Vu le climat actuel où certains décèlent une bulle ou l’occasion de faire un coup d’argent rapidement, j’ai dernièrement été présenté à quelques personnes qui venaient de se découvir un goût pour ce qu’elles pensent être de l’entrepreneuriat. Une des choses qui m’a particulièrement irrité est la demande insistante de l’un d’eux pour que je signe un NDA avant même qu’il ne me parle vaguement de son idée. Même pas un aperçu.
Par politesse pour mes collègues qui étaient en train de signer et surtout parce que j’étais affamé et que je ne voulais pas gâcher le repas autour duquel nous étions attablés, j’ai signé et je le regrette aujourd’hui. Pas parce que le projet risque de me causer quelque problème légal que ce soit, mais simplement par principe et gros bon sens.
Voici pourquoi :
- Je suis un consultant. Je travaille sur quelques dizaines de projets sérieux chaque année, et je suis souvent sollicité pour d’autres plus farfelus. Il n’est pas question que je signe un contrat qui entrerait en conflit avec un projet sur lequel je travaille présentement ou un projet moins farfelu que ce qui risque de m’être présenté après la signature du NDA. (N’oubliez pas que le personnage en question ne m’avait même pas donné un aperçu de son idée encore. Un chèque en blanc avec ça?)
- Votre idée ne vaut rien, ou à peu près. Les miennes non plus d’ailleurs. Ce qui compte dans une entreprise, c’est la mise en application, la réalisation, la passion et le temps passé à convaincre les investisseurs, créer un produit/service de qualité supérieur, maintenir la qualité dans le temps, acquérir des clients et les conserver. L’idée de base de Google (Créer un moteur de recherche de qualité en se servant des liens entrants comme preuve de pertinence) est ridiculement simple et a été copiée des centaines de fois sans succès. Elle n’a en elle-même aucune valeur. Ce qui a de la valeur, c’est la manière dont ils ont procédé techniquement pour y arriver.
- Si vous êtes ignorant des réalités du Web depuis 2001 et que vous vous découvrez soudainement une envie de créer un start-up à l’ère du foutu “Web 2.0″, il y a de grosses chances pour que vous n’ayez aucune propriété intellectuelle valable. Excusez-moi de le dire aussi crûment, mais c’est la simple vérité. Il y a d’énormes chances que les 14 heures passées à fouiller sur le Web ces dernières semaines ne suffisent pas à faire de vous un expert en “Web 2.0″, et que malgré vos certitudes à ce sujet, 2500 personnes/groupes soient en train de faire exactement la même chose que vous, dont au moins la moitié qui ont le potentiel et la compétence de mieux le faire beaucoup plus rapidement.
Les NDA ont autrement leur raison d’être. Voici dans quelles circonstances j’en signe un sans rechigner:
- Un client sérieux (qui opère une entreprise déjà existante) m’embauche avec un contrat en bonne et dûe forme. Sur le contrat, il me promet de me payer pour mes services en échange de ma discrétion quant aux secrets d’entreprise auxquels je serai immanquablement exposé. C’est normal et plein de bons sens.
- L’entrepreneur à la tête d’un start up m’invite dans son équipe après m’avoir exposé les grandes lignes de son projet, m’avoir raconté une histoire crédible et compréhensible sans entrer dans les détails techniques qui eux, risquent de contenir de la propriété intellectuelle. Il m’explique clairement quel problème il règle pour le client potentiel, comment il compte aller chercher du financement et quelle est son implication personnelle dans le projet. J’ai alors les éléments en main pour déterminer si son idée en vaut la peine, si elle entre en conflit avec un projet sur lequel je travaille déjà et si le gars en face de moi est un bozo ou non. À ce moment je peux accepter de signer le NDA ou refuser mais en lui expliquant clairement pourquoi.
La prochaine fois qu’on me présente un NDA dans des conditions inacceptables, mon bon sens risque d’être plus fort que mon appétit. Je resterai poli, j’expliquerai pourquoi et j’irai manger ailleurs.
Lectures complémentaires pour ceux que le sujet intéresse :
- FrieNDA
- Why Most VC’s Don’t Sign NDAs (on parle ici d’investisseurs mais les principes restent valides)
July 16th, 2007
par Stéphane Guérin
C’est plein de gros bon sens ce billet. C’est de valeur, par curiosité, j’aurais vraiment aimé entendre parler de cette super idée! ;)
July 16th, 2007
par Michael
L'auteur
Ah ben je ne peux pas, j’ai signé ce foutu NDA!
Cependant, il n’y avait rien de très intéressant, crois-moi. C’est drôle quelqu’un qui te fait signer un NDA et te présente ensuite une idée qui est un assemblage de 3 sites déjà existants. Protection de la propriété intellectuelle mon oeil… ;)
July 16th, 2007
par Stéphane Guérin
Je vois le genre… Mon idée est un Digg avec des photos pour les professionnels. Je vais appeler ça DiggFlickrLinkedIn!
July 16th, 2007
par Richard
Je n’avais pas entendu parler du concept de NDA, mais j’imagine assez bien qu’un “habitué” peut en venir en a abuser sans s’en rendre compte.
July 16th, 2007
par Michael
L'auteur
C’est très répandu dans le monde de l’investissement et quand un consultant doit entrer chez un client de manière stratégique, et donc être mis au courant de secrets d’affaires.
July 16th, 2007
par Gilles
La seule fois que j’ai signé un NDA c’était pour tester la version Beta de World of Warcraft. On a les références qu’on peut ;)
June 29th, 2009
par Penel
Je cherchais à me documenter sur les NDA et j ai attéri ici, bon positionnement au passage …
Je cherche à présenter des projets à des investisseurs et j’aurais besoin d’une lettre type de NDA, vous auriez pas ça sous la main ?
Merci et bonne continuation.
(j’ai bien noté qu’il fallait présenter le projet avant la NDA)