Contexte: Jason Calacanis, serial entrepreneur à succès, a vu le réseau de blogs qu’il a fondé être acheté par le géant AOL il y a déjà plusieurs mois. AOL a eu l’intelligence de lui laisser le contrôle de son unité et en plus, de le placer en situation de “déranger” les autres divisions de l’entreprise pour remettre en question les habitudes déjà installées et provoquer des synergies qui restaient jusque là bien enfouies.
Il parle sur son blog d’un courriel qu’il a reçu dernièrement d’un collègue de AOL, quelques mois après son arrivée au siège social du groupe:
Jason,
I have to be honest with you, which I know you’ll appreciate. When you first came aboard, I was pretty uncertain of you. Your demeanor and manner of speaking didn’t seem as though they’d mesh well at AOL.
But as time has gone by, and I’ve followed your blog, and your messages to the lists, and your actions, I think you’re exactly what AOL has needed for a long time. I am impressed and inspired by your vision, your energy, and your boldness; your willingness to say and do whatever you feel needs to be said or done. I may not always agree with what you say, but I’m glad you say it just the same.
You’ve got brass balls, my friend, and I am glad you’re here. Please keep it up.
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[NAME Removed]
[Title removed--but it's someone who makes stuff]
AOL [Group removed]
Avoir un certain franc-parler, exposer ses vues clairement et en débattre avec passion, croire en sa vision, être capable de travailler durement pour faire valoir ses convictions et ses idées… Ce sont là des comportements que plusieurs grandes organisations préfèrent ne pas voir se manifester en leur sein au nom d’une certaine “bonne entente” qui finit trop souvent par s’apparenter à une langue de bois et une absence de capacité de prendre des risques et donc d’innover.
Il y a un mouvement chez plusieurs grandes entreprises depuis un certain temps qui les amène à embaucher des “intrapreneurs”, soit des personnes qui proviennent de l’extérieur et possèdent une vision et un caractère entrepreneurial. Ces personnes sont généralement davantage axées sur les résultats que la politique interne, n’ont aucun intérêt pour les traditions de l’entreprise mais en ont beaucoup pour la clientèle et surtout, n’ont pas peur des échecs et peuvent donc tenter des choses inédites.
Évidemment, l’humilité professionnelle n’est souvent pas le fort des entrepreneurs. Difficile d’être sincèrement humble quand on doit constamment se battre pour convaincre les autres que notre idée est la meilleure (et qu’on y croit vraiment!). Avec ce sentiment de certitude et cette capacité à convaincre vient une attitude que plusieurs employés des grandes entreprises trouvent dérangeante, une insistance qui peut fatiguer et un refus des compromis qui peut froisser les ambitions politiques de certains qui préfèrent manoeuvrer dans l’ombre que d’affronter ouvertement les autres dans une discussion constructive.
Il faut croire que malgré ces réticences, certains dirigeants de grandes entreprises perçoivent la valeur des “intrapreneurs” pour leurs organisations et n’hésitent pas à les recruter pour relever des défis difficiles. Comme je le dis souvent, les employés réguliers des entreprises sont ses soldats, essentiels mais dont la réussite dépend de la discipline et de la cohésion avec le groupe. Les entrepreneurs sont plutôt des commandos… Ils ne respectent pas les uniformes, les grades comptent peu pour eux et ils font leurs propres règles selon le terrain et l’ennemi. Leur plus grande force est la capacité d’adaptation rapide à des situations changeantes.
J’ai moi-même été contacté il y a quelques mois par une grande entreprise qui souhaitait donner un électrochoc à son équipe de développement web en embauchant un “intrapreneur”. Bien que j’aie décliné l’offre, je n’ai pu qu’admirer cette entreprise pour reconnaître que les jeux de sa politique interne, ses processus en place et sa culture entrepreneuriale pouvaient toutes êtres négociés pour atteindre un objectif qui restait à ce moment hors de portée malgré les moyens financiers importants qui avaient pourtant été déployés jusque là.
Je ne suis pas certain que les “intrepreneurs” soient capables de durer longtemps dans une organisation s’ils ne gagnent pas assez de contrôle pour avoir l’impression de véritablement gérer une unité autonome. Il n’y a rien de plus dérangeant pour un entrepreneur que de se sentir surveillé et de savoir qu’il pourrait faire mieux s’il avait le choix des armes que lui refusent les politiques de l’entreprise. Mais avec la liberté requise, il peut devenir un actif très important, un facteur de changement et d’efficacité redoutable.
Tags: Entrepreneurship, intrapreneur
3 commentaires ↓
Très intéressant et tout à fait en ligne avec le dernier essai de Paul Graham, The Power of the Marginal, publié sur http://www.ChangeThis.com
http://www.changethis.com/26.03.PowerMarginal
Merci pour ce lien Hugo, je viens tout juste de le faire imprimer et je m’y plonge. Au premier coup d’oeil, ça a l’air extrêmement intéressant!
C’est la premiere fois que je me ressent autant dans un article…je suis convaincu que les intrapreneurs joueront un rôle tres important dans l’entreprise de demain…faut-il encore leur faire confiance, leur donner assez de liberte d’action…c’est un pari a prendre mais un pari qui peut s’averer gagnant….
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