(Note: Ce billet s’inscrit dans la couverture de la conférence “Startup Canada” par quelques blogueurs, dont moi. D’autres billets couvrant la conférence “Startup Canada” se trouvent ici, ici, ici, ici et encore ici.)
Dans le cadre de la conférence “Startup Canada“, Mike Grandinetti donne ce matin une conférence intitulée “Customer-Oriented Innovation”. Puisque cette conférence est grandement alignée sur mes intérêts, je me suis rendu au Loews Le Concorde un samedi matin malgré un “agréable” -30 degrés celsius digne de nos meilleurs hivers québécois.
D’entrée de jeu, la personne qui présente Mike Grandinetti explique que le but de la présentation est de contribuer à combler une lacune du système de formation canadien, et particulièrement québécois: comment vendre des trucs au bon segment de marché.
En ouverture: “Only he who has traveled the road knows where the holes are deep” proverbe chinois. Il n’y a rien comme l’expérience en entrepreneurship.
On voit tout de suite que cette conférence sera beaucoup plus technique que les précédentes. Il s’agit d’une présentation normalement offert e au MIT Sloan school of Management. C’est extrêmement dense, et de toute évidence M. Grandinetti ne suit pas le conseil de M. Kawasaki concernant la taille des polices de caractère à utiliser sur une présentation PowerPoint… :)
Les points importants:
- Qualités essentielles pour un entrepreneur: être autant un stratège qu’un batailleur de rue.
- Le Canada est en recul sur le plan mondial pour l’entrepreneurship. Les Canadiens innovent beaucoup, mais vendent mal (quelle surprise!)
- Est-ce que l’innovation est l’égale de l’invention? NON. L’innovation, c’est l’invention + la commercialisation. L’invention seule mène trop souvent à la faillite d’entreprises incapables de se rendre au marché et c’est extrêmement triste, parce que beaucoup de bonnes idées sont ainsi sacrifiées.
- La pensée centrée sur l’entreprise mène inévitablement à l’échec. Trop d’entreprises ne prennent pas assez de recul sur ce qu’elles font et pensent que l’investissement en R&D est un gage de succès automatique. C’est totalement faux. C’est un des grands dangers qui guettent les PME: viser le produit “parfait” (selon elles) et ne pas assez penser à sa commercialisation et à le tester le plus rapidement possible sur le vrai marché.
- “The consumer is not a dummy. The real dummies are the people who, though technicaly expert, are not able to design products that people can use.” -Walt Mossberg. Ce point souligne toute l’importance de concevoir et de tester l’utilisabilité d’un produit en pensant aux gens qui l’utiliseront. L’utilisabilité, dans le secteur de l’électronique grand public, est maintenant un point très important pour les investisseurs de risque. Pas le nombre de caractéristiques.
- Pour les innovations visant le marché des utilisateurs professionnels, avant de commencer la R&D, posez-vous honnêtement UNE question: le produit sera-t-il vraiment utile à quelqu’un? Règle-t-il un problème?
- Affirmation drôle à entendre: “Aucun admin de réseau accepterait aujourd’hui de voir Internet Explorer installé sur les postes qu’il gère. FireFox offre tellement une meilleure solution!”. Si vous saviez ce qu’on voit chez nos clients M. Grandinetti, si vous saviez… :)
- À propos du financement: trop d’argent et de ressources fait perdre le “sens de l’urgence” nécessaire pour livrer un produit pertinent dans un délai raisonnable. Il faut assez de ressources pour livrer la prochaine étape (qui doit être extrêmement bien circonscrite), de manière à empêcher les processus de partir dans un spirale incontrôlable de dépenses non alignées sur le réel but final. Wow. Parfaitement applicable à la gestion de projets Web aussi…
- Plus de 60% des idées innovantes viennent principalement des employés et des clients. Seulement 16% des innovations viennent des laboratoires de R&D. D’où l’importance de responsabiliser les employés à prendre du recul et à réfléchir constamment sur le sens de ce qu’ils font et à qui ils destinent le produit/service, pas seulement d’exécuter le travail pour lequel ils ont été embauché. Pour ce faire, il est essentiel de s’entourer de gens capables de critique constructive, de voir le problème du point de vue du client et d’avoir une vision globale du sens de ce qu’offre l’entreprise.
- Utilisez le langage de vos clients. Si vous vendez à des propriétaires de points de vente, parlez le langage de la vente du détail. Ils apprécieront que vous preniez le temps et accordiez l’attention nécessaire pour comprendre leur industrie, et leurs réels besoins.
- Ne pas, ne JAMAIS accorder l’exclusivité de vos produits/services à quiconque. Même les très grandes entreprises. Elles le demandent toutes, et ce n’est absolument pas une nécessité.
- Pour le feedback, soyez en contact avec les analystes principaux de votre industrie pour comprendre leurs points de vue. Ainsi qu’avec les blogueurs les plus influents. Mike Grandinetti passe 30 minutes au téléphone avec un blogueur de 23 ans qui s’intéresse à son industrie toutes les semaines. Toutes les semaines! Pas à cause de sa formation, mais parce qu’il dit qqch d’intéressant sur l’industrie avec assez de recul et de contacts pour donner de la valeur à son opinion.
- Le groupe des “early adopters” permettent de tester les produits mieux que quiconque. Ils sont généralement prêts à partager leur expérience avec vous et apprécieront que vous écoutiez leur feedback.
Remerciements aux organisateurs de la conférence, particulièrement à Karine Lapointe, pour avoir permis la couverture en direct avec tellement de facilité. C’est très apprécié!
Tags: conference, Entrepreneurship, startup-canada
4 commentaires ↓
Je sais que tu es en pleine tache d’écoute/écriture, alors ne me répond pas tout de suite… Y a-t-il autant de gens qu’hier au Concorde? Est-ce que M. Grandinetti circule lui aussi dans la salle pour essayer de provoquer le dialogue? Si oui, est-ce que ça marche? Hier, à part M. Morse qui par l’humour a un peu réussi à créer de l’interaction, ça c’est beaucoup passé «top/down»…
Bravo à toi… «Good Job»!
Mike Grandinettit pose beaucoup de question à l’auditoire, se promène dans la salle, écoute attentivement les réponses des gens et les questions posées. Les gens semblent apprécier, mais je sens que beaucoup de choses seraient dites si tout le monde était aussi à l’aise en anglais. Tous ceux qui se sont exprimés en anglais le faisaient bien, mais quelquefois avec un accent tout-à-fait normal mais que certains pourraient trouver trop gênant pour oser parler spontanément. C’est dommage, je pense qu’on perd une bonne partie de l’interaction à cause de ça.
Mike Grandinettit a été sans aucun doute mon conférencier préféré de l’évènement start-up canada. Il est passionné par ce qu’il fait et s’en est évident.
Comme les gens de Garage Venture Canada le propose, il faudrait écrire au gouvernement pour leur demander de financer les entrepreneurs qui désirent se rendre au concours d’entrepreneurship au MIT qui coûte environ 9000$ pour une semaine.
Les investisseurs de garage venture ont dit qu’ils envoyaient tous les CXO (CEO, CFO, CIO) ou presque suivre cette formation/concours d’une semaine.
Alors moi j’ai décidé d’écrire au gouvernement et je vous suggère d’en faire autant!
Ambivalent. Le contenu de l’allocution, je le présente à mes étudiants depuis…. 15 ans. Malheureusement toujours ‘vrai’.
Ceci dit:
1) je suis en désaccord avec l’idée que les canadiens ne savent pas vendre. Sans aucun fondement empirique ou conceptuel. Plusieurs facteurs sont en jeu.
2) la politique québécoise de développement économique a été très très fortement influencée par l’idée que la R&D stimule la croissance de l’économie. Nous savons tous que les économies à forte croissance sont aussi celles qui investissent le + en R&D. Le problème est que nous sommes encore (probablement, je dois avouer ne plus suive le dossier avec autant de diligence) l’endroit du monde développé où le coût net de la R&D est le plus faible. je me souviens d’un consultant qui produisait des plans à 15% d’investissement nets, le reste étant subventions et crédits d’impôts.
Puis plus rien. Pas de capital de risque à la hauteur des besoins. Il faut compter un bon 3 à 10 fois plus de ressources pour le lancement et la mise en marché qu’il en a fallu pour la R&D. Les données suggèrent d’investir AUTANT EN RECHERCHE MARKETING QU’EN R&D! :)
La situation est que nous avons un portefeuille important d’entreprises avec d’excellentes technologies, sans ressources pour la mise en marché, et qui sont raflées par des investisseurs qui acquièrent des solutions aux problèmes qu’ils ont identifiés.
Laissez un commentaire