Je viens de lire avec grand intérêt plusieurs billets du député Garth Turner, récemment expulsé du Parti Conservateur du Canada parce qu’il a exprimé des idées contraires à celles véhiculées par son parti sur son blog. Je ne peux qu’être frappé par la grande différence, qu’on pourrait même appeler clivage, entre deux attitudes différentes, probablement représentatives des idées sur le pouvoir des deux partis politiques.
D’un côté, le Bloc Québécois, qui a accepté de recevoir des bloggers lors du dernier week-end en tant que journalistes. Et pas pour se faire encenser avec complaisance, loin de là! J’ai émis ma part de critiques, de doutes et d’opinions franchement contraires à celles du Bloc Québécois. Tout le monde est resté sympathique, je n’ai jamais eu l’impression que quiconque remettait les propos des opposants en question, j’ai plutôt senti un réél intérêt de la part des élus du Bloc pour comprendre ce qui s’est passé à Québec aux dernières élections. On a proposé à des citoyens de s’exprimer, on a eu la décence de les écouter. Un beau signe d’ouverture d’esprit, et de volonté sincère de comprendre les différences.
D’un autre côté, le Parti Conservateur du Canada vient d’expulser M. Turner pour ses opinions émises publiquement, entre autres, sur le “Plan Vert” dévoilé par son parti et sur d’autres questions moins spectaculaires mais tout de même importantes. C’est là un geste que je considère totalement anti-démocratique. Comment espérer que les citoyens croient en la démocratie quand les députés, une fois élus, sont obligés d’adhérer sans contestation à la “ligne du parti“, qu’ils soient d’accord ou pas?
Les députés sont élus pour représenter la population de leurs circonscriptions à Ottawa, pas pour promouvoir les idées du pouvoir central auprès de leurs électeurs. La même chose pourrait s’appliquer aux partis provinciaux: la ligne du parti est souvent plus forte que la volonté des électeurs qui font confiance à leur député. Ce n’est PAS une question de fédéralisme/souverainisme, c’est une question de respect de la démocratie et du droit de s’exprimer pour les dissidents qui représentent des électeurs.
La démocratie, ce n’est pas obéir aveuglément à la majorité: c’est aussi permettre la critique, le débat et donc l’amélioration des solutions proposées. Rester à l’écoute des autres, même s’ils sont minoritaires. La “Ligne de parti” est une grande menace pour la démocratie.
M. Turner a décidé de rester au Parlement, et de siéger en tant qu’indépendant. Maintenant, le Parti Conservateur aura à composer non pas avec un membre turbulent, mais avec un adversaire indépendant qui soulève la sympathie de ses électeurs, et qui fait davantage parler de lui qu’il ne l’aurait jamais fait en restant au PC.
Je termine ce billet avec un extrait de l’article “The Pilgrimage of Stephen Harper“, publié sur le site Christianity.ca. Loin de moi l’idée de critiquer les choix religieux du Premier Ministre (la foi est un sujet personnel). Cependant, l’article illustre magnifiquement bien une contradiction entre les principes qu’il dit défendre et ceux qu’il pratique réellement. (Rappelons pour ceux qui l’ignorent encore que M. Harper est un pratiquant et un promoteur actif de la foi Chrétienne Évangelique.)
“…Christians attend church fairly regularly, but not because their feel they need to. They listen pretty carefully to their pastors, but they do not necessarily take their word as ultimate truth.
Positively stated, they are critical thinkers. They appreciate what the pastor has to say, but they use the minds God gave them as well.”
Si quelqu’un a vraiment besoin que je fasse un parallèle plus clair entre cet extrait et ce qui s’est passé au PC lors de l’expulsion de M. Turner, remplacez simplement les mots “Church” par “Parliement” et “Pastor” par “Prime Minister”. Je constate cependant que cela s’applique uniquement en dehors du Parti Conservateur du Canada, où la ligne de parti semble avoir remplacé la pensée critique et le droit d’utiliser son esprit librement.
Amen.
Tags: bloc-quebecois, parti-conservateur, politique
1 commentaire ↓
Merci beaucoup Michael pour ce texte, qui est exemplaire autant sur la forme que sur le fond à mon avis. De plus, il illustre admirablement bien la nature de l’exercice démocratique à laquelle s’est prêté le Bloc la semaine dernière.
Laissez un commentaire