Je profite de la fin de ma semaine (je ne travaille pas le vendredi l’été) pour vous parler d’un truc qui n’a rien à voir avec la technologie, un peu à voir avec les tendances émergentes et beaucoup à voir avec mes intérêts personnels. Vous êtes avertis.
Depuis plusieurs années, j’éprouve des problème avec mes différents rasoirs. Comme bien des jeunes hommes modernes, j’ai commencé ma puberté avec un rasoir électrique. Après quelques années à constater que j’avais la peau irritée et sèche, j’ai décidé d’améliorer mon sort et d’utiliser un rasoir à main. Le truc typique à 3, ensuite 4 et maintenant 5 lames (c’est d’ailleurs totalement ridicule cette surenchère!). Il faut dire que j’apprécie le rituel du rasage, l’odeur de la crème à raser, les gestes lents et le moment de pause obligatoire que cela impose.
Le rasoir à main à lames multiples me causant quelques problèmes (notamment des petits boutons au visage), j’ai décidé de faire quelques recherches à ce sujet pour me rendre compte de plusieurs choses :
- Les rasoirs à main modernes ne sont pas très efficaces. L’espace entre les lames s’obstrue régulièrement, emprisonnant des contaminants qui provoquent des infections (dont mes petites boutons) et ce, même si on change de lame régulièrement;
- Les rasoirs à main sont généralement hideux et se donnent des airs faussement virils avec un design digne de la NASA comme le Gillette Fusion l’illustre bien. Je le cache dans un tiroir de la salle de bain pour éviter que ma copine ne pense que je l’apprécie;
- Les compagnies de rasoir nous prennent pour des crétins, et ça m’énerve royalement. Depuis son acquisition par Procter & Gamble (aussi propriétaire de Duracell), Gillette semble avoir découvert qu’un rasoir à main fonctionnait mieux si on y insérait… une pile! Évidemment.
- Les compagnies de rasoir nous prennent pour des crétins, prise 2 : 18$ pour 4 cartouches (eussent-elles 5 lames), c’est ridicule. Ça fait un “abonnement” à Gillette de presque 20$/mois.
- Les compagnies de rasoirs nous prennent pour des crétins, prise 3 : 5 lames par cartouche ne rasent PAS mieux que 2, 3 ou 4, et n’irritent pas moins. La qualité des produits n’a pas augmenté depuis plus de 30 ans, mais le budget de (mauvais) marketing a explosé. La vérité, c’est que de mettre 5 lames sur une cartouche créé une perception de valeur supplémentaire qui permet de demander davantage d’argent au crétin consommateur.
- Les cartouches de rasoirs sont polluantes. Il y a plus de plastique que de métal dans ce truc, et il faut en utiliser une par semaine.
Devant toutes ces raisons, la lecture d’un article dans le Outside Magazine la semaine passée m’a ouvert les yeux : la solution se trouve dans un retour en arrière, vers le bon vieux rasoir de sûreté (safety razor), aussi appelé “pioche”. Commes nos pères et nos grand-pères. Rasant de près, n’irritant pas la peau, utilisant des lames 100% acier (biodégradables) qui coûtent 0,45$ l’unité (presque 9 fois moins que les cartouches actuelles!), le rasoir de sûreté règle le problème de boutons, soulage la conscience, permet de conserver le rituel du rasage et en plus, est généralement beau.
Tombant sous le charme “vintage” de ces objets, j’ai décidé d’en faire une petite collection qui démarrera avec un Gillette ajustable 1971 (à gauche), un Gillette Super Speed 1969 et un Merkur 38c contemporain (plus haut). Je me suis procuré les deux premiers chez Fendrihan de Toronto et le Merkur chez Lee’s Safety Razors, de New York. Rien trouvé sur le Web au Québec.
Je vous fais un pari : le rasoir de sûreté deviendra très tendance d’ici 2 ans. Son charme nostalgique associé aux souvenirs d’enfance, à une ère où les gens disposaient de plus de temps pour prendre soin d’eux ainsi que l’idée de réduire l’utilisation du plastique finiront par faire leur chemin. Utiliser un rasoir de sûreté sera non seulement un geste personnel mais un “statement” définissant sa personnalité.
CFD, tu m’as eu pour la chemise à col mandarin mais je t’ai devancé pour celle-là. :)




