J’ai fait hier quelque chose qui pourra paraître banal à plusieurs de mes lecteurs, mais qui, pour moi, relevait du défi. J’ai donné ma première conférence en anglais, et pendant plusieurs jours j’ai été terrorisé.
La conférence avait lieu devant le conseil de direction d’une grande entreprise de la région de Montréal. Le thème était “Web Trends 2007″, et devait couvrir différents sujets comme les moteurs de recherche, le Web 2.0 les fils RSS, les blogues, la mesure de la fréquentation d’un site, etc.
Je sais, donner une conférence en anglais est une évidence pour plusieurs. Pas pour moi. Je n’ai jamais eu l’occasion d’apprendre l’anglais de manière formelle, à part une session de cours un peu plus tôt cette année. Mon milieu familial, malheureusement, n’a jamais été à l’aise pour me procurer des occasions d’apprentissage de l’anglais qui m’auraient permis une plus grande aisance. C’est assurément un cadeau que je ferai à mes enfants si je le peux. Gary Gigax (le père du jeu Donjons et Dragons) a été mon meilleur professeur d’anglais, à cause des prix ridiculement élevés des versions françaises des livres de règles.
En fait, je me débrouille plutôt bien en anglais. Je ne l’écris pas trop mal, mais n’ayant que très peu l’obligation de le parler dans la région de Québec, mon anglais parlé est un handicap qui me gêne un peu. Je me fais comprendre, mais je n’ai pas d’aisance.
Pour plusieurs personnes, donner une conférence est un exploit en soi. Il semble même que prendre la parole en public soit la bête noire d’une majorité de Canadiens. Pas pour moi. J’ai cette chance d’aimer ces occasions, et d’y éprouver une certaine facilité. Ce qui est une malédiction quand on se trouve à devoir faire une conférence dans une autre langue, et que l’on perd son principal outil : la capacité à tenir un discours fluide, cohérent et clair dans une langue que l’on maîtrise bien.
Quand on m’a proposé de donner une conférence en anglais, j’ai donc accepté avec enthousiasme. “Voilà une belle occasion de pratiquer mon anglais!” me suis-je dit. Ça, c’était il y a 2 mois. Il y a 2 jours, j’avais du mal à dormir tellement j’étais stressé. Je maudissais mon arrogance, ma maudite manie de me mettre dans des situations difficiles juste pour voir si je pouvais m’en sortir. Ceux qui me connaissent savent que je ne suis jamais nerveux à ce point avant une conférence. Un peu de trac positif, oui, mais jamais à n’en pas dormir.
Sur la route de retour vers Québec après la conférence, j’ai eu l’occasion de réfléchir à ce qui différenciait les entrepreneurs de la plupart des autres gens, et qui est bien illustré par cette histoire de conférence.
- Il y a d’abord cette capacité à accepter (et même provoquer) les situations qui les placent en dehors de leur zone de confort. Qui les obligent à repousser leurs limites, à envisager l’improbable, à se dire “Et pourquoi pas?” plutôt que “C’est impossible!”.
- Il y a ensuite cette endurance à encaisser les coups, les échecs, le sarcasme et les doutes… et à se relever. À recevoir une sincère raclée, à être humilié, perdant, isolé, et à recommencer, en apprenant de ses erreurs.
Qu’en fut-il de la conférence? J’ai été stressé jusqu’à ce que je me rende compte, la veille, que la Terre ne s’arrêterait pas de tourner même si je m’effondrais lamentablement. Que les conséquences du pire des scénarios seraient probablement rigolotes dans 5 ans, n’auraient pas d’impact réel sur ma vie au-delà de la semaine à venir. Que mon plus grand stress venait de ma peur d’avoir l’orgueil blessé, pas de la réalité. À partir de ce moment, j’ai décidé de voir cette conférence comme une occasion de repousser les limites de ma zone de confort.
Et ça en valait le coup. J’ai mis mon orgueil de côté, tourné mon accent en autodérision, fait rire l’audience et me suis finalement détendu. Après tout, personne dans l’audience ne souhaite que vous vous plantiez. Ce serait terriblement ennuyant pour eux. Tout le monde a semblé apprécier le contenu, j’ai reçu de sincères félicitations et transformé le monologue en discussion en raison du grand intérêt de l’audience pour le sujet.
Et surtout, j’ai vaincu ma peur et l’ai transformé en apprentissage.
“I am an old man and have known a great many troubles, but most of them never happened.”
- Mark Twain
8 commentaires ↓
Selon le psychologue Mihaly Csikszentmihalyi, le bonheur est atteint grâce à la pratique régulière d’activités à la fois suffisament difficiles et intéressantes qui captent toute notre attention et donc nous permettent d’atteindre l’état d’expérience optimale (flow).
http://en.wikipedia.org/wiki/Flow_(psychology)
Donc, la “difficulté” fait partie du bonheur!
;-)
Personnellement, je vais faire ma première présentation avec mon collègue de notre projet TimmyOnTime (http://www.timmyontime.com) à Montréal le 24 octobre. Je dois avouer que ça me rend nerveux… et le pire c’est que c’est même pas en anglais!
Mais je vais suivre ton exemple et le faire en anglais la prochaine fois… juste pour pousser mes limites…
Ça y’est, tu viens de résumer mon pire cauchemard. Je me prosterne devant ce coup de grand jedi.
Ya vraiment pas de honte a avoir un accent et un vocabulaire limité dans une langue qui n’est pas la notre. Il y a un professeur réputé en chimie analytique qui est de Paris et j’ai eu la chance d’assister a plusieurs de ses conférences. Le gars n’a absolument aucune honte a ne pas maitriser l’anglais. Il ne connait pas le mot en anglais? Pas de probleme, il prends le francais et il “l’anglicise”, sur le champ, tout en restant fluide. C’est hilarant. Tous ceux qui comprennent le francais dans l’audience sont pliés en quatre, et les purs anglophones se regardent en se demandant quelle partie du contenu scientifique ils n’ont pas compris… Le regarder aller m’a vraiment inspiré confiance en me faisant réaliser que c’est le contenu qui compte, non le contenant.
Tu as tout à fait raison Simon. En fait, ce n’est pas de mon accent dont j’ai honte, je pense même que ça ajouter qqch d’intéressant à la présentation. Ce que la conférence m’a fait comprendre, c’est que j’ai davantage à avoir honte d’être gêné que de de pas maîtriser l’anglais à la perfection. :)
S’il fallait résumer ce billet en une phrase, ce serait celle-ci : “Que mon plus grand stress venait de ma peur d’avoir l’orgueil blessé, pas de la réalité.” Ca m’a rappelé le Manuel d’Epictète et tout le stoïcisme grec qui a consisté à éduqur l’être humain pour qu’il travaille sur sa perception de la réalité plutôt que sur la réalité. On ne peut rien faire si on perd un billet de 100 dollars (à part pester, mais c’est inutile et contre-productif). En revanche, on peut changer son regard sur ces 100 dollars perdus.
Là, vous pointez en plus l’orgueil.
Remarquable.
Félicitation, il faut du cran pour faire une conférence et en plus dans une autre langue. Je suis bilingue, mais je crois que tu ne dois pas te sentir mal à l’aise, le Québec est tout de m^me francais,non.
I have been to English school but still Quebec must be french first and English alike but less.
Justin
Il s’agit d’une entreprise qui recevait plusieurs membres de son équipe provenant des États-Unis…
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