qui ont appris au contact des technologies sont presque des exceptions parce qu’ils ont croisé sur leur parcours des gens qui valorisaient la collaboration, la culture de réseau et les savoirs-agir.

Mais il se peut que ça change. Il se pourrait bien que la donne change, j’ose le dire. Par les pressions hors
du système d’éducation qui font que dans les milieux de travail, on valorise la réalisation de tâches complexes par la collaboration. Et par des pressions de l’intérieur du système apporté, entre autres, par l’approche par compétences des nouveaux programmes de formation.

Une petite chose en terminant…

Le risque…

«Prendre une chance avec un nouvel outil» et «jouer fessier», comme dirait ma grand-mère… c’est tellement nous autres ça! Je dirais que c’est presque «culturel».

C’est ça qu’il faut changer et c’est en train de changer. Je regarde les jeunes de quinze ans et moins et j’ai confiance…

Mais il faudra les aider. À s’affirmer. À prendre des risques. À s’exposer à être critiqué. À devoir échanger des points de vue divergents. À ne pas tout prendre personnel. À s’estimer.

Les enjeux ne sont pas technologiques.

Ils sont en lien avec notre rapport aux savoirs.

Être ou avoir.

Être savant (et compétent) et savoir comment faire pour le rester ou posséder des connaissances et après l’avoir prouvé et faire le reste de sa vie sur son «vieux gagné»?

#6 Michael le 04.09.08 à 20:46

Intéressant commentaire, mais pourquoi imposer des travaux d’équipe alors? En tant qu’entrepreneurs, nous sommes aussi dans un milieu compétitif. Comment se fait-il que nous utilisons des outils collaboratifs?

Je pense qu’il y a des causes profondes, mais aussi beaucoup de paresse et d’inertie. La volonté d’apprendre est différente de la volonté d’obtenir un diplôme qui mènera à un emploi.

Ça ne date probablement pas d’hier, mais dans un monde où la technologie est de plus en plus omniprésente et où le rythme d’apprentissage continu ne fait qu’accélérer, les paresseux risquent d’être laissés sur le carreau… ou de se retrouver dans des postes décisionnels où ils encourageront, à leur tour, la paresse et le manque de curiosité.

Je pense que le système d’éducation doit lutter contre l’inertie naturelle, pas l’encourager. Tant qu’à imposer des travaux d’équipe, pourquoi ne pas aussi en profiter pour demander aux étudiants de se creuser un peu le génie autant dans le choix des outils que dans la rédaction d’un rapport?

Après tout, la compétence ce n’est pas seulement “savoir” mais aussi “être” curieux, ouvert et capable d’innover.

#7 Simon Bédard le 04.10.08 à 10:54

Bon point Michaël: la compétence n’est pas seulement de savoir, mais de savoir apprendre.

Mario, comme tu le dis, le système d’éducation actuel, principalement le milieu universitaire, a tendance à vouloir nous faire croire que la connaissance vient du professeur, donc, qu’elle se propage de façon unidirectionnelle. Je crois qu’elle vient davantage de l’ouverture à la nouveauté, à la différence, du partage, bref, de la collaboration.

Bien que toujours présente, voire nécessaire, je sens que la compétition change de sens avec le temps. Chacun cherche à faire sa place, mais plutôt que de le faire aux dépends de l’autre, on désire aussi le progrès des autres.

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